Memento mori - Chapter XX

Publié le par helel ben sahar

C’est un cliché. Une cigarette se consume dans le cendrier. Un cendrier trop plein. Un verre à moitié vide. Contenant un alcool quelconque. Une musique triste en fond sonore. Un classique de préférence. Le regard introspectif. La barbe de quatre ou cinq jours. Un appart miteux. Ou sale. Des vêtements froissés sur le dos. Quelques cadavres de bouteilles éparpillés autour. La lumière du répondeur clignote. Le téléphone est décroché. La porte de la chambre entrouverte laisse apercevoir un lit aux draps froissés. Des draps devenus gris avec le temps. Des paquets de cigarettes vides. Du tabac à rouler sur la table de chevet. Un réveil en berne. Même la tapisserie semble déprimer. Un canapé pourri d’où la mousse des coussins s’évade. Un vieux carton de pizza. Quelques blattes qui semblent se disputer les miettes. Les rideaux crasseux sont tirés. Les murs ont été jaunis par la nicotine. Un portefeuille ouvert posé sur la table basse. Et une photo.

Dépression. Le mot, sale, est lancé. Craché avec dégoût. La mâchoire serré pour ne pas le vomir. Ce mot ignoble décrivant une condition honteuse. Que l’on tait. De peur d’être montrer du doigt. D’être installé avec les parias. Alors on se cache. On se tait. On recherche secrètement l’avis des spécialistes. On s’enferme. On fait confiance aux ordonnances. Se créer un bonheur chimique. Fait de pilules de toutes les couleurs. De toutes les formes. Qu’on avale comme des bonbons. Une rasade d’eau pour faire passer le tout. On devient sérieux. On arrête l’alcool. Puisqu’il est interdit d’être malheureux. On nous enlève le droit de nous morfondre. D’être misérable. Et si je veux baigner dans ma merde ?! Si je refuse de dormir ou de me laver ? Si je veux me crever les yeux ? On se fera enfermer. Jeter dans un hôpital. Une camisole sur le dos. On nous réapprendra à vivre. A vivre correctement. Selon les codes enseignés. Les usages imposés. On réapprendra à sourire. A bien se comporter. On ne sera plus violent. Envers soi comme envers les autres. On vivra dans un univers chaleureux. Les dernières leçons consisteront à de nouveau faire confiance aux autres. L’ultime barrière qui nous sépare du dehors. Après cela, on pourra enfin ouvrir la porte et s’évader.  Retrouver la vie.

Souvenir pastel. Comment en est-on arrivé là ? Une fille. Il s’agit toujours d’une fille. Ou d’un garçon. Un homme. Celle ou celui de la photo. Ou alors c’est son absence. Ou le fait qu’il ou elle n’existe pas encore. Une photo vierge dans un portefeuille. C’est déprimant. Comme une promesse non tenue. On pourrait croire que c’est une nouvelle page à écrire. Mais rangée ainsi, la photo est déjà tirée. Et elle reste blanche. Vide. Voilà qui résume notre vie à ce moment. On arrive à se sentir seul d’être seul tout en ayant marre de sa propre compagnie. Alors confortablement installé dans l’eau chaude du bain. La peau tendre. On attrape le rasoir.

Finalement c’est arrivé très vite. Tout simplement. Une minute d’inattention. Et l’eau devient rouge. Deux minutes après, on a un bandage au poignet. Ce n’était qu’une petite coupure. Une de plus.

 

Publié dans Memento Mori

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