The Fountain
Une aventure qui a débuté au cinéma, avant de connaître un destin tragique. Les financiers se retirent, le film est annulé, Aronofsky entre en dépression. Parce que cette histoire lui est particulièrement importante, il décide qu’elle verra le jour quoi qu’il en soit. The fountain sera un graphic novel. Le cinéaste réadapte son scénario, et l’offre à l’artiste Kent William. Ce dernier accueil le projet à bras ouverts et se lance dans l’aventure. En parallèle à la réalisation du livre, Aronofsky parvient à relancer la mise en marche du film en revoyant à la baisse son coût, alors adapté à de plus petites structures productrices. Le film verra finalement le jour.
The fountain est une histoire d’amour. Tout simplement. Un amour devant faire face à la maladie. Un amour voué à une mort certaine. Pourtant, le récit s’étoffe, se complexifie. Car jouant sur plusieurs niveaux. Différentes narrations, différentes époques. Mais The foutain reste une histoire d’amour. Le projet de Aronofsky se drape d’ambition, comme il exprime une part intime du réalisateur, ici scénariste.
Le travail de William est exceptionnel. Ses peintures soulignent le caractère meurtri des différents personnages. Ces visages déformés par la douleur, la colère ou la rage. Des visages fermés, à la fois nourri par de tenaces convictions et le doute face à l’inconnu. Le découpage reste simple, comme autant de tableaux successifs. L’ensemble semble un peu figé, comme arrêté dans le temps. Permettant aux ellipses de nourrir le caractère évanescent de l’histoire. Nouant les différentes époques, mais sachant les séparer par des tonalités différentes. Bien que morcelée, la narration ne souffre jamais de cette construction scénaristique et picturale. Le peintre apporte une sensibilité impressionnante, et caresse les émotions des personnages. L’intrigue, simple et complexe, se nourrit des textes sacrés pour se donner un caractère intemporel et surtout une vertu immuable. Pouvant traverser les âges, sans jamais souffrir de l’œuvre du temps. Et le travail de William d’appuyer un peu plus cette caractéristique par ses peintures.
L’histoire racontée est timidement universelle. Prenant sa source dans la mythologie chrétienne. A la fois dense et infime, simple et complexe, violent et doux, métaphysique et naturel, ambitieux et intime. Parfois, l’auteur n’évite pas certaines lourdeurs, appuie trop certains passages. Mais l’ensemble dégage des sentiments forts, des sentiments entiers. Et l’exercice du graphic novel se marie parfaitement à ce caractère spécifique.
Il devient alors difficile d’imaginer ce récit au cinéma, en mouvement. D’imaginer comment l’auteur parviendra à surmonter les difficultés qui vont se dresser sur sa route. D’imaginer cette tragédie traverser les mots pour devenir paroles. L’exercice semble presque insurmontable, mais Aronofsky ayant prévu The fountain au cinéma avant tout, rassure, et comme le cinéaste l’affirme, la version papier et pellicule sont deux facettes d’un même projet. Différent, mais complémentaire. A suivre…