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Cinéma

Jeudi 19 janvier 2006

 

Je profite de ce nouvel espace pour faire un peu de publicité. Voici, ma critique d'un court métrage amateur d'horreur, disponible en libre téléchargement sur le site Varock - le lien apparaît au dehors... J'espère ainsi que les quelques curieux qui se sont égarés sur mon blog profiteront pour y jeter un oeil. Fans d'horreur, ce petit film est pour vous !

 

 

L’écurie Varock nous offre un second cours métrage après Zero. Ce dernier, heureuse petite surprise sans prétention aucune, jouait habilement sur le manque évident de moyens, pour offrir un spectacle intéressant sur le fond comme sur la forme. Usant de plans séquences pour tempérer l’exercice du montage, il prenait soin de surfer sur la vague de la télé réalité qui nous inondait à cette époque, tout en offrant un revirement efficace dans les dernières minutes. Le film affichait simplement sa précarité, mais présentait de belles promesses pour l’avenir. Même si le court métrage va finalement souffrir de ce contexte temporel très marqué, il n’en reste pas moins une réussite modeste. Aujourd’hui, la team Varock nous revient avec une volonté toujours aussi présente, mais une ambition réelle, mais sans toutefois se parer de prétention.

Cloaque est nourri de réelle influence, d’une volonté de retrouver le cinéma d’horreur des seventies, et plus particulièrement la dernière maison sur la gauche de Craven, dont le spectre habite le scénario sans le parasiter. Le réalisateur affiche simplement ses influences, mais ne se laisse pas posséder par elle. On se retrouve alors avec un métrage conscient de ses influences, jouant avec elle, mais gardant toujours intacte sa propre identité et ne sombre jamais dans le plagiat éhonté. Dès les premières images, la musique, Grégory Sacré affiche ses intentions, celles de placer le spectateur très proche de l’action, de lui faire subir le spectacle plutôt que d’observer. Nous sommes placés au cœur de l’action, très proches des personnages, partageant leur souffle. Tout comme le cinéma d’horreur de cette époque, il n’hésite pas à plonger dans l’enfer d’une situation, pour mieux jouer avec nos nerfs. Cloaque est un film qui s’assume, que ce soit visuellement, esthétiquement et dans l’élaboration de sa forme complaisante avec l’imagerie gore.

Evidemment, comme tout court métrage dont le budget n’atteint pas des sommes excessives, quelques menus défauts apparaissent, sans qu’ils soient réellement préjudiciables au film. On peut lui reprocher quelques plans en trop, qui appuient un peu trop le caractère peu fortuné de l’entreprise. La mort du clochard aurait certainement gagné à n’être que filmé sur l’héroïne avec projection de sang, sans les contrechamps sur la tête massacrée. La démence qui semble habiter la jeune fille est palpable, mais les plans sur l’homme désamorcent l’horreur qui surnage dans la scène. La suggestion  aurait formidablement fonctionné dans ce cas présent, rompant avec l’esthétique gore dans le reste du métrage. La carence financière appauvrit certaines situations ou accessoires, le réalisateur a choisi de ne pas tenir forcément compte de ce fait, et de filmer la scène sans cette impression. On retrouve alors le talent, la qualité du filmage, cependant, la scène ne fonctionne qu’à moitié à cause justement d’accessoires parfois limites (le marteau). Aussi, quelques bruitages peuvent sembler également un peu trop mise en avant, mixé trop forts et donnent un cachet presque caricatural à a scène.

Ces quelques menus défauts ne sont finalement que des détails qui n’entachent pas les qualités réelles du court métrage. Ils sont compréhensibles par une jeunesse somme toute évidente (cloaque n’est semble t-il que le deuxième court métrage des Varock) et un manque de moyens financiers. Dès lors que l’on est dans un court métrage amateur, il faut parfaitement tenir compte de ces impératifs, et apprécier le film au-delà de ces simples critères. Dans Cloaque, la satisfaction est présente. Le métrage est traité avec sérieux, professionnalisme.

Cloaque peut faire penser finalement à l’anthologie Masters of Horror, dans cette volonté de perdurer dans un style qui semble aujourd’hui n’exister que dans le passé. Un retour aux sources les plus impitoyables du genre. Cloaque est brut, sans pitié, sans concession. A l’instar du premier film de Craven, il donne en pâture une pauvre fille aux mains de dégénérés congénitaux et dès lors, la chasse à la femme est ouverte. De plus, même si le film est joliment complaisant dans le gore (magnifiques effets spéciaux), il n’oublie pas d’être réel dans son application. Un clou planté dans le pied fait mal et ralentie la démarche, une entaille de même (mais on peut regrette que l’actrice n’hurle pas assez), un coup de marteau explose un genou et produit une douleur insurpassable, bref, des détails, mais qui plongent le récit sur des sentiers réalistes et évitent de sombrer dans l’irréalisme primaire dans lequel se vautre de nombreux films d’horreur.

L’utilisation de la musique souligne parfaitement l’envie du réalisateur de rendre hommage au seventies également. Dans des sonorités étranges, métalliques, elles plombent l’ambiance et contrastent parfaitement avec la paix qui semble régner dans la forêt. Elle sait parfaitement se faire violence quand la situation l’impose, débauchant de la rage et du danger. Toutefois, quand bien même on n’aurait de reproche à lui faire, son emploie devient un peu trop systématique. Comme si Grégory Sacré n’avait pas assez foi, assez confiance en la simple illustration de sa réalisation, de ses images. Chaque scène ou presque est ainsi surligné par la musique, et étouffe le simple filmage. Là encore, c’est un moindre défaut qui peut être rapidement comblé et que l’on mettra évidemment sur le compte de la jeunesse.

Cloaque réserve de bonnes et heureuses surprises, et apparaît bien plus ambitieux et abouti que ne l’était Zero. On perçoit un vrai caractère, une volonté propre et réelle qui sait jouer de ses influences sans qu’elle ne prenne le pas sur l’identité. Le désir farouche d’offrir un court métrage d’horreur brut, sans concession pour une histoire simple mais bien traité, sans fioriture, sans esbroufe. Le réalisateur affiche même une impressionnante confiance l’espace d’une scène, rompant avec la nervosité qui le parcourt Le temps d’un rêve, glaçant et morbide. Une telle scène marche sur des œufs, mais en l’occurrence, elle fonctionne parfaitement. Une simple scène qui prouve toutes les compétences et les envies d’un cinéaste en herbe, qui s’affranchit de sa propre culture cinéphile. Cloaque possède encore quelques petits défauts, mais rien  de préjudiciables. Il faut remettre le métrage dans son contexte. Il ne révolutionne ni un genre, ni un cinéma, mais propose un spectacle réjouissant, un savoir faire bien présent. L’avenir s’annonce propice, le sacre est pour bientôt.

Par helel ben sahar
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Vendredi 20 janvier 2006


J'entâme un cycle Claude Chabrol, réalisateur français dont j'ai voulu découvrir les oeuvres. J'ai visionné plus ou moins chronologiquement ses métrages qui étaient à ma disposition. Je poste ici les trois premiers films que j'ai pu voir. La réussite de ces oeuvres n'est pas égale, de l'excellent La ligne de démarcation, au pauvre La femme infidèle, mais la satisfaction de découvrir cet auteur est, elle, bien présente. Je comble ainsi mes nombreuses lacunes cinématographiques...


LA LIGNE DE DEMARCATION

 


Les habitants d’un village coupé par la ligne de démarcation pendant la seconde guerre mondial tente de faire passer un espion de l’autre côté. Le contexte est suffisamment fort, sans qu’il faille en rajouter, Chabrol l’a parfaitement compris et filme cette histoire du point de vue des habitants, sans héroïsme primaire. Parce que les héros et leurs actes se construisent dans le quotidien, par de simples et petits gestes, parce que pendant l’occupation, un homme ou une femme seul, ne pouvait faire grand-chose, mais unifié derrière une même volonté, une même idéologie, alors de simples gens sont capables d’abattre des montagnes et d’accomplir de belles victoires, parfois, au péril de leur vie.

Des les premières scènes, le réalisateur impose tout de suite ce point de vue. La comtesse – magnifique Jean Serberg – se rend chez le coiffeur du village pour y chercher de la nourriture venue en contrebande. Elle est rejointe par le chirurgien qui bénéficie des mêmes attentions tout comme le reste du village. La guerre et l’occupation abolissent les classes, tout le monde se retrouve sur un pied d’égalité. L’entraide pour subsister, est générale. Mais Chabrol tempère un peu cette impression par la venue du comte, militaire déchu à la guerre, dont la défaite française a fait perdre toutes ses illusions. Il éprouve une certaine incompréhension à l’égard de sa femme et aux dangers qu’elle encourt pour aider la résistance.

Ainsi, Chabrol va illustrer ce quotidien, en multipliant les points de vue, les personnages, les situations pour offrir un tableau complet d’une courte période pendant l’occupation. Il décrit minutieusement les hommes et femmes qui participent à la survie du village, à cette mission qu’ils se sont imposés, pour aider, avec leurs faibles moyens l’espion. Mais Chabrol n’oublie pas l’ennemie, le camp adverse. Les Allemands ne sont pas tous diabolisés, comme il aurait été facile de le faire. Le cinéaste les présente comme des êtres humains, certains gangrenés par leur idéologie et leur victoire, et d’autres, qui tentent de garder une humanité face aux victimes françaises. Le tableau est complet, le réalisateur peint ses héros, ses traîtres, ses monstres, ses victimes avec une attention rare, une justesse formidable.

La ligne de démarcation est un formidable film sur les Hommes, des Hommes simples, qui risquèrent leur vie pour leur pays. Un portrait de simples héros, de sacrifiés, d’injustices et de victoires. La dernière scène est absolument magnifique, et conclut le film de la plus belles des manières.

 


LE BOUCHER

 


Dans le film de Chabrol, on a l’impression de rentrer directement dans le microcosme de la France d’en bas, cette vision que l’on pourrait penser franchouillarde de sa propre culture. En rentrant ainsi dans le folklore français, il délivre une vision typique, qui doit avoir bien du mal à passer les frontières. Le mariage, institution indémodable, ouvre le récit et introduit les deux personnages principaux. Popaul et Mademoiselle Hélène. Chabrol prend son temps pour développer cette première rencontre, la noie sous les images du repas, de la fête, pour asseoir un peu plus le contexte de ce petit village où tout le monde semble se connaître.

Le boucher est l’histoire d’une rencontre, d’un amour non partagé et d’une victime. Le réalisateur place le couple au premier plan de son métrage, c’est le duo qui va imposer le rythme, cette dévotion qui s’empare de Popaul et qui va petit à petit le pousser à se rapprocher de Hélène. Et puis la police investit le village comme le meurtre pénètre au cœur de cette relation. Elle pervertit la tranquillité des gens, du couple aussi et du film. Malheureusement, Chabrol délaisse l’intrigue policière, ou du moins ses répercussions dans le quotidien pour s’appesantir sur Hélène et Popaul. Le film ronronne, avance lentement et simplement, mais impose un ennui plus ou moins poli qui encombre laborieusement son bon déroulement. Trop prévisible, trop évident, impossible de se sentir véritablement concerner sur le métrage sans en percevoir les ficelles qui l’animent.

Le dernier tiers, la révélation non surprenante, malgré cette fausse innocence et le long discours de Popaul alourdissent également le film. Bien que la construction de Popaul tout au long du film ne laissait guère de place au suspense ainsi qu’aux motivations, on peut noter toutefois la qualité de l’écriture du personnage et son interprétation. Jean Yann délivre un jeu parfait, entre composition et un naturel que l’on devine. Malgré sa gouaille et la bonne humeur qui le caractérise, on reconnaît parfaitement l’homme que la guerre a brisé. Il évoque constamment la guerre pour illustrer un sentiment, décrire un fait, commenter. Comme un homme qui s’est fait vampirisé par cette dernière et ses horreurs.

Malheureusement, son long discours agonisant, sa dernière complainte est trop didactique, trop explicative. Chabrol abuse de mots. Cette longue tirade devient lourde et ennuyeuse. Elle rappelle la confession de Peter Lorre dans M le maudit, tentant d’expliquer, de justifier ses actes monstrueux. Evidemment, il ne dit pas tout, on devine que les circonstances atténuantes qu’il tente d’évoquer, qu’il ne tue pas forcément poussé par une force, mais qu’il annihile un bonheur évident, qu’il ne peut toucher – le mariage du professeur qu’il détruira en tuant l’épouse et qui lui rappelait son échec avec Hélène.

Le boucher manque un peu sa cible, ne parvient pas à l’effet escompté. Le film n’est pas inintéressant, mais il ne provoque pas l’attention nécessaire. Toutefois, porté par de magnifiques acteurs, et par une réalisation sobre et juste, il se laisse regarder. Les derniers plans contemplatifs son magnifique, et l’aube qui se lève achève le métrage avec une note heureuse…

 


LA FEMME INFIDELE

L’histoire d’un homme suspectant sa femme de le tromper. Chabrol prend tellement son temps pour installer les personnages et le contexte, qu’il finit par faire décrocher totalement l’attention du spectateur. L’intrigue se déroule beaucoup trop lentement et le cinéaste ne gagne rien à insister sur la représentation du quotidien de ce couple et surtout du mari. Chabrol présente un couple gangrené par le manque de dialogue et les mensonges, mais peine à emporter l’adhésion du public. A force de contenir son intrigue, d’éviter tout débordement ou presque, il rend le métrage lent et présentement sans intérêt. A peine ressent-on de l’adrénaline à la moitié du métrage, quand – enfin – il se passe quelque chose, mais Chabrol étouffe l’effet dans l’œuf, et n’impose aucun suspense particulier.

Les acteurs délivrent un jeu très justes, habitent suffisamment leur personnage pour les faire exister. On a toutefois parfois du mal à comprendre leur motivation, leur silence. Pas assez fouillé sentimentalement pour que l’on sache exactement ce qu’ils ressentent et à la psychologie trop vague pour que l’on puisse les comprendre. A jouer ainsi sur l’illustration d’un quotidien morne, où le non dit règne en maître, Chabrol détruit toute chance d’empathie, toute possibilité de se sentir réellement concerné pas l’intrigue et ses personnages.

Le réalisateur excelle en revanche, quand il illustre le crime, sa lente décomposition de la séquence appuie l’impression de réalisme qui en découle. Le naturalisme qui parcourt la scène est intéressant à ce point de vue, mais son manque de réelle conséquence lui fait perdre de sa force. A telle point que l’on se demande si elle n’est pas vaine finalement.

La femme infidèle manque son but, sans tant est qu’il en est. Les acteurs ne parviennent pas à sauver la fadeur de l’intrigue et sa lente progression. On se trouve alors en face d’un métrage qui pèche par un manque flagrant de dynamisme et qui ne se met pas assez en danger. Le film commence trop tôt, se conclut trop tôt et dans l’intervalle est bien trop timide pour convaincre. Une occasion manquée, tout simplement…

Par helel ben sahar
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Samedi 21 janvier 2006

 

 

 


Lassé de n’être qu’un instrument au service de réalisateurs, Clint Eastwood décide finalement de prendre la caméra à son tour, pour être enfin maître de ses idées et se voir attribuer tous ses mérites. Ce n’est pas une démonstration d’orgueil, loin de là, mais un homme qui prend réellement connaissance de ses capacités, et qui ne doutent ou presque de son savoir faire. Dans le livret qui accompagne le dvd, peut-on lire cette intervention, ainsi que la raison ironique mais aussi un peu révélatrice de prendre Don Siegel pour un petit rôle. D’une part, cette une façon pour Eastwood de rendre hommage à un ami qui l’a soutenu dans sa carrière et offert de très bons rôles, et puis il voit aussi sa présence comme une pièce rassurante qui lui fait dire : Au moins, il y aura un vrai réalisateur sur le plateau. Ces quelques déclarations affichent certains doutent qui habitent le réalisateur au moment de se lancer dans sa première aventure. Il n’est toutefois pas complètement dépourvu d’assurance, au contraire, il affiche une réelle volonté comme une carapace, dont on peut simplement remarqué qu’elle présente une ou deux fêlures.

Pour son premier long métrage, le nouveau réalisateur décide d’illustrer une histoire simple et efficace, un thriller reposant sur un nombre restreint de lieux et de personnages, pour bien prendre possession de la matière. Déjà peut-on remarquer certains détails qui réapparaîtront dans sa filmographie à suivre, des thèmes ou une construction qui préfigurent le grand réalisateur qu’il deviendra. Eastwood décide de se mettre en scène dans le rôle principal, il campe Dave Garver, un animateur de radio nocturne, en place de décrocher une place dans une nouvelle émission plus reconnue. Il fait la rencontre de Evelyne, admiratrice number one, qui l’appelle plus ou moins toutes les nuits pour lui réclamer la même chanson, Misty.

Le film démarre calmement, baignant dans une nostalgie contrariant la clarté d’un cadre idyllique d’un bord de mer ensoleillé. On devinera plus tard la raison de cette impression, mais le film opère une entrée en matière calme, avant que le générique et la musique surtout, ne prennent possession du film. En quelques plans suivants, Eastwood parvient à décrire sommairement mais justement le personnage de Garver, être à la fois un peu rustre mais récitant des vers de poèmes en introduction de ses émissions. Sa rencontre avec Evelyne sera représentative de la psychologie plus ou moins perturbée de la femme. Jouant la jeune femme cueillie par un homme dans un bar, elle s’avéra tout autre, car c’est bien elle la manipulatrice. Une simple scène parvient à cerner le potentiel psychotique de Evelyne et le piège qui s’est refermé sur Dave.

La suite du métrage se suit sans grandes surprises, et c’est peut-être ce qui frustre un peu. La machination, l’énergie déployée nous paraissent trop évidents et la réaction du personnage d’Eastwood manquerait presque de cohérence. En effet, difficile de comprendre autant d’indulgence de sa part, même auprès d’un vil chantage affectif. Ce n’est certes qu’un léger écueil auquel il ne faudrait accorder trop d’importance puisqu’il n’entache en rien les qualités du film.

Dans ce sombre acheminement qui rend la vie insupportable à Garver, le réalisateur prend toutefois le temps, au milieu de son métrage, d’une séquence contemplative sur un festival de Jazz. On reconnaît là tout l’intérêt que porte Eastwood pour la musique, et cette séquence devient « logique » compte tenu des films qui sortiront par la suite. C’est aussi une preuve indéniable d’un metteur en scène sûr de lui et de ses convictions, qui prend ainsi le temps, au risque de rompre le bon déroulement de son intrigue, pour incorporer un passage qui lui tient particulièrement à cœur, et qui rentre parfaitement dans la logique du personnage – que l’on peut aisément identifier au réalisateur d’ailleurs. Eastwood fait preuve de réelles compétences, délivrant des séquences impeccables, desservies par la prestation sans faille de son actrice principale. Elle cultive magnifiquement l’ambivalence de son caractère, entre angélisme et démence possessive. Afin de garder son point de vue intacte, il évite d’user d’informations sur le passé de la femme, ou bien cherchant à expliquer ses actes. Au contraire, il se contente d’illustrer sa folie sans chercher à la justifier. Ce choix accentue l’impression la peur qui résulte d’un tel comportement, et son côté imprévisible.

Bien que l’on puisse noter un léger manque de rythme, et certaines séquences inégales en terme de réalisation (la première agression), Un frisson dans la nuit est un premier film remarquable. Il souffre peut-être un peu du temps, d’une construction trop classique qui tend à le rendre prévisible. Toutefois, il fait preuve de réelle qualité et d’un savoir faire indéniable. Pour un premier métrage, on se retrouve déjà avec une maîtrise certaine, qui n’a rien à rougir de ses pairs.

Par helel ben sahar
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Dimanche 22 janvier 2006

 

 


Cueilli par un noir et blanc granuleux, on pénètre dans l’univers fantasmé par un simple plan fixe sur la banalité d’une porte d’ascenseur. Le travail sur l’image et le son, accentue l’effet d’étrangeté qui demeure, sans que l’on puisse toutefois y mettre des mots pour le décrire. Ainsi, durant ces quelques secondes, et la séquence qui suivra, on croirait assister à la rencontre fabulée de Aronofsky période Pi et David Lynch. Même oppression, même tentative d’hypnotisme par le travail sur le cadre et le temps. Mais le film joue les funambules en équilibre sur un fragile fil. Cet exercice sur l’écran peut rapidement sombrer dans un ridicule involontaire et plonger le film dans un marasme comique qui ferait perde toute saveur au métrage, et ressemblerait ainsi à une vulgaire blague. Heureusement, Claustrophobie ne chute pas, mais observe quelques fois, de légers vacillements qui le font terriblement pencher.

Le court ne manque pas d’ambiance, à celles précitées plus haut, peut-on rajouter une certaine tendance à côtoyer l’univers vidéo ludique de Silent Hill. Le travail sur le son, sur les mouvements saccadés, quelques effets de maquillages n’auraient certainement pas failli s’ils avaient été présents dans le jeu. Le film s’affranchit toutefois de toutes ses influences, elles nourrissent le court, sans trop le vampiriser, même si l’on évite pas un léger systématisme. Cependant, le court semble trop écrit dans ses dialogues, figé dans l’expression des mots. Il perd en spontanéité, et le ramène aux confins de ces films un peu nombrilistes qui se regardent tournés. Ces dialogues froids accentuent maladroitement l’austérité latente qui parcourt le métrage, qui se suffisait pourtant amplement de ses images.

En revanche, on peut noter un formidable travail sur le cadre, une volonté de créer une atmosphère par le simple jeu de la réalisation et pallier ainsi un manque de moyen que l’on ne reconnaît guère à l’écran. Mais le film aurait gagné à pousser plus loin l’abstraction, à caresser l’expérimental en bousculant davantage le procédé. A bannir tout mouvement au profit d’un statisme imposant, Claustrophobie serait devenu un objet filmique résolument étrange, caractérisé par un ton un peu détaché rompant avec la caractérisation austère de son cadre. Le film fonctionne merveilleusement bien quand il frôle l’abstrait, dans son portrait escarpé d’un homme lorgnant vers la folie, dans cette dilatation du temps et des songes, dans son absence de chronologie, dans son rapport au cadre et à l’apesanteur. L’atmosphère est plombée, lourde, suffocante. Les quelques tentatives d’amener un brin de respiration en pénétrant l’extérieur sonnent alors fausses et inutiles. Le court n’a pas besoins de visualiser le dehors. Au contraire, ces scènes cassent le rythme, et détonnent bien trop. Tout comme la réalisation qui se fait mouvement, alors qu’elle est parfaite fixe.

Claustrophobie attaque un pan de montagne difficile, mais s’en sort finalement avec les honneurs. Même si l’on peut regretter quelques défauts, un manque de jusqu’au boutisme pour imposer le film dans ses derniers retranchement raisonnables, de mener l’abstraction et l’expérience à sa conclusion. Le fonctionne tel qu’il l’est, mais en gommant ces légers écueils, il parviendra à s’affranchir de l’objet référentiel qu’il devient un peu trop, et surtout, à pousser ainsi l’austérité et l’oppression, revêtir une forme, qui laissera sûrement quelques personnes sur la touche, mais gagnera un incroyable pouvoir de fascination.

 

Par helel ben sahar
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Lundi 23 janvier 2006


Stephen King n’a pas toujours eu le privilège de voir ses romans transposés avec réussite à l’écran. Bien que l’on puisse tout de même noter de franche réussite, les ratages sont légions et une fois par le serviteur lui-même. Misery affiche une histoire simple, si l’on regarde la longue liste des romans qu’à publier le maître de Bangor. Un tête à tête vicieux et éprouvant dans une maison repliée de la civilisation ou presque. Une confrontation dont l’enjeu n’est autre que la survie. Paul Sheldon est un écrivain à succès qui est entré dans le cercle privilégié des auteurs banquables non pas pour sa plume, mais pour avoir créer Misery, une histoire presque universelle dont il se sent désormais prit au piège. Enième réflexion de la part de King sur le métier d’écrivain, dont il ne cesse d’user pour illustrer ses héros. Après tout, et comme il le dit si bien : On écrit sur ce que l’on connaît le mieux.

Le métrage de Reiner ne perd pas de temps en formalité et attaque dans le vif du sujet. En quelques plans fixes, il parvient à retranscrire les habitudes, les tics d’un écrivain qui termine son dernier roman. Une séquence simple mais qui témoigne de l’aspect étrange qui entoure le romancier et son rapport à son environnement. Celui-ci a besoins de se sentir rassuré, volontairement superstitieux, il reproduit plus ou moins le schéma qui l’a accompagné lors de la rédaction de son premier roman. L’écrivain apparaît serein d’avoir apposé les derniers mots de son texte, mais un peu psychotique dans sa manière de procéder, et son absolu besoins que contrôler son environnement. Son premier, et non des moindres, cauchemar arrivera lorsqu’il perdra le contrôle de sa voiture sur une route enneigée sous les assauts d’une tempête.

Si le film fonctionne si bien, si l’adaptation semble aussi vivante, c’est avant tout l’œuvre des deux acteurs principaux. Ils campent à la perfection leur personnage, leur apportent toute la richesse qui les caractérise. En particulier Kathy Bates, qui retranscrit parfaitement l’ambiguïté de son caractère, capable d’allier une sérénité presque enfantine – qu’elle puise vraisemblablement dans la lecture des Misery – et une démence terrifiante. Son premier éclat quand elle reproche à Sheldon la présence des jurons est particulièrement représentatif de cette schizophrénie qui l’habite, ainsi que son éthique personnelle sur la justesse de sa conduite. Elle se veut chaste, respectueuse des règles, de la parole, elle est ordonnée, maniaque, comme le lui a sûrement appris son ancien métier d’infirmière. Elle est surtout froide, pouvant commettre les pires horreurs sans éprouver le moindre sentiment. Face à elle, James Caan incarne un romancier à la fois fragile, mais possédant une volonté de fer qui lui donne cette capacité à survivre, malgré la séquestration.

Rob Reiner illustre efficacement ce huit clos, multiplie les axes pour éviter d’essouffler sa réalisation. Il joue parfaitement du champ contrechamp pour imposer la différence et le conflit qui se déroulent entre Annie et Paul. Rarement sont ils tous les deux présents dans le même cadre. La lutte, le combat qui s’anime entre eux est sournois bien évidemment. Fait de coups bas, de tentatives et d’actes manqués. Le réalisateur s’accorde quelques espaces de respiration toutefois, en la présence du shérif Buster. Ces quelques escapades à l’extérieur apporte un nouveau souffle, une transition habile qui permet de replonger dans le cauchemar de l’écrivain avec un pincement au cœur.

Misery offre un duel mémorable entre deux acteurs. Deux caractères forts qui s’empoignent, qui se dressent l’un contre l’autre. Une réflexion également sur le fanatisme qui pousse à la folie une simple fan, ne supportant pas la direction prise par son écrivain préféré. King avait écrit  ce roman en réponse au débordement dont il était régulièrement la victime, et dont une psychose s’était petit à petit formée. En effet, l’écrivain tentait une forme d’exorcisme en couchant sur le papier une peur qui le démangeait de plus en plus. Reiner transpose parfaitement l’horreur de la situation, développe avec brio l’intrigue. Il met en valeur la joute entre les deux acteurs, conçoit un métrage qui laisse exprimer toutes leurs qualités. Misery peut faire froid dans le dos, par le réalisme de son histoire, et certaines séquences nous font encore grincer les dents.

Par helel ben sahar
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