L'exorcisme d'Emily Rose de Scott Derrickson

Publié le par helel ben sahar

On peut réduire ce film à la seule prestation de cette jeune actrice. C’est vers elle que se tourne l’attention, d’autant plus que les enjeux du film s’expriment à travers son corps. Un corps qu’elle contorsionne au-delà du naturel. Un instrument sidérant, tout comme son visage où s’expriment des déformations faciales inhumaines. Cette chair oblitérée par cette possession, incarne également la volonté d’un film à se défaire de sa propre schizophrénie.

Nous sommes les jurées d’un tribunal où se décide la légitimité du réalisateur à privilégier le fantastique à tout prix, au risque de s’aliéner le récit. Parce qu’il est aussi question de responsabilité. Le prêtre, jugé pour ses actes, on se rend compte que le cinéaste est assis dans le même fauteuil. Tout comme Janus, le film offre deux visages : celui d’une œuvre fantastique post-exorciste et l’autre, de tribunal. Un aspect intéressant où lutte la légitimité du surnaturel contre la rationalisation de la possession. Et si cet aspect fonctionne sur l’équilibre, Derrickson est coupable d’avoir fait pencher la balance. Dans l’entre deux, L’exorcisme d’Emily Rose conjugue sur un même plan, les courants cinématographiques. Seulement le réalisateur pervertit cet espace d’une déclaration pour la pénétration du fantastique sans la moindre nuance. De ces petites manifestations, on ne garde pas une déformation du réel, mais bien l’abolissement des frontières. Et Derrickson d’enfoncer les portes avec une consternante déclaration de masochisme purement religieux, dans une scène d’une laideur sans nom.

Le corps de Jennifer Carpenter était une carte. Un plan pour le cinéaste, à la fois pour sa réalisation et comment mener, traiter son récit. Dommage qu’il délaisse cette figure de proue, ce phare éclairant les différents écueils du chemin. Le jeu corporel de l’actrice était parvenu à dessiner une véritable ambiguïté sur la nature de ses convulsions. La caméra de Derrickson efface tout ce travail pour des effets faciles. La nature du film résidait dans le doute. Dans l’incapacité à choisir une version. En voulant répondre à toutes les questions, le réalisateur annihile son esprit de contradiction. Il soigne sa névrose par une pirouette religieuse aux vertus thérapeutiques et propulse son film sur un non-sens.

Publié dans Cinéma

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