The manchurian candidate de Jonathan Demme.

Publié le par helel ben sahar


Avant toute chose, il est utile de préciser que je n’ai pas vu le film originel de 1964 de John Frankenheimer.

Certes, l’histoire de nos jours pourrait faire un peu daté. La manipulation de notre esprit, que ce soit sous l’hypnose ou par implants électroniques, est un thème fort des années soixante que l’on n’a guère retrouvé de nos jours au cinéma – davantage dans les séries tv. Pourtant, voilà bien une situation qui peut facilement traverser les âges, pour preuve, à aucun moment le film ne sombre dans une forme proche du ridicule qu’un mauvais traitement aurait pu amener. De plus, le contexte politique étant de plus en plus fort et discuté, un tel film trouve sa place naturellement, et peut même faire bien plus qu’une simple illustration, mais bien jeter un pavé dans la mare, histoire de voir ce qui elle éclabousse. Il est évident que sur ce dernier point, le film est extrêmement décevant. A aucun moment, le métrage ne semble prendre à bras le corps son sujet, peut-être n’était-ce tout simplement pas la volonté du cinéaste, il est toutefois frustrant de ne pas assister à un spectacle plus percutant, un coup de poing qui se transforme en une vulgaire petite tape sur l’épaule. Pourtant tout le contexte était là, servi par des acteurs dont il n’est guère utile désormais de vanter les qualités, de prononcer des éloges et un réalisateur tout sauf manchot.

The manchurian candidate ne déçoit pas sur cet unique point, mais bien dans son ensemble. Le métrage ne parvient pas à trouver son rythme et ne semble pas s’intéresser à ce qui pouvait prétendre être réellement fort. Le jeu de Denzel Washington n’aide certainement pas à occulter cet écueil. L’acteur ne réussit pas à convaincre dans son illustration de la névrose qui accompagne Ben Marco. Il donne davantage l’impression de cabotiner (si ce terme veut encore signifier quelque chose aujourd’hui), de tomber dans la caricature de l’acteur qui se regarde jouer, sursignifiant chaque expression, intonation dans l’optique de paraître plus vrai. Trop conscient de lui-même, il provoque un désintéressement du personnage de la part du public, dont l’attention est portée sur le jeu impeccable et toute en retenue de Liev Schreiber. On regrette alors que le film ne soit pas centré sur ce dernier, et les arcanes de la politique américaine. Déçu de ne pas voir un vrai thriller politique, mais une tentative manquée. Contrarié de voir le métrage sombrer dans une improbable succession d’évènement, dont le facteur temporel joue en sa défaveur.

Trop lent, trop rapide, jamais assez, toujours trop. Le film devient paradoxal. Chaque pas avancé est un pas de trop dans la mauvaise direction, et lui suivant essayant plus ou moins de rattraper le tir ne fait qu’aggraver les choses. On se détache progressivement du métrage, on subit poliment. Conscient du savoir faire, de certaines séquences irréprochables, on ne va pas s’offusquer du résultat, s’indigner contre le film. Mais il devient inévitable de paraître désappointer devant tant de promesses non tenues, tant de qualités qui ne mènent nulle part. Ainsi rangeons notre rancœur, notre amertume, nos déceptions, et courons voir le film qui a donné lieu à de tels sentiments. Peut-être serons-nous plus indulgents. Ou peut-être…

Publié dans Cinéma

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