Keny Arkanna - Entre ciment et belle étoile

Publié le par helel ben sahar

Derrière les murs de bétons, existe tout un monde qui nous attend. Qu’aux limites de la cité, c’est un autre ailleurs qui nous tend les bras. Voilà ce qu’on pourrait retenir, en schématisant. Merci pour l’info. Seulement quand ces enseignements évidents sont assénés avec la plombeur d’une voix cimentée, on écoute. Parce que ce poing tendu force le respect. Et puis peut-être aussi parce qu’on ne le répète jamais assez. Une redondance positive en somme. Le message d’une jeune femme en colère qui a parcourue le monde. Le rap en France est un genre citadin. Le genre respire l’asphalte et pense trop rarement à s’échapper de son enclos de béton. Une musique un peu nombriliste aussi. Alors quand le rap s’altermondialise, on se prend à l’idée de vouloir nous aussi prendre les armes. Mais surtout, on se rend compte qu’il serait juste d’écouter ce qu’il a nous dire et de comprendre que derrière l’évidence se cache aussi le cri d’alerte d’une personne blessée et énervée de voir que rien ne bouge. Entre conscience collective et blessures personnelles, le rap de Keny Arkanna trouve en ce milieu une force implacable. Si le premier single s’appelle La rage, ce n’est finalement pas si étonnant. Cette colère, trop souvent perçue comme de la violence gratuite et sans fond, est le feu raisonné et libéré d’une pensée consumée.

Ce disque représente également une ligne de fuite. Toute jeune, celle qui ne s’appelait pas encore Keny fugue de foyer en foyer, pour découvrir le monde, l’observer autrement que derrière les vitres d’un établissement prison. Elle a des ailes aux dos et de voir un plafond au dessus de sa tête semble être une torture qu’elle ne peut supporter. Bien sûr le monde se résume essentiellement à la ville de Marseille, mais pour cette jeune fille, c’est un univers à découvrir. Entre ciment et belle étoile résume bien cette orientation. Le bitume et la nature convoqués dans une messe mondialiste. Une conjugaison au pluriel pour tenter de créer le message universel des dépourvus. Keny Arkanna n’a pas la prétention de parler au nom de tout le monde, mais d’inviter des voix à se joindre à elle. Afin de créer un mouvement, une rébellion comme elle l’aime à l’appeler, dans le vague rêve d’une révolution mondiale. Un songe un rien naïf, professé dans des mots simples et directs, dont la pertinence toute relative invite au raisonnement.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, Entre ciment et belle étoile est l’un des meilleurs disques de rap français entendus. Le jugement peut paraître prématuré, et ne pas tenir compte d’une connaissance encyclopédique du genre, mais il faut avouer que la bombe lancée par Keny Arkanna va laisser des traces. Outre la destruction de préjugés et de la glorification capitaliste, elle s’impose parmi une scène encombrée de guignols pour qui le rap est une vitrine à faire de l’argent. Un genre devenu « la pute du capitalisme » (dixit Keny in Les inrocks). En joignant sa rage à une cause ambitieuse, elle espère faire du bruit afin d’agiter les consciences. Ce serait oublier qu’entre ciment et belle étoile porte également des cicatrices intimes qui ne sont pas encore refermées. Un exutoire personnel et probablement salvateur. La colère pas tout à fait apaisée nourrit un flow débité avec la verve d’un marteau piqueur. Bruyant, rapide, destructeur, parce qu’il ne peut en être autrement. Et lorsqu’il se fait plus doux, c’est pour mieux raconter la douleur d’une vie accidentée et celle d’un pays (l’Argentine, pays d’origine de Keny Arkanna) dépossédée par le libéralisme. Mais cette jeune femme n’a certainement pas encore tout dit, et comme on l’affirmait plus haut, certains messages ne se lassent jamais d’être répétés.

 

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louis joncquez 28/01/2008 11:11

trop puissant les etoile slim