Consommation musicale

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Alors que l'état français et l'Europe tentent de trouver un moyen d'éradiquer le piratage, alors que l'on se tourne vers une réponse graduée pour contrer l'exponentielle croissance du téléchargement illégal, premier responsable – selon les exploitants – de la chute violente du marché mondial du disque, il semblerait que la réponse à l'épineuse question ne se trouve pas dans la répression, mais dans une évolution de la consommation musicale.

 

Il existe deux façons de prendre en compte le piratage. La première, et plus évidente, consiste à se procurer une œuvre sans la payer. Assez motivant comme principe, même si idéologiquement illégale. La seconde, permettre l'écoute avant un éventuel achat. Goûter avant d'acheter. Au même titre que l'on peut essayer une voiture avant de se l'offrir. Cette distinction est essentielle. Elle permet de comprendre « l'utilité » du piratage.

 

Il semble que ce soit mission impossible pour raisonner une personne qui ne comprendra jamais comment peut-on débourser alors que l'on peut se l'offrir sans ouvrir le porte-monnaie, l'autre visage du « pirate » est plus nuancé. D'ailleurs, ce dernier craint beaucoup plus la répression que « l'autre ». Pour lui, existent à présent des sites qui permettent d'écouter, en toute légalité, de la musique, entre nouveautés et vieilleries. Les sites se multiplient, la consommation change.

 

Deezer, Jiwa, Jogli, Last Fm, Pandora... tous ces sites proposent d'écouter l'album de son choix, parmi un catalogue plutôt bien fourni. Ils permettent également de se créer des playlists, de les proposer, de les poster en lien sur des forums ou sur son blog dans le but de faire partager ses coups de cœur, ses passions. Le rapport communautaire par excellence. Jogli ou Jiwa s'associent même avec Youtube pour proposer des clips en plus de l'écoute classique en streaming. Le paradis pour celles et ceux qui préfèrent tester avant d'acheter, puisque sont proposés des nouveautés très... nouvelles (à l'heure de ses lignes peut-on mentionner les derniers Carla Bruni, Christophe, Julien Doré, Beck, Sharleen Spiteri, The Rascals, The Ting Things... un choix très éclectique).

 

Derrière ces sites, on imagine l'utopie culturelle : de voir la possibilité d'exiger des œuvres de qualités de la part des artistes. De laisser tomber le couperet, sans appel. Fini les albums en demi teintes, les déceptions. Toutes œuvres musicales ne répondant pas à nos critères seront sanctionnées par un non-achat. Tout album sans importance se verra laissés dans les bacs. Et par extension, de remarquer l'importance d'internet dans une nouvelle consommation musical : pas du côté de la dématérialisation ou du piratage, mais comme le vecteur inquisiteur du « bon goût ». Mettre un terme aux disques jetables que l'on écoute pendant le mois de sa sortie et que l'on oublie aussitôt le suivant sorti. Imaginez ce monde où vos possédez la liberté de sanctionner ou non, en toute légalité.

 

De l'autre côté du spectre, les Deezer & co' permettent également l'apprentissage. Où parfaire sa culture musicale en découvrant les grands classiques. Revisiter des artistes essentiels comme Dylan, Young, Rolling Stone, Beatles, Doors, Gaye, Cure, New Order, Joy Division (liste non exhaustive)... Que nos jeunes générations aient la possibilité d'écouter librement ce qui constitue le patrimoine musical du XXe siècle, gratuitement et légalement. Et éviter que cette découverte se situe dans le sample d'un vague produit de consommation matraqué sur les ondes.

 

Internet est un formidable outil pour peu que l'on sache s'en servir et que les idées convergent vers des innovations intelligentes. Avec la création de sites d'écoute de musique en ligne, gratuite (financé par la publicité), on touche à tels considérations, qui servent à la fois le consommateur et l'artiste. Après Myspace (et Jamendo, on en reparle prochainement) pour les découvertes de jeunes (et moins jeunes) talents, Deezer, Last Fm, Jiwa ou Jogli permettent à certains chanteurs/chanteuses/groupes de toucher un large public, autant d'acheteurs potentielles si leur musique plait. Et jusqu'à présent, c'est tout ce qui importait...

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