Memento mori - chapter XXV

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Une grande porte qui claque. Et c’est des souvenirs qui s’envolent. Il reste assis. Fixant encore l’espace qu’elle occupait il y a encore un instant. C’est fini. Ces oreilles bourdonnent encore. De trop de cris. Ses yeux sont certainement rouges. D’avoir trop pleuré. Un regard dans le miroir sur sa droite. Ses joues son sèches. Ses yeux normaux. Toujours habités par ce bleu délavé. En fait, il a le visage incroyablement serein. Comment est le sien, à elle ?  Il s’en fiche un peu. Après tout, c’est elle qui est parti. Il s’en fiche ? Hier encore c’était la femme de sa vie. Plein de projets d’avenir. Ils parlaient même d’un enfant. Une maison et un jardin. Une salle home cinéma aussi. Cela, c’est lui surtout. Leur vie planifiée. Tout était déjà mis en scène. Seulement on oublie toujours un détail. Un truc infime. Un grain de sable. Vous avez saisi l’image.

Alors aujourd’hui, à dix sept heures quarante cinq, il est tout seul. Mais vraiment seul. Pas ces moments de solitude qu’on se fabrique pour pouvoir réfléchir. Ou tenir la pose dans une posture nostalgico-mélancolique. Non, on parle bien d’une solitude affective qui vous fait croire que l’on est la dernière personne sur terre, malgré le bruit qui nous entoure. Il n’a pas vraiment peur de la solitude. Il était habitué auparavant. Il avait pris goût à la vie conjugale. On s’habitue à tout. Même quand ce n’est pas dans notre nature. Et de retrouver cette atmosphère pesante qui le fera souffrir tôt ou tard, ne le dérange pas sur le moment. Aujourd’hui la porte est close, et l’appartement étrangement calme. Le silence. D’avoir oublié ce que c’était réellement. Quand on vit à deux, on oublie le silence. Parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour parler ou faire du bruit. D’allumer la télé ou la radio. De parler dans le vide ou de téléphoner. Tous ces détails qui font que le silence est banni.

La fenêtre est ouverte, il sent le frais caresser son cou. Il se retourne. Dehors, le ciel est bleu. La lumière magnifique. Un temps comme il aime. Froid et sec. Le haut d’un chapeau passe devant sa fenêtre. De l’intérêt ou l’inconvénient d’habiter au rez-de-chaussée. Il ferme la fenêtre. Le voyeurisme n’a jamais été son truc. L’ordinateur est allumé. Un œil jeté sur le modem. Le voyant clignote toujours. Foutu opérateur. Impossible de communiquer. Il ne prendra pas le téléphone. Il n’appellera personne. Il se contentera de répondre. Du coup, il tourne en rond. Il attend. Derrière lui, une pile de dvds en attente de visionnage semble le narguer. Plus tard. Il n’a pas vraiment la tête à cela. Comme disait Renaud, son amour est parti. Parti pour toujours. A-t-il perdu sa vie ? Pour peu, il pourrait croire à la réincarnation. Pas dans le sens de renaître. Seulement de débuter une nouvelle existence. Aujourd’hui est le premier jour. Day one. Nouveau calendrier. La nouvelle année commencera le 13 Janvier.  On oublie toute les autres fêtes. Seule la dernière comptera.  Les jours seront des nuits.

En attendant. En attendant quoi ? En attendant qui ? Trois fois qu’il se retourne. L’impression d’entendre le bruit de la clé qui entre dans la serrure. Le son qu’il entendu tellement de fois. Celui annonciateur de sa rentrée. Après une trop longue journée de boulot. Il faudra qu’il s’habitue. Il faudra réapprendre. A se réveiller tous les matins. Seul. C’est de sa faute à elle. C’est elle qui est partie. Mais ne l’a-t-il pas un peu cherché ?...

Publié dans Memento Mori

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