Memento Mori - Chapter VIII

Publié le par helel ben sahar

Je me souviens qu’hier, je n’étais plus.

Le souvenir d’un rêve. Ou le songe d’une mémoire.

Un secret murmuré. Comme un nuage de vapeur. Un souffle sur l’épiderme. Et la croyance d’une croyance devient. Aussi subitement qu’elle disparaît. Aussi lentement que l’éphémère. Dans sa ronde, dans sa danse. Elle révèle un à un. Deux à deux. Les miracles d’une vie composée. Le puzzle existentiel, dont les pièces n’existent que pour le tout. L’unique pour l’ensemble. La voix pour le chœur. Se construire par ses absences. Et combler les vides par les illusions. Parasité par les mots. Par les sensations. Toutes ces révélations qui compulsent pour me composer. Elles scrutent mes yeux pour saisir mon regard. Et ainsi, aspirer mon âme. Je n’étais rien, et voilà que je suis. L’apathie s’aplatit. La ritournelle encastrée dans mon cerveau. Elle me hante. Me vampirise. Bientôt vais-je sentir ma respiration ? L’air gonfler mes poumons ? Les barreaux de ma cage vont s’écarter. Je n’ai même plus la force de pleurer. Encore moins celle de vomir. Expulser ces pulsions qui m’envahissent. La poésie du dégoût. L’amertume de la réflexion. Toutes ces sensations qui pullulent plus que de raison. Ma décision importe peu. Je suis l’esclave de mon corps. Soumis à ses règles, il me gouverne. Dictature imprégnée par les pores de ma peau.

Ce jour où je me suis crevé les yeux. Que coulaient des larmes de sang. Que je siphonnais mes veines. Ce jour là. Je ne suis finalement pas parti.

Amnésie des sensations. Le feu me glace, là où ma main s’est perdue. Dans son souffle ardent. Dans sa grandeur décadente. Les étincelles jaillissent. La naissance dans le brasier. Toutes ces flammes qui accouchent d’une impression. Et moi. Hypnotisé par la danse infernale. Par le crépitement salvateur qui encense mes sens sans cette sanglante tyrannie. Le cancer existentiel. Braver son chaos et éviter la foudre. La colère insatiable se répercute. Les hommes se lèvent. Devant mes yeux, une marée humaine déferle. Sous mes pas, j’entends mes os qui craquent. L’assaut est perdu d’avance. Je recule, je m’effondre. Je plie sous le poids de cette conscience collective. La marche d’un millier d’hommes. La rigueur métronomique de leur pas scande leur volonté. Là où ils seront passés, il ne restera rien que moi. Et mes millions de particules s’envoleront dans les airs.

Aujourd’hui je m’élève. Ce soir je m’évapore. Dans la nuit, je souffle sur ce monde endormi. Et dans le cratère de la création. Dans le panier de la naissance. Dans le recueillement des mains, le berceau de la terre. Dans le prologue et l’introduction. Le prélude à toute vérité. Dans tous les éléments, je suis. Mégalomanie excessive d’une condition profane. L’épitaphe écrit sur le marbre. La sépulture se dresse et recouvre le monde de son ombre. Egocentré sur l’attention d’une humanité. Je tends ma main. Et bientôt viendront-ils se recueillir dans ma paume. Illusion déiste.

Dans mon insomnie et mes divagations nocturnes, je me retrouve. Une partie de moi dans chaque œil. Que les larmes ont inondé et noyé depuis trop longtemps. Figé dans la lueur cristalline. Une position abstraite, irréelle pour unique expression. Pour unique dialogue. La revanche était pour hier. J’ai manqué mon tour. A présent je suis seul. Seul et éternel. L’abandon m’a quitté depuis.

La mèche s’est rompue. La cire écoulée. Ne reste que l’odeur d’une flamme chassée. L’encre de ma plume versée sur le papier. Des mots, des verbes. Des couleurs, des impressions. Dans l’intervalle d’une leçon apprise trop souvent. Je m’effile. Je suis le sable qui s’échappe des mains. Je suis l’eau qui glisse sur la peau. Dans mes illusions divagantes, je m’exprime avec l’assurance du fou. Le dément persuadé d’être. L’aveugle qui imagine, mais que peut-il imaginer ? Chaque jour recommence avec toutes ces vertus. Alors que je le trouve dans le regard de quelqu’un. L’expression est un luxe dont je ne dispose plus. Puisque c’est ainsi. Les mémoires d’outre-tombe seront miennes. Rien qu’un instant.

Dans l’absolue, qui peut se souvenir d’avoir été un jour ?

Publié dans Memento Mori

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Nova 06/07/2006 21:16

Je viens seulement de voir le commentaire de Zapp et je suis écroulée !!! :)))

Zappouille/Kaonashi 22/03/2006 11:33

Joli texte sur un film que je n'ai pas beaucoup aimé...

Par contre l'idéal serait qu'aujourd'hui tu fasses une critique de Mon Voisin Totoro ou de La Vie est belle (Capra) pour contrebalancer... Et puis en plus ça redonnerait un peu de punch à notre Nova (présidente). :D

helel ben sahar 22/03/2006 12:57

Gneuh ? Ce n'est pas une critique d'un film, ma zappounnette, mais un simple texte, comme une petite nouvelle. Les critiques se trouvent essentiellement dans la section "visions épurées", mes textes plus personnels se trouvent dans la section "memento mori". ;-)
 

Nova 21/03/2006 11:14

Note pour plus tard : éviter de lire le blog de GN lorsqu'on a pas le moral et que ses écrits ressemblent beaucoup trop à ce que l'on éprouve secrètement...

helel ben sahar 21/03/2006 13:49

Un jour j'espère, je parviendrai à écrire quelques mots qui (te) fassent sourire...
Le rire est l'expression de la vie. On a beaucoup ri ce week end, on a eu l'impression d'avoir trop vécu. Aujourd'hui, face à ce morne quotidien, les rires ne sont plus que dans nos souvenirs. Il n'appartient qu'à nous de le faire resurgir, et pourtant...