Spider-man : Perceptions de Todd McFarlane

Publié le par helel ben sahar

L’apport graphique de McFarlane sur Spider-man fut conséquent. C’est en effet le premier dessinateur qui accentua l’aspect animal de l’araignée, de par des postures subjectives. Des positions que n’importe quel être humain jugerait anormales et certainement pas naturelles. Corps baissé en avant, jambes pliées et relevées, tout le geste signifie l’araignée. Car pour le dessinateur, le costume ne représente pas l’animal. L’esthétique ne sert qu’à une utilisation de l’immédiat, la perception réflexe. Pour McFarlane, lorsque Peter enfile son costume, il revêt la peau de la bête et ses mouvements, son comportement corporel s’en trouvent modifiés. Un thème qu’aura finalement repris Joe Michael Straczynski dans sa saga The Other où il tente de recomposer la dimension mythologique de Spider-man.

Dans Perceptions, Spider-man ne fait que quelques apparitions sporadiques. Si l’histoire déplace le photographe reporter Peter Parker en Colombie britannique, c’est avant tout pour l’intérêt que porte l’auteur sur le métier de journaliste, que l’utilisation du super héro. A ce titre, Wolverine tient la place principale de cette thématique secondaire. Un enfant est retrouvé mort dans la petite ville de Hope. Une journaliste découvre son corps en percutant le Wendigo – créature mythologique indienne que l’on apparente au Big Foot –  qui semblait le tenir dans ses bras. L’affaire prend une ampleur considérable avec la découverte d’un second enfant. Où comment une petite ville paisible tente de faire face à un évènement aussi tragique.

McFarlane fustige l’utilisation du journalisme pour envenimer une situation explosive. Si la thématique n’est pas nouvelle (le récit date de 1991), où l’on sème la confusion par une utilisation de la presse à des fins propagandistes, son emploi dans une série comme Spider-man possède un à propos convaincant. Le Tisseur ne souffre t-il pas d’un tel procédé ? Le Daily Buggle exerce continuellement une campagne de désinformation à l’encontre de Spider-man. On peut regretter que l’auteur manque d’y faire mention avec un peu plus de pertinence, mais ce serait déplacer un propos qui, s’il s’y apparente, possède toutefois des nuances importantes. Car si Perceptions s’intéresse évidemment au jugement hâtif et au danger des apparences, on peut trouver de fortes allusions à l’hystérie communautaire des petites villes. L’information y circule que dans un sens et provoque un aveuglement collectif que rien ni personne ne semble être en mesure de contrer.

Dans un tel contexte, les supers pouvoirs du Tisseur sont bien inutiles. L’auteur présente une situation dans laquelle la dimension super héroïque n’apporte rien de concret sinon dans une utilisation à la lisière du légal parce que la fin justifie souvent les moyens (et l’apport de Wolverine confirme cette impression). McFarlane narre et dessine un récit très riche. Il y développe des thèmes très peu usités dans les comics, spécialement ceux mettant en scène des supers héros. Parce que l’on s’attend toujours à voir débarquer un super vilain ou autres créatures fantastiques, on oublie parfois que l’humanité, dans ce qu’elle a de plus réel, est parfaitement capable d’accoucher de monstres.

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