X men 3, the final stand de Brett Ratner

Publié le par helel ben sahar


Le métrage pose rapidement un problème insoluble. Un trop plein d’idées, de thèmes et de récits tentent de cohabiter dans un espace beaucoup trop réduit pour pleinement convaincre. Le scénario brasse un nombre bien trop conséquents d’éléments, et le résultat devient une œuvre en perpétuel inachèvement. Un film, dont les scènes n’ont qu’une portée éphémère, sans emprise sur ses implications. Comme un canot lancé sur une mer beaucoup trop grande et agité. Bien que reposant sur un univers déjà défini, et des personnages en partie caractérisés, dès les premières images, on ressent inexorablement que le souffle est court. La respiration difficile, et les gestes maladroits qui confondent parfois vitesse et précipitation.

L’ambition est ce qui caractérise le personnage de Magneto, et généralement ce qui cause sa propre perte. Le film en est également victime. Pourtant, les thèmes abordés correspondent parfaitement aux éléments mis en place par Singer. Cette volonté de vouloir créer, dans un camp, dans une race comme dans l’autre, une uniformité. Transformer tous les humains en mutants, « guérir » les mutants pour qu’ils (re)deviennent des humains. Le geste est différent mais l’intention est identique. Les conséquences de cette démarche deviennent alors qu’un détail aux yeux des persécuteurs. Sur ce seul canevas était permis de dresser un discours intéressant dans sa forme, et s’appliquant à des années de développement d’un comics reposant essentiellement sur la notion de différence. Le racisme est évidemment au cœur des films, cette incompréhension de son prochain « différent » qui apporte son lot de violence, cette animosité annihilante. Malheureusement, Ratner ne parvient jamais à rendre compte ce discours. On pouvait craindre que sa venue, après la désaffection de Singer parti réalisé Superman returns, ne fasse s’écrouler une franchise, on se rassurait éventuellement de sa seule qualité de faiseur, le résultat est alors conforme à cette vision. Celle d’un réalisateur qui ne comprend pas les enjeux de son scénario, qui se contente de l’illustrer avec un certains savoir faire, mais sans aller au-delà de simples images sans significations particulières. La franchise est toujours intacte, mais elle a perdu de sa superbe (quoique le second opus effectuait une certaine régression).

Le métrage pose également le problème de contenter les fans, au détriment d’une certaine logique cinéphilique. On reconnaît volontiers qu’il était somme toute impossible de ne pas enchaîner avec le personnage de Phoenix, vu l’épilogue du précédent épisode, mais le faire cohabiter avec une histoire aussi riche que celle du vaccin anti-mutant tient plus du suicide que de la raison. Il convient aussi de regretter l’apparition de certains personnages qui n’ont l’air d’être présents pour le seul plaisir du fan. Une erreur aussi maladroite qu’exaspérante, que de croire que la simple mise en image puisse à ce point satisfaire quiconque ayant lu et apprécié le comics. Un autre écueil que représentent ces nouvelles apparitions – que l’on pouvait également remarqué dans le second opus – est leur évidente commodité pour faire évoluer le scénario rapidement. Ils sont davantage utilisés comme un deus ex machina, que comme des personnages. Madrox est un instrument, au même titre qu’Angel. Ils ont un but introductifs ou simplement factuel, voire totalement inutile (Colossus). D’autant plus dommage que de tels traitements crée une notion de vide et de frustration.

Devant la boulimie du scénario, l’incapacité de Ratner à obtenir un réel degré d’empathie pour ses personnages et les situations dramatiques qui parcourent le récit, ne reste finalement que le formalisme et les clins d’œil. Le sujet est perpétuellement survolé comme le rythme devient effréné. Les séquences s’enchaînent trop vites, mais ressort un aspect d’insatiable repu. Une maigre satisfaction peut-être, mais qui parvient somme toute à contenter, comme un spectacle servi seulement pour les yeux. Ratner retrouve également la notion de groupe, où les X men sont tournés vers un but unique, et non des intrigues individualistes qui se regroupaient comme par miracle (et surtout, par aspect pratique évidemment) vers la fin – écueil principal du deuxième film. Et puis également ces petits détails inutiles pour le métrage, mais qui font tellement plaisir aux fans  - et intégrer correctement, cette fois-ci – comme le lancé de Wolverine par Colossus, la salle des dangers et la furtive apparition d’une sentinelle, la présence de Moira McTaggert…

X men 3 comporte de belles fulgurances, de belles intentions, mais sur une durée bien trop mince pour convaincre pleinement. Le charisme du Phoenix est plus ou moins sacrifié, le sous texte impliquant le vaccin également. Le film possède alors un goût d’inachevé, une œuvre bancale qui tient grâce aux fondations du premier film et quelques séquences du second. Ne dévoilant pas toutes ses possibilités, ni toutes ses promesses, ce troisième opus déçoit, mais ne présente pas non plus l’étiquette innommable que certains voudraient coller à la seule attention de Ratner. Ce dernier a offert strictement ce que l’on attendait de lui. Une illustration pure et simple, et correctement réalisée. Mais le film est en carence de personnalité, d’émotions et d’empathie. Peut-être que le fan, seul ( ?), sera capable de combler lui-même les déficiences d’un film qui n’a pas su contrôler son gène mutant.

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