Memento Mori - Chapter VII

Publié le par helel ben sahar

EPITAPHE - extrait d'une nouvelle écrite il y a un couple d'années de cela...


Quand vous lirez ces lignes, vos yeux seront déjà rouges et humides d’avoir pleurés. Peut-être. Quand vous lirez ces lignes, votre esprit, déjà, ne pensera plus de la même façon. Peut-être. Quand vous lirez ces lignes, je ne serai pas à côté de vous et ne pourrai vous expliquer. Sûrement.

Je ne tenterai pas d’expliquer quoi que ce soit, ni de dire pourquoi. Je suis passé et me voilà plus. Je n’essaierai pas de vous convaincre, ni même d’apaiser quelques maux. Je ne saurai dire comment vous souffrez, si souffrance il y a. Il est des choses qui ne s’expliquent pas. C’est peut-être la seule certitude de ce monde. Ne cherchez pas, n’essayez pas de deviner ou d’émettre des suppositions, de fouiller dans les jours récents ou plus lointains, de trouver quelques expériences traumatiques, pas plus que d’affirmer des conclusions hâtives. Je suis parvenu, sans réflexions particulièrement poussées, à tord ou à raison, à parvenir à cet épilogue.

Quand vous lirez ces lignes, qui êtes vous ?

Que ce soit sur un écran ou graver sur le papier, que vos mains tremblent ou vos yeux se ferment, que vous réciter à haute voix ou que les mots résonnent dans votre tête, ils seront les derniers, comme une promesse déjà assouvie. J’ai toujours préféré les mots à la parole, ils résonnent tellement plus vrais, sans toutes ces intonations vocales qui les corrompent. Ils sont écrits ainsi sans aucun autre sens que celui qu’ils dévoilent. Je n’ai jamais été bon pour les discours, jamais bon pour la prise de parole spontanée, ni bon pour m’exprimer. Je n’ai rien eu à dire et tellement à écrire que je n’ai jamais rien écrit et trop parlé.

Quand vous lirez ces lignes vous vous rappellerez de moi. Qui étais-je ? Comme épitaphe trop longue pour le marbre, les mots seront enfermés dans un écrin pour une dernière volonté. Je n’aurai pas d’ordre sinon des souhaits. Je dévoilerais rien qui ne se sache déjà. Je ne vous ai pas quitté, juste emprunter un autre chemin, un chemin plus court. Je suis allé à destination sans autre itinéraire que celui que je voyais. Je n’ai pas regardé autour de moi, je ne me suis arrêté qu’une fois, j’ai entendu par moment et j’ai continué tout droit.

Le miroir s’est brisé une fois. Je me souviens, vous ne savez sûrement pas de quoi je parle, tous ces éclats m’ont blessé au visage. Le sang s’est mêlé aux larmes Avant même, j’avais déjà mal. Une douleur sourde que j’ai toujours eue en moi, sans que je ne sache à quoi elle correspondait vraiment. Aujourd’hui, vous savez pourquoi mes yeux paraissaient toujours tristes.

J’ai trop vécu par procuration des vies qui n’appartenaient pas à la réalité. Des rires sans joies, des larmes sans douleur. Parfois, les illusions se sont tellement répétées, ont vécu trop longtemps pour ne plus me souvenir de ma vie. Des souvenirs qui ne m’appartiennent pas se sont fondus dans mon passé jusqu’à l’exclure. Je n’étais déjà plus. Devenu une éponge absorbant flots de paroles, de pensées et d’idéologies. Je n’étais plus un, mais un puzzle humain.

Je n’ai pas pensé aux conséquences où même pensé à vous. Comme un acte suffisamment lâche pour être égoïste, je n’ai cherché à imaginer un futur où je ne serai plus. Il est plus rassurant de se dire que l’on ne manquera à personne, de se dire que la tristesse est éphémère si présente elle est, qu’ils oublieront, tous, car il ne restera rien de moi.

J’aime établir des si, maintenant qu’il est trop tard. S’il est une façon de revenir observer vos réactions ou de souffler sur votre nuque, croyez moi, je n’hésiterai pas. Curiosité masochiste penserez vous en levant les yeux au ciel ou en vous retournant. Une main sur votre épaule je goutterai les larmes. Mais je sais que rien n’existe sinon la mort elle-même et qu’elle n’a comme sens qu’une irréductible fin, un terme à toute forme de pensée, d’expression. La vie est riche et souvent trop longue, ne mérite aucune poursuite lorsqu’elle se termine.

Ces mots ne sont d’aucune façon une invitation à me rejoindre. Il n’existe que par moi et pour vous dans le seul but de vous rassurer. Il est trop facile de s’imaginer responsable de la mort de quelqu’un pour que je parte sans rien dire. J’ai essayé de voir chacun d’entre vous avant d’effectuer mon voyage, pour ne pas que vous restiez sur un souvenir qui ne me plaisait pas. J’ai essayé de partir sur une bonne impression, un souvenir qui vous rendrait plus gai que triste. Je ne veux pas que vous regrettiez quelques chose, que vous vous dites j’aurai dû… je sais que je ne pourrai vous préparer sans que vous ne fassiez rien pour m’en empêcher. Ne pleurez plus, prenez, chacun, notre plus beau moment passé ensemble et garder uniquement cette image de moi. J’aimerai que l’on se souvienne de moi avec un sourire plutôt qu’une larme. Je crois que pour vous ces instants furent trop courts pour que vous les gâchiez ainsi.

Personne n’est égal devant les sentiments et je crains d’avouer qu’il est certain de vous qu’il m’est plus difficile de quitter ou même de prévenir. Sans vouloir blesser, il est une personne qui me fait pleurer à l’idée de partir sans rien lui dire. Moi qui ne lui ai jamais mentie, je me dégoutte parfois au point de tout abandonner, de mettre à plus tard ce qui doit être fait maintenant. Vos yeux se tournent les uns par rapport aux autres et essayent de deviner ce qui pourtant parait évident. Pour preuve, je veux que vous sachiez déjà qui est cette personne. Sauf elle-même dont l’orgueil empêche d’imaginer une telle possibilité, elle qui n’a qu’à écouter son cœur.

Bientôt les mots me manqueront et la page se terminera sans que je ne puisse écrire davantage, moi qui ai déjà trop parlé. J’ai raconté bien plus que je ne le pensai au préalable. Je commence à réfléchir aux phrases, cherche des expressions. J’essaye d’éviter les mots trop convenus comme la vie doit continuer sans moi, pour vous. En fait je crois que tous les mots dictés ici sont convenus. Cette lettre ne devrait plus être. Je terminerai ainsi, retardant l’échéance de vous quitter.


Au revoir…

PS : ad vitam æternam

 

Publié dans Memento Mori

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Novatilla 15/02/2006 21:39

Quel plaisir de relire ces lignes. Quel sursaut. Quel explosion de sensations. Merci.