Be kind, rewind de Michel Gondry

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Dans l'oeuvre de Michel Gondry, il y a cette volonté de recréation. Et un peu de récréation aussi. Revisiter un monde. Et peindre par dessus, comme s'il n'existait pas. Effacer, pour mieux repartir à zéro. Mais recommencer avec des outils précaires, pour un résultat édulcolorer. Un cinéma d'enfant, travaillant (faussement) avec des bouts de ficelles. Et heureux comme tout de parvenir à un résultat. Il y a cette forme d'innocence un peu crédule, candide. Le regard sans sous entendu, entier. La passion du créateur pour sa création. Frankenstein fier de sa créature.

Dans Be Kind, Rewind, Gondry fait de ce travail la matière même de son film. Prenant pour personnages principaux, deux êtres naïfs « au cœur gros comme ça ». En décalage obligé. Celui campé par Jack Black est forcément un peu fou, complètement déjanté. Monté sur du 220V et bientôt magnétisé.  Et les deux comparses de se lancer dans la plus grande entreprise que le cinéma ait jamais créé : retourner, avec les moyens du bord, des films en VHS accidentellement effacés. On imagine le réalisateur, encore tout petit, muni d'une vieille caméra super-8, tenter de reproduire les films découverts à la télévision. L'esprit de Méliès plane sur l'aventure. Et comme une belle déclaration d'amour au cinéma, et une solide leçon lancée à la surenchère technologique du photoréalisme.

Seulement dans cette ambiance onirique, Gondry invoque le réel et met les pieds dans le plat. Toute la beauté du film résidait dans ce doute, entre rêve et utopie. En ramenant le pragmatisme dans le tableau, le réalisateur dénature l'ensemble, et le pervertit. Et cette jolie fable, doucement folle, de devenir sympathique. Un crime pour le spectateur. Si la fin tente de réconcilier le réel et la fantaisie dans une ambiance à la Capra, on reste sur une note amère. Celle de ne pas avoir pu profiter d'une merveilleuse idée, et de la beauté de l'absurdité, de l'à peu près, du grotesque et de la générosité.

Publié dans Cinéma

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