Three… extremes de Takashi Miike (Box), Fruit Chan (Dumplings) et Park Chan-wook (Cut).

Publié le par helel ben sahar


Deuxième livraisons de cours métrages fantastiques, Three… extremes, comme son nom l’indique verse vers un côté plus horrifique que les précédents. Three avait apporté un résultat inégal, allant de la franche réussite (le segment de Peter Chan), l’exercice formel impeccable mais manquant de vie (le segment de Ji-woon Kim) et le ratage complet (le segment de Nonzee Nimibutr). La nouvelle tournée amenait de nouveaux réalisateurs, à la réputation bien plus appuyée. En effet, Three… extremes tient en son sein Miike, Fruit Chan et Park Chan-wook. La curiosité de voir de tels cinéastes sur un format court est évidemment importante, et donne lieu à une certaine impatience. Le résultat, à l’image de la précédente trilogie, ne convint par complètement, le meilleur côtoyant le moins bon.

La trilogie commence avec le segment de Miike. A l’instar d’un One missed call, le réalisateur fou nippon ne donne pas lieu à la surenchère visuelle et la démence qui caractérisaient ses métrages et qui ont fait sa réputation. Au contraire, il présente un film tout en subtilité, pour une histoire minimaliste. Box, est assurément le meilleur court des trois que compose Three… extremes. Miike a parfaitement su gérer le format et propose l’histoire d’une romancière hantée par un rêve récurrent où elle se retrouve enfermée vivante dans une boîte mise en terre. A partir de ce canevas très simple, le réalisateur va construire un film où le sentiment de culpabilité va imprégner chaque image, ainsi que le jeu des acteurs. Revenant sur un évènement du passé de l’héroïne, il brode son intrigue très justement avec une économie de mots et préfère laisser conter les images.

Le métrage devient alors d’une fluidité impressionnante, où chaque plan semble témoigner des ressentiments, et exposes ses informations afin de rendre l’ensemble parfaitement limpide. A aucun moment, Miike ne faillit dans sa démarche et offre un court métrage à l’atmosphère prenante, magnifie son actrice principale et joue de son esthétique sans défauts ni outrances. Box est un court teinté d’une tristesse palpable, où la commisération mêlée à la culpabilité apporte son lot de mélancolie et de regrets. En un plan final fixe, le réalisateur parvient à résoudre son intrigue. A l’image de son segment, à la fois simple et précis, et à la réussite complète.

Le deuxième, réalisé par Fruit Chan, explore le thème de la jouvence éternelle sous fond de cannibalisme. Une ex actrice de télévision réclame les services de Tante Mei (magnifique Ling Bai) qui cuisine des raviolis à base de fœtus humain.

Le réalisateur échoue complètement dans l’illustration de son histoire. En lui donnant un ton résolument sordide et détaché, il ne parvient à aucun moment à provoquer l’effroi, ni même à atteindre un vague sentiment de répulsion ou de dégoût. Le film expose simplement son intrigue, sans invoquer le spectateur en son sein, ni même le faire participer. On regarde sans se sentir concerné par cette histoire à la fois improbable et finalement déjà vu. Il est regrettable que le réalisateur n’ait pas pris le sujet à la bras le corps et fourni un film qui aille plus loin que la simple illustration. En effet, le résultat tient plus d’une vision pathétique, sans la moindre once d’horreur pour relever le tout. Les deux personnages principaux jouent avec ironie par moment, ce qui nuit totalement à la représentation des actes qu’elles commettent.

Le film souffrant aussi de rupture assez franche, il est possible que la version longue gomme certains défauts et implique davantage d’ambition dans le scénario. En attendant, ce segment est le moins bon des trois, raté dans le fond (avec un épilogue proche du ridicule) et manquant de rigueur et de personnalité dans la forme.

La virtuosité reconnue du réalisateur coréen est à l’honneur dans ce segment. Un plan séquence magnifique nous cueille dès les premières images et offre une mise en abîme savoureuse. Malheureusement, le reste du métrage, bien que parfait sur le plan formel, ne tient pas toutes ses promesses. La faute à un scénario n’offrant qu’une seule bonne idée, dont le potentiel ne sera jamais exploitée. Au contraire, la tournure que prend l’histoire, les choix effectués et la direction finale de l’exercice ne provoquent guère l’attention.

C’est d’autant plus dommage que le film aurait pu être une jolie réflexion de l’auteur sur son métier, tout en incluant ses thèmes favoris que sont la mise en application de la vengeance, ainsi que la machination diabolique. Hélas, jamais on ne retrouve la magie qui habitait les précédents métrages du réalisateur. Au contraire, celui verse dans la facilité, et ne trouve grâce que d’un point de vue technique, sa réalisation ne sombrant pas. Cut est un rendez-vous manqué et une terrible frustration.

Three… extremes, à l’image de son prédécesseur, ne parvient pas à convaincre complètement. On peut même affirmer qu’il souffre des même défauts et qualités que Three. Mais l’exercice est toujours intéressant, et de voir comment certains des réalisateurs les plus reconnus s’en sortent avec un format différent permet de voir jusqu’où leur limite s’accomplie. Le court métrage n’est pas un travail facile, il demande généralement un scénario bien écrit et précis afin d’aller droit à l’essentiel. Miike a parfaitement réussi le challenge, et offre un merveilleux travail. Il prouve une nouvelle fois quel réalisateur émérite il est.

Publié dans Cinéma

Commenter cet article