Rome

Publié le par helel ben sahar

La fresque historique s’invite dans la petite lucarne à l’initiation de HBO. Projet ambitieux de vouloir ainsi revisiter la Rome de Jules César, son apogée comme sa déchéance. Après la mythologie américaine du grand ouest (Deadwood) auquel la chaîne tentait d’apposer un caractère et un regard réaliste, c’est aujourd’hui au mythe romain qu’elle s’attaque, avec ce même objectif en vue : mettre en image l’Histoire, sans paillettes ni éclat.

L’ampleur impressionnante de la reconstitution comme représentation d’une ville démiurge. Rome ne pouvait bénéficier d’un traitement plus timide pour retranscrire toute sa folie, sa grandiloquence et son impérial sentiment de supériorité. Mais ces luxueuses bâtissent abritent également les ruelles sombres et purulentes d’une partie de la population ne bénéficiant pas de l’apparat des grandes familles. Un peuple d’en haut pour des gens d’en bas. Un discours finalement très moderne pour une portion d’histoire pourtant bien éloignée de nous. Et ce n’est pas la seule vindicte lancée à notre époque, portrait d’un dictateur menant une guerre illégale pour asseoir un peu plus son emprise sur un monde dont il s’est proclamé empereur. Rome comme Deadwood se sert de l’Histoire pour présenter les maux d’un monde moderne en puisant à la source. Ce miroir tendu finit par alourdir l’ensemble d’une caution envahissante. La série s’asphyxie lorsqu’elle se drape dans la reconstitution pure et théorique. A l’image du récent Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui peinait à respirer dans la rigueur historique, alors qu’elle gagnait un souffle salvateur dans l’évanescence anachronique. Lorsqu’elle s’applique à suivre les manuels d’histoire à la lettre, Rome perd sa fabuleuse aura et tombe sous le joug de la lourdeur documentariste. Dans ses échappées vers des figures anonymes, elle retrouve sa flamboyance, son incarnation revisitant l’Histoire sans nécessiter de l’opulence des grands noms comme aval d’une réussite.

Rome s’applique à bannir les scènes les plus spectaculaires pour ne garder que l’envers du décor. Les grandes conspirations se déroulent dans les couloirs ou sur l’oreiller. Rome se construit davantage dans la chambre à coucher qu’au sénat. Aussi, le sexe devient rapidement la monnaie d’échange ou l’arme pour arriver à ses fins. Il s’exporte jusque sur les murs de la ville dans des tags grotesques et caricaturaux. Il est adapté au théâtre où des comédiens munis de phallus disproportionné miment les grands noms politiques en pleine action. Jamais une série ne se sera autant reposée sur la représentation du sexe comme vecteur de narration. Sans être particulièrement sulfureuse, mais laissant une place considérable au stupre, la série expose la débauche d’une cité avec une rare complaisance.

Le format des douze épisodes oblige les scénaristes à jongler avec de larges ellipses déstabilisant le cours naturel de la narration pour une restructuration parfois hasardeuse. Le découpage en épisodes reste trop strict – on regrette que les auteurs aient privilégié une narration aussi chronologique – ne laisse pas assez de place au suspense et supprime presque toute tension dramatique. Mais Rome bénéficie d’incroyables richesses, affichant une ambition rare qui lui valut la distinction – d’ordinaire peu reluisante – de série la plus chère jamais produite. Une fois n’est pas coutume, les moyens mis en œuvre transparaissent à l’écran et participent à la réussite émérite du show. Une seconde saison de dix épisodes conclura l’aventure, apportant la touche finale qu’on espère aussi reluisante que les palais qui jalonnent cette Rome.

Publié dans Série TV

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article