Le stress de Justice

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Vous, lecteurs fidèles et réguliers, l'aurez certainement remarqué, ce blog ne surfe pas vraiment sur l'actualité. Et cela, vous allez le voir, ne va pas aller en s'arrangeant.

Il y a quelques semaines (mois ?), une vidéo créait un buzz conséquent. Les nouveaux princes de l'électro français, Justice, défrayaient la chronique avec leur clip, illustrant la chanson Stress. On pouvait y suivre un groupe de « jeunes de cité », portant des blousons aux logos du duo (une grosse croix), détruisant, agressant tout sur leur passage, comme dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Rapidement, les débats s'ouvrirent, s'animèrent, chacun y allant de son avis ; la presse suivit le mouvement (avec ce mini temps de retard propre à la vitesse de l'information sur la toile) et le tout s'enflamma. Alors qu'en est-il de la réalité ? Perversité médiatique d'un duo en manque de buzz ou geste artistique sans concession ?

Dans les voix des détracteurs revenaient régulièrement cette façon de caractériser le danger que représentent ces images, cette violence gratuite. Pourtant, on n’accuse pas (ou plus) Orange Mécanique de tels maux. Il a fallu quelques années pour y parvenir. Mais depuis, le film de Stanley Kubrick a atteint une renommée confortable (et justifiée) et ne souffre que rarement des débordements de gens trop sensibles et premier degré pour y déceler autre chose qu’une incitation à la violence. D’un point de vue artistique, il serait malvenu de comparer les deux œuvres. Parce qu’elles n’appartiennent pas aux mêmes média. Et il serait présomptueux d’affirmer que les sept minutes que dure le clip atteint la maestria du film et son développement. Le clip est un geste. Une fraction. Et de frapper fort dans son temps imparti.

Internet est un outil important pour Justice. Ils sont nés grâce à la toile. Prototype parfait du groupe 2.0. Et le duo a prouvé qu’ils étaient maîtres de leur image. Logo imposant, presque bling bling, premier clip au concept riche et minimaliste qui fit sensation au point de rafler quelques récompenses (au grand désarroi de Kayne West et ses vidéos bourgeoises). Un bon contrôle de l’environnement, chose aussi importante que la musique, aujourd’hui. Et surtout, maintenir le buzz, élément imparable pour perdurer.

Alors que les images nous sautaient à la gueule, il était difficile de déceler les intentions du duo comme du réalisateur. D’un point de vue artistique, le clip est une réussite. Filmage façon reportage labellisé TF1, brut et voyeuriste. Longs plans séquences filmés caméra à l’épaule pour l’immersion. Associé à la musique qui porte bien son nom, on est en présence d’un rapport images / musiques intéressant et pertinent. Symbolisation du stress, jouant également sur une peur brusque. Les images frappent fort. Seulement derrière cette évidence, se cache une inconsciente perturbation qui tempère notre élan. Une certaine complaisance à entretenir des clichés nauséeux (jeunes de cité = voyous). Rappel des évènements récents dans les cités, émeutes, mis en scène du point de vue de la violence (façon TF1), sans réel discours derrière les images. Le principal problème de ce clip réside dans cette ambiguïté. Cette absence de position qui permet d’entretenir les deux camps. Et comme on peut faire dire tout et son contraire aux images, on peut très bien imaginer le détournement au profit d’associations peu fréquentables.

Devant l’ampleur du phénomène, le duo décide de prendre la parole pour la première fois depuis la diffusion du clip. Jusqu’à présent, leur silence entretenait le doute mais permettait de conserver cette part de mystère autour des intentions. Le buzz montait, chacun pouvait choisir son camp, interprétation à la clé. On voulait croire au geste artistique sans concession. Croire que l’on pouvait être transgressif sans arrière pensée, que l’on pouvait jouer avec le feu au risque de brûler quelques uns sur son passage. Croire enfin que l’on pouvait jouer avec les clichés sans pour autant les préserver. Dans le cas de Justice, l’explication a tué le concept. Vagues bredouilles entre excuses et affirmations. De ceux dont l’objet échappe à tout contrôle. Immense feu de pailles comme on en trouve des milliers sur le net, le stress de Justice sera uniquement le leur. Et nous, de penser qu’on tenait là, une nouvelle fois, un des plus beaux coups d’éclats de la toile, du clip. Mais ce n’était qu’un accident.

Publié dans Humeur

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anthropology dissertation 08/10/2009 12:06


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