Moon Knight 1. Le Fond de Huston & Finch

Publié le par helel ben sahar

A le voir, campé comme une gargouille sur le toit d’un immeuble, on se demande, de Batman ou Spawn, Moon Knight appartient. Parce qu’il a l’allure du Caped Crusader, que ses armes ressemblent étrangement à la chauve-souris aux ailes déployées. Moon Knight a choisi le croissant de lune comme étendard. La comparaison est inévitable. Mais il y a ce rapport à une divinité égyptienne, le Dieu de la vengeance Konshu. Ce besoin primaire du châtiment comme offrande à son maître. Entre vénération et esclavage, qui rappelle étrangement la position du rejeton de l’enfer. Tout comme Spawn, Mark Spector est un ancien mercenaire, qu’il a accompli de sombres desseins avant de se voir offrir une seconde chance… empoisonnée.

Le fond sert à la fois d’introduction à un nouvel arc et aux lecteurs néophytes qui découvrent ce personnage pour la première fois. La conciliation antinomique fonctionne très bien, Huston parvenant à inscrire la genèse du personnage au sein de son récit. On découvre Mark Spector au fond du trou, dans un abysse personnel qu’une vilaine blessure a plus ou moins cloué sur un fauteuil. Huston met en scène la retraite, plus que la convalescence, d’un héro. L’objet est d’autant plus cruel lorsqu’il s’applique à un personnage nourri par la vengeance de son Dieu. Un être donc agressif, qui consume son entourage par une attitude autodestructrice. Pour magnifier cet état d’esprit, Finch use d’un découpage très serré et de cadrage en gros plan pour mieux simuler l’enfermement de Spector. Et comme dans tout volume introductif, il n’est guère question de Moon Knight.

L’introspection permet aux lecteurs de percevoir le dilemme qui anime Spector. Entre désillusion et colère. Meurtrie de voir son Dieu si loin de lui et qui ne semble plus l’écouter, et frustré de sa défaite, de son échec. La honte l’envahit et l’oblige à repousser son entourage. Et dans cette approche, de pouvoir ainsi découvrir les visages récurrents de l’univers de Moon Knight. Huston parvient à équilibrer des obligations contractuelles à ses propres désirs d’auteur. D’aborder l’histoire selon une approche précise, sans sacrifier la compréhension d’un personnage que l’on ne connaît pas tous.

Le rythme particulier de l’histoire peut éventuellement dérouter. La narration laisse énormément d’espace aux tourments de Spector, à son passé revenant le hanter comme un leitmotiv toxique. Et si l’action apparaît en fin de volume, c’est pour mieux ressortir la cruauté de l’histoire, par une catharsis effroyablement intelligente. Huston joue astucieusement sur les attentes des lecteurs, et répond à leur demande sans sommation. Toutefois, les apparences sont trompeuses et la manipulation du personnage comme du lecteur n’est pas loin. Et si la révélation ne pose pas un caractère paroxystique, elle joue quand même son petit air un rien pervers.

On a ouvert ce comics pour le magnifique dessin de Finch, ainsi qu’un encrage qui lui apporte une dimension supplémentaire, et pourtant c’est l’histoire, simple en apparence, qui constitue la principale qualité. Parce que l’auteur a su jouer avec nos attentes pour mieux nous leurrer et porter son message avec une virulence à propos. La suite s’annonce coriace pour notre personnage dont la relation avec Konshu demeurera la clé de voûte. Et si Spawn n’a jamais été aussi passionnant que lorsqu’il se retourna contre Malebolgia, le futur de Moon Knight s’annonce délicieux.


Disponible dans la collection 100% Marvel.

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