Memento mori - chapter XXIV

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Un pied qui s’avance sur la première marche de l’escalator. Une main agrippe la rambarde. Le regard dans le vide. Alors que la montée s’effectue. Un couple assis au pied d’un escalier. Enlacé. Une vielle dame qui descend. Deux ou trois pigeons dans le ciel. Au dessus, l’architecture métallique dessine des formes étranges avec les ombres. Le bruit du tramway derrière. Des cris d’enfants qui jouent dans les flaques. Un rire venu d’on ne sait où. La montée s’achève. Le regard se précise. Sauter la dernière marche et continuer sa route. Traverser la cour. Et rejoindre la rue. Joindre la circulation. Quelques gouttes commencent à tomber. Le ciel était pourtant bleu ce matin.

Fondu enchaîné…

Le sac posé par terre dans l’entrée. La veste jetée sur le canapé. Direction le placard. Un verre, une bouteille. S’asseoir devant l’ordinateur. Et fixer l’écran noir une minute. Dehors des voitures klaxonnent. Dix sept heures quarante cinq. Sortie du bureau. Quitter la fenêtre, retourner devant l’ordinateur. Patience. Appuyer sur l’interrupteur ou non ? Un doigt sur le bouton. Le verre dans l’autre main. Encore une gorgée. Etouffer une toux. Le téléphone sonne. Arraché de sa torpeur. Attendre deux ou trois sonnerie. Et puis attendre encore. Jusqu’à l’interruption. Une dernière gorgée. La dernière gorgée. La bouteille est terminée. Finalement l’ordinateur restera éteint. S’avachir dans le canapé. Regarder les toiles d’araignée. Compter les tâches au plafond. Les yeux roulent dans leur orbite. Les paupières se ferment. Un, deux, trois, quatre…

Fondu enchaîné…

Trop tôt le matin. Le réveil l’arrache de son rêve. Un rêve qu’elle a déjà oublié. Levée grognon. Les pieds traînent dans leurs pantoufles. Main passée dans les cheveux. Elle se dirige vers le frigo. Sortir le jus d’orange. Allumer la cafetière. Un café, vite. Très vite. Drogue matinal. Sans qui la journée serait impossible. Elle souhaite retourner au lit. Elle réfléchit une seconde. Et se ravise. Comme tous les matins. L’eau coule dans la douche. Le café commence à faire son effet. L’eau tiède achèvera le travail. Des vêtements jetés sur le lit encore défait. Comme il l’est tous les jours. Vision panoramique de la pièce. Où est donc cette veste ? Elle regarde sous le lit. Y découvre un sac qu’elle pensait avoir égaré. Mais pas de veste. Elle trépigne d’énervement. Toujours à chercher ses affaires. Jamais à les trouver. Il lui faut cette veste, pourtant. Dernier regard dans la penderie. Elle sait qu’elle est déjà en retard. Mais toujours pas de veste. Dilemme.

Fondu enchaîné…

Vieux souvenirs enfermés dans des cartons. Il découvre d’anciens carnets de notes. Il rigole des remarques des professeurs. S’ils le voyaient aujourd’hui. Remonter encore un peu plus loin dans le temps. Vieux doudous. Vielles peluches. Décidément, les parents ne jettent rien. Photos de la primaire. Avec Mme Ledoux. Dans sa chemise blanche immaculée. Tailleur stricte. Et regard froid, dur. Pourtant elle était gentille se souvient-il. Jouets cassés. Certains valent une mine d’or paraît-il. Des collectionneurs les recherchent sur ebay. Il pourrait essayer de les vendre. Mais comme dans la pub, les souvenirs n’ont pas de prix. Dernier carton sur la droite. Photos de bébés. Lui ou son frère ? Ce frère qu’il n’a jamais connu. Ce frère mort beaucoup trop jeune. Tristesse et nostalgie. Bizarre pour une personne dont il n’a aucun souvenir. Et pourtant… En haut, il entend la porte s’ouvrir. Les parents viennent de rentrer. Il ferme la porte de la cave et remonte l’escalier. Un dernier coup d’œil. Les cartons sont bien refermés. Et bien rangés. Ni vu, ni connu. Seule une photo manque. Il la porte près du cœur.

Fondu enchaîné…

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