Memento mori - chapter XXVII

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Le crissement des pas sur le gravier. Lentement. S’avancer pour découvrir. Derrière le vent gronde. S’impatiente. Relève l’empressement. Dans l’idée, on voudrait avancer plus vite. Mais l’excitation nous fait ralentir. Paradoxe. Une table se découvre. Sous une tonnelle un peu sale. Mais grande. On pourra toujours s’abriter s’il pleut. Les chaises sont retournées contre la table. Comme désolées. Les volets sont repliés contre le mur. Mais les fenêtres trop petites ou masquées de rideaux nous empêchent de voir l’intérieur. Au fond, une porte vitrée semble signifier l’entrée. Quelques fantômes d’enfants courent entre nos pattes. Ou sur la balançoire. Le vent couvre leur rire. Sur la droite, un barbecue accueille les cendres des derniers occupants. De leur festivité. Les pierres de la maison sont fraîches. Elles conservent les rires jetés en pâture. Ou l’essence des amoureux venus se lover. On pourrait même entendre quelques notes de musique. Dans un écho indistinct. Où les mélodies se chevauchent. Pour ne plus ressembler à rien.

Finalement les portes s’ouvrent. Une odeur de vie s’échappe. Et le bruit du bonheur qu’on relâche. Les cris joyeux et éthyliques des soirées poussées beaucoup trop loin. Mais sans doute s’en foutent-ils. Sans doute s’aiment-ils. Dans un fauteuil trop profond, on capte quelques baisers. Un peu cachés dans le noir. Où ils ne trompent personne. Les amours pudiques ou clandestins. Trop beaux. Enivrant.  Et les bras levés, accompagnés d’un cri étrange. Et les tablées trop grandes. Serrés les uns contre les autres. A raconter n’importe quoi. Des verres qui s’entrechoquent. Et d’autres qui se renversent.

Réveil difficile d’une soirée noyée. La tête et les bras lourds. Les épaules légèrement affaissées. Où chaque bonjour est beaucoup trop fort. La tentative de trouver du café. De convoiter les salles de bain. D’attendre dans la fraîcheur de la mâtinée. Pour une fois qu’il fait beau, ils ne vont pas se plaindre. C’est un ballet incertain. Les places se libèrent. N’ont pas le temps de refroidir. Déjà occupées. Parfois les corps se cognent. Réflexes inexistants. La musique résonne déjà. A l’aube, vers onze heures. La cuisine ne ressemble à rien. Entre vilains cadavres et vieilles tentatives culinaires. Qu’est ce qu’on mange ? On va faire les courses ? Qui ? Combien ? Les questions fusent. Trouvent de vagues répondants. Un peu plus émergés. Expédition éclair. Dehors, tout le monde est réveillé. Et partage un peu de léthargie. La journée s’annonce belle. La soirée plus belle encore.

Tous les regards tournés vers un autre visage. Un peu craintif. Un peu excité aussi, c’est normal. Comme une file, chacun à tour de rôle. S’organise la distribution. Les flashs crépitent. Immortalisent l’instant. Impressions numériques. Les surprises n’en finissent plus. Il y a la découverte. Il y a cette beauté. Insignifiante mais tellement importante. Celle d’avoir réussi. Celle d’y être quand même parvenue. D’avoir transformé le temps en plaisir. Les mercis ne suffiront pas. Même si elle ne l’admettra jamais vraiment.

On ne sent pas trop la tristesse des départs. La déception du temps trop court. Parce que l’empreinte demeure. Et joueront toujours ce bruit étrange aux autres visiteurs. D’avoir marqué l’endroit d’une vie. On entend encore le crépitement du feu. Et cette indicible douceur d’une caresse sur nos visages. Le vent s’est tu. Vaincu. Devant la force d’une persistance. Au coin de l’œil, une ombre s’échappe. Sur la droite, la balançoire bouge encore. Le vent ? Impossible. Tout tourbillonne. Les sens s’affolent. Se contredisent. Entendre sans voir. Voir en silence. Réminiscence. Souvenirs incarnés. Réincarnés. Pour que tout soit toujours comme avant…

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Novatxutxu 28/04/2008 21:47

Epouse-moi.

gehenne 28/04/2008 23:56



(re)Merci à toutes et à tous. Ces moments partagés sont une formidable source d'inspiration.



ELias_ 28/04/2008 17:31

Da veg.

E.

gehenne 28/04/2008 18:57



Au contraire, avec plaisir !



Sylvain/Kaonashi 28/04/2008 10:37

Merci Guillaume...

gehenne 28/04/2008 11:33



Mais qui est donc ce Guillaume ?...
De rien, et merci également.