Très bien, merci de Emmanuelle Cuau

Publié le par helel ben sahar

Emmanuelle Cuau dessine le portrait d’un homme fatigué et d’une partie de notre société administrative par l’absurde. Car le rire est souvent jaune dans Très bien, merci. Au-delà de l’aspect simplement caustique, se révèle également un côté effrayant. Parce que le drame que vit Alex possède une impression tellement réaliste, qu’on s’imagine pouvoir vivre une situation identique. Et le travail de la réalisatrice est exemplaire dans cette façon de capter le réel, sans travail formel sinon celui d’apparaître le plus neutre possible. Sans forcément lorgner du côté du documentaire, le filmage caractérise à la fois la solitude des personnages enfermés dans leur monde-prison (que ce soit une cellule ou un taxi) et la retranscription brute, la pénétration dans des offices où les caméras ne sont généralement pas invitées.

Très bien, merci, est une descente aux enfers, mais une descente intime, minimaliste, à l’échelle humaine. Elle ne s’exerce pas dans le drame emphatique, mais dans la succession de petites contrariétés, qui, prises indépendamment, semblent ordinaires ou faire parties de la vie de tous les jours, et auxquelles, on ne fait plus trop attention. Et bascule dans le sordide lorsque Alex s’intéresse d’un peu trop près à un contrôle d’identité. Tout s’enchaîne avec une montée crescendo dans le surréalisme. Confronté aux rouages de la détention, puis le placement en hôpital psychiatrique, le chemin tissé par la réalisatrice trace une ligne sur les différents maux de notre société. Film un rien politique, qui tente de déterminer par l’absurde, les aberrations d’un système. Si on n’évite pas une certaine caricature, on voit se dresser une implacable et inhumaine institution. Les faces à face entre Béatrice (très juste Sandrine Kimberlain, qui incarne avec merveille cette incompréhension irréelle) et les autorités médicales sont savoureuses et témoignent l’incongruité fantasque des situations. Si le film n’évite pas un problème de rythme, c’est pour mieux exprimer la volonté de la réalisatrice d’aller au bout de sa démarche en filmant le cauchemar en son entier. Que cette escapade surréaliste dans le monde de l’enfermement psychiatrique provoque des séquelles difficilement surmontables.

Gilbert Melki promène sa mine progressivement déconfite tout au long du film en évitant de verser dans un pathos façon Droopy. Gardant une constance impressionnante avec un visage fermé, il parvient néanmoins à composer une expressivité remarquable. A l’image d’un film qui se contente de poser un regard concerné, mais discret sur les mésaventures d’un homme que la raison et les principes ont poussé un peu trop loin à la curiosité. Emmanuelle Cuau signe une œuvre pas évidente, et relève le défie avec un brio exemplaire. Alliant la forme et le fond, porté par des comédiens concernés et virtuoses, Très bien, merci, sonne comme l’expression de la politesse administrative, mais se révèle être son brûlot dénonciateur.

Publié dans Cinéma

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Morena 01/05/2007 13:28

Puisque c'est ça, je vais essayer de débaucher une copine pour aller le voir cet après-midi. Na.
:evil:

helel ben sahar 02/05/2007 01:14

Et tu aurais bien raison !!!