I - Between two worlds

Publié le par helel ben sahar

Finalement, le groupe porterait bien son nom. A peine apprenait-on amèrement la fin de Immortal, que sa renaissance est déjà à l’ordre du jour. On se garderait bien de juger ou d’émettre quelques suppositions sur une telle démarche tant la réjouissance l’emporte sur la raison. Immortal se conjugue à nouveau au futur et c’est tout ce qui importe. Le groupe au parcourt quasi sans faute nous compose un nouvel album pour bientôt et le résultat est attendu bien impatiemment. L’annonce et la durée précipitées (?) de ce split aura au moins permis une chose, hormis celle de vendre des kilomètres de papiers dans les divers revues spécialisées et d’alimenter quantité non négligeable de sujets et discussions sur la toile, celle de découvrir l’expérience solitaire de Abbath : I.

Pronom personnel et première lettre de Immortal, le choix du nom n’est certainement pas anodin. Le je comme caractère indissociable et omniscient de Immortal et volonté d’affirmer sa position de leader. Seul maître à bord, plutôt que de signer de son propre nom ou pseudo, le compositeur choisit le personnel et révélateur pronom. Une lettre énigmatique où peut se cacher bon nombre d’identités tout en affirmant qu’une seule et unique. Et diminutif extrême du groupe d’origine pour ce qui sera (pour le moment) qu’une passade, un accident salutaire, une expérience incomplète. Abbath revendique son aventure solitaire sans se désengager totalement de Immortal. Cette affirmation prudente se retrouvera dans la musique comme dans les thèmes abordés – l’album est écrit par le fidèle Demonaz.

Abbath étant l’unique compositeur de Immortal, il paraît normal de retrouver de fortes similitudes entre les deux formations. Projet récréatif ou volonté de s’ouvrir d’autres portes ? Immortal restait un groupe encré dans une scène black metal dont finalement, elle entretenait que peu de rapport. Pas d’imagerie satanique mise en avant, mais plutôt un esprit folklorico-nationnaliste sans arrière pensée péjorative. Un groupe encré dans sa culture nordique où les légendes de guerriers vikings et de décors glaciers semble nourrir les principales inspirations. I repose évidemment sur des bases similaires et empruntent un chemin plus harmonieux. Ici la musique nourrit davantage ce sentiment épique qui caractérise généralement ce thème. Abbath se détache des canons trop réducteurs du black metal pour une musique plus libre, sans attache particulière sinon celle d’illustrer les textes et nourrir cette ambiance si distinctive.

Between two worlds donne l’impression d’entendre d’anciennes légendes nordiques et de récits héroïques sur des guerriers charismatiques. Un paysage d’éternel hivers où l’on se repose sur des tombes glacées en écoutant les anciens nous conter les aventures d’hommes ayant bravés la guerre et la mort pour nous offrir le monde que l’on connaît aujourd’hui. Point de complaisance passéiste, ni de jugement particulier, mais le recueillement nostalgique d’un monde où les valeurs signifiaient encore quelque chose. Le choc de deux mondes, le nôtre et celui passé, magnifié et peut-être (trop) idéalisé d’un autre temps, d’une autre époque. Un univers violent mis en musique avec une précision impressionnante. Mélangeant aussi bien le black metal épique au heavy, abordant aussi bien un viking metal et les traces de compositions issues de Immortal sans honte et sans retenue, Abbath donne l’impression d’être libre, de se lâcher sans penser au quant dira t-on, ni à une quelconque étiquette que l’on pourrait lui accoler trop facilement. Sa musique que l’on reconnaît dès les premières notes du black ‘n roll The storm i ride, jusqu'aux parties en arpège qui parsèmes les compositions, se démarque de l’emprise imposante qui constituait son travail précédent. Des riffs épiques qui respirent la charge guerrière du grand nord, le sang et la mort. Où le recueillement de ceux qui sont tombés trouve un souffle éternel dans la musique ou dans les textes. Et dans le chant sombre que quelques envolés lyriques emmènent sur les cimes. Dans des soli déchirants et qui tranchent littéralement avec la lourdeur de l’ensemble.

Il n’est moins question de violence dans I que de retranscrire le charme et la tragédies de ces anciennes légendes. Les rythmiques sont lourdes et solennelles, la batterie toujours discrète – tenue par le premier batteur de Immortal, Armagueddon – souligne l’ensemble sans dénaturer le tableau. Abbath est resté très humble, ne profitant pas de l’exercice solo pour partir dans de multiples directions. Fidèle à lui-même et à ses convictions musicales, il offre un album parfaitement maîtrisé, personnel et dont la puissance d’évocation est imparable. Un disque mélancolique et nostalgique comme un hommage à une période disparue. L’auguste et majestueux Far beyond the quiet mérite à lui seul l’achat de l’album, une pièce remarquable, simple dans sa structure mais qui dégage une impression grandiloquente sans pareil. Toute la grâce et le talent de Abbath en sept minutes, qui transporte l’auditeur dans un autre monde, dans son monde. Dommage, finalement qu’il ne clôt pas l’album car il procure une vision si parfaite et impériale de ce qui fascine Abbath qu’on n’imagine pas une représentation plus précise.

La direction du prochain opus de Immortal est évidemment encore incertaine, mais on ne fourvoierait point en annonçant que Abbath va très certainement se nourrir de cette singulière expérience pour offrir un retour remarquable à son groupe. Plus qu’une simple parenthèse, I représente la démarche d’un compositeur pour s’ouvrir de nouvelles fenêtres sans renier ses origines. Un exercice parfaitement réussi qui augure de bons présages pour la suite. En attendant, avec I, Abbath signe un album absolument remarquable qui mérite plusieurs écoutes pour dévoiler toutes ses richesses et pour passer outre l’impression familière d’entendre un nouveau disque de Immortal. Une oeuvre qui se révèle être un trésor précieux sans briller de mille feux, mais produisant un éclat merveilleux.

 

 

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