Le Prestige de Christopher Nolan

Publié le par helel ben sahar

Pouvoir de persuasion, détournement de l’attention, subterfuge, duplicité, autant d’éléments que l’on retrouve dans le monde de l’illusionnisme comme dans celui du cinéma. Un monde régi par des codes, autant de règles tacites seulement réservées à une poignée d’élus. Un monde capable d’exalter le moindre sentiment en une glorification personnelle de reconnaissance. Un monde également cruel dont l’apparence est une arme à double tranchant et la compétition, rude. On passe derrière le rideau comme on découvre l’œuvre dans son élaboration. Mais également dans ses petites joutes complices ou jalouses, dans des coups bas puérils perpétués par des mauvais garçons. Une façon de désacraliser cet univers, de déjouer les mystères d’une création qui repose sur la manipulation. Rendre perceptible les rouages d’un exercice dont le langage nous est presque inconnu. C’est la consécration d’un fantasme. Connaître le truc.

En délivrant ainsi quelques secrets, Nolan invite le spectateur à entrer dans ce cercle restreint des privilégiés et le convie à partager les arcanes de ce savoir bien protégé. Le rite d’initiation n’est pas aisé. Le prestige se mérite. D’une construction peu habile où se mêlent les époques, on ne parvient pas à s’émerveiller devant ce qui pourtant, devrait fasciner. Seulement, c’était sans composer avec une pirouette digne d’un grand illusionniste. De faire du film lui-même, l’objet d’un tour. L’énoncé est donné un peu tard, mais Nolan attise notre curiosité avec suffisamment d’ardeur pour nous convaincre de pardonner cette lente et capricieuse construction.

Le film repose sur deux personnalités. L’élégance et la noblesse d’un côté, contre la rudesse ingénieuse de l’autre. Mais tous deux sont caractérisés par un ego surdimensionné, indispensable à tout bon réalisateur. Composer un tour, c’est un peu le même travail que le cinéaste. Une mise en scène, une dissimulation ou corrompre la perception en usant d’artifices divers. Seulement Nolan invoque également le fantastique. Comme l’ultime tour de magie, celui que l’on ne peut expliquer. Celui qui dépasse toute raison, toute logique. Et de convoquer en un même mouvement, la quête du Graal de l’illusionniste avec une tradition cinématographique. Regard introspectif sur son propre métier, Nolan livre un film à la thématique puissante et se permet quelques réflexions théoriques subtiles et évidentes. Drapé dans un fantastique classique ramené d’entre les morts, Le prestige offre bien plus que l’expérience d’un tour de magie. Comme un plongeon à travers le miroir qui nous ferait passer derrière le rideau, ou derrière la toile.

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