Breaking news & PTU de Johnny To

Publié le par helel ben sahar


Les deux films par leur traitement qui les rapproche autant qu’il les éloigne se répondent et offrent la possibilité de voir les deux faces d’une même pièce. Le réalisateur propose deux visions du film d’action policier, deux styles pour un résultat, hélas, qui manque son but à force d’une carence de rigueur scénaristique. Les deux métrages possèdent la même unité de temps – une journée pour breaking news, et une nuit pour PTU. To va opposer deux ambiances, deux traitements pour illustrer ces deux intrigues aux sujets similaires dans leur façon d’exposer les travers, les abus et les manipulations de la police.

Lorsque l’on aborde breaking news, on s’attend à voir un portrait au vitriol des médias et de ce besoin constant d’abreuver les spectateurs d’images choquantes ou assimilées, toujours prises sur le vif. Or, c’est tout le contraire qui est exposé par To. Les medias ne sont à aucun moment fustiger, ils récoltent des images en direct par accident, et plus ou moins involontairement stigmatise l’incapacité policière à stopper un groupe de truands quand explose une fusillade dans la rue en pleine journée. A partir de ce fait, la police hongkongaise va élaborer un plan de manipulation des médias lors d’une opération pour redorer ainsi le blason terni de l’institution policière et regagner la confiance des habitants et des élus locaux.

PTU présente un flic grotesque qui, suite à une poursuite d’un punk voyou, perd son arme. Il demande alors l’aide d’un ami du Police Tactical Unit (PTU) pour l’aider à la retrouver avant le levé du jour. To présente alors des représentants de l’ordre n’hésitant pas à abuser de leur pouvoir, à outrepasser leurs droits pour sauver de la suspension, un collègue. Une nouvelle fois, la vision de la police est ternie, passé dans la boue et à aucun moment, ne trouve l’aura qu’elle devrait posséder.

Bien que ces deux films se ressemblent dans leur portrait de la police, ils gardent des différences dans leur propos et les moyens mis en place. Dans breaking news, la manipulation médiatique ternie légèrement l’image de la police mais ne lui donne pas celle d’une institution « malade » qu’elle revêt dans PTU. Mais le réalisateur, par l’image qu’il donne aux bandits de breaking news, renverse le schéma classique. Les bad guys sont alors glorifiés par leurs actions, et l’identification s’opère désormais sur eux – et un en particulier – et non plus les flics qui tiennent les mauvais rôles à force d’acharnement aveugle. Le propos dévie de sa trajectoire initiale – redorer le blason de la police – et tient une signification plus ou moins « douteuse ». En revanche, dans PTU, le constat est sans appel et à aucun moment on ne prend les forces de l’ordre en sympathie. D’un flic grotesque et pathétique, on passe à des flics aux méthodes barbares. Mais ici, le traitement de la réalisation adoucie l’image policière.

Car c’est bien dans la réalisation que les deux films se différencient considérablement. Breaking news – en dehors de la scène d’introduction impressionnante en plan séquence – possède un style serré, précis qui essaie de rendre le caractère tendu de la situation. Elle ne parvient au résultat escompté, a parfois du mal à rendre compréhensible la typologie des lieux, mais excelle dans la clarté des scènes d’actions. Tous ces éléments rendent alors l’introduction comme une démonstration un peu gratuite - malgré sa réussite – et surtout, elle ne s’inscrit pas dans la logique filmique du film. Cependant, dans son élaboration et cette surprenante décision de filmer davantage en contre champ la fusillade, elle mérite les honneurs. Mais To ne profite pas de toutes les possibilités que l’intrigue met en place. Alors qu’il est décidé d’équiper les policiers de caméra filmant ainsi leur action, leur courage, le réalisateur n’use jamais de cet artifice pour compléter sa réalisation et ainsi aller plus profondément dans son sujet. On peut aussi regretter que la relation entre la police et les médias ne soient jamais exploitée, ce qui était pourtant le but principal de ce métrage.

L’action dans PTU n’est pas un élément prédominant de l’histoire. To préfère filmer cette quête de l’arme comme un rêve où les policiers se perdent dans une ville nocturne déserte et vagabondent inlassablement. Malgré le caractère antipathique des policiers en place, le film possède un aspect mélancolique magnifié par l’utilisation régulière de plans fixes où les personnages apparaissent un peu perdus, désenchantés et errent nonchalamment dans un paysage mort, une ville fantôme que seuls la faunes semblent habiter. Malheureusement, ce traitement prend parfois des tournures maladroites et confinent certaines scènes et situations au ridicule. Se pose alors la question de savoir si le traitement est en adéquation avec le sujet ? En effet, le filmage n’illustre pas pertinemment le sujet et spécialement les personnages. Alors que l’intrigue aurait pu prévaloir une certaine urgence dans sa capacité à produire un suspense motivé par l’échéance de récupérer l’arme à temps, la volonté de donner un aspect vaporeux et éthéré aux errements des personnages ne rentrent pas forcément dans la logique du métrage et de l’intrigue. Encore une fois, To manque de cohésion dans son mariage du fond et de la forme et le métrage possède alors un aspect bancal qui nuit à l’impression générale du film.

Les deux films possèdent des qualités indiscutables, mais la succession de menus défauts et d’incohérence plus ou moins flagrante entache leur réussite. La faute à un manque de rigueur, de discussion fond / forme qui aurait pu conduire les métrages sur les chemins des franches réussites. Je ne boude néanmoins pas mon plaisir, celui de voir des films traités avec respect, ne sacrifiant jamais son histoire ou ses personnages sur l’autel de l’esthétisme outrancière et du charcutage éhonté. On note cependant que breaking news est certainement le film qui s’en sort le mieux, qui possède les plus importantes qualités face à un PTU qui frôle trop souvent l’ennui à force d’une élaboration excessive de la réalisation et du montage qui ne siée pas aux propos urgentiste du film.

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