Marduk - Rom 5:12

Publié le par helel ben sahar

Le dernier bon album de Marduk remonte probablement à Panzer Division Marduk. Non que les suivants furent mauvais, mais cet opus marqua aussi bien un coup de génie que la fin d’une aventure artistique basée sur la violence pure. Panzer Division Marduk (PDM), concept album effrayant qui laissait l’auditeur épuisé après seulement une trentaine de minute, constituait la démarche la plus radicale du groupe. Etalé sur une dizaine de titres, une débauche de violence, une tuerie effroyable, un rouleau compresseur martyrisait un auditeur pourtant préparé. PDM représente la quintessence d’une violence exprimée avec les armes du black metal. Album génial et exigent (mais le génie se mérite toujours) dont la porté ne fut pas à la mesure de son audace. Parce que certains n’y ont vu qu’un exercice facile. Un travail minime de composition pour un résultat redondant. Et pourtant, au-delà de tous ces griefs, jamais un groupe n’avait officié avec une telle radicalité.

L’après Panzer Division Marduk fut plutôt morose. Une Grande Danse Macabre  un peu bancal, un World Funeral efficace et bien mené, mais manquant d’originalité et de prise de risque, et enfin un Plague Angel qui se cherche, surtout après l’arrivé d’un nouveau chanteur pas tout à fait intégré. On se rend compte que Marduk tourne un peu en rond. Se contente de demeurer sur des acquis, alors qu’ils avaient tout fait volé en éclat avec PDM. Car ce dernier ressemblait autant à un disque posthume qu’à celui d’une fin de règne. Un album autodestructeur, une œuvre suicidaire. Et plutôt que de rebâtir sur les cendres encore fumantes de leur discographie, ils ont semé l’inspiration sur un terrain calciner. L’arrivée de Mortuus, génial chanteur de Funeral Mist, annone déjà les projets futurs. Si Plague Angel fut l’album de la transition, le prochain annonçait plus ou moins fièrement l’évolution du groupe. Car cette nouvelle entité démoniaque possède un caractère légèrement différent de Legion et surtout des capacités beaucoup plus développées (ainsi qu’un habillage d’effets pour une fois non superflu).

Et c’est ainsi que naquit le digne successeur de Panzer Division Marduk. L’album que l’on attendait avec impatience et une certaine fébrilité. Le disque qui allait fédérer ou séparer les adorateurs. Celui qui allait enfin prouver au monde, que Marduk n’était pas empêtré ad vitam aeternam dans un schéma routinier. Rom 5 :12 est le véritable troisième volet de leur trilogie Sang, Guerre et Mort. Si Grande Danse Macabre donnait une impression mitigée bien que s’incérant dans le projet, le dernier opus du groupe le fait voler en éclat. Rarement un album aura à ce point senti la mort, la décomposition au point d’en devenir étouffant. A l’image de la cover qui met en scène le jugement dernier, pas une once d’espoir ne transparaît à l’écoute. Et si Marduk ne renie pas une partie de ses origines, on est frappé par ce nouveau visage. Le groupe suédois n’ayant jamais fait dans la gaudriole, on ne peut pas dire non plus que c’est une totale surprise. Toutefois, il semble que nos souhaits furent exhaussés : Morgan renonce à ses gimmicks de composition pour offrir quelque chose de totalement nouveau. Et la présence de Mortuus n’est sûrement pas innocente à cette orientation. Avec une rigueur quasi mathématique, l’album est constitué de morceaux classiques (entendre blast beat char d’assaut) et titres novateurs. C’est principalement ces derniers qui constituent toute l’aura d’un disque que l’on espérait presque plus.

Ce Marduk nouveau s’exprime sur la longueur. Des compositions épiques aux structures pourtant classiques jouxtent les titres emblématiques du groupe qui n’excèdent généralement pas les trois minutes. Dans cette épreuve, les suédois parviennent à exprimer une noirceur rarement atteinte auparavant, et conjuguent la mort à toutes les époques. Ces chansons consument l’auditeur, les asphyxient et ne laissent pas grand-chose derrière leur passage. Dans un autre genre que l’harassant PDM. Et la présence d’un riff très hard rock n’enlève rien de cette impression. Car si les compositions laissent entrevoir des thèmes et sensations homogènes, les ambiances ne sont pourtant, jamais les mêmes. Les brusques breaks de Imago Mortis ou The levelling dust détonnent dans leurs apparitions mais accordent leurs violons pour l’impression dégagée. L’entracte que constitue 1651, dans un genre ambiant martiale ne ressemble à rien de ce que Morgan avait pu composer, mais il s’insère avec un naturel confondant dans la discographie. Et que dire encore du morceau de bravoure Accuser/Opposer, véritable perle noire de l’album avec ce riff pachydermique à faire passer My Dying Bride pour un groupe de speed metal, et le mariage d’un voix claire et du chant de Mortuus ! Une orgie démoniaque qui commence avec des allocutions latines et se termine dans une ambiance de fin du monde. Mais le titre pourrait figurer dans des albums antérieurs sans difficulté. Tout Rom 5 :12 repose sur ce paradoxe : Marier le novateur et le classique. Evoluer sans renier ses principes de composition. Parvenir à faire tenir classicisme et innovation sans que l’auditeur ne souffre de l’acclimatation. La structure de l’album n’éprouve aucune faute de goût, aucun choix discutable. Les titres s’enchaînent et l’on n’endure que la noirceur d’une ambiance impressionnante.

Rom 5 :12 rassure. Il développe des thèmes connus, mais les exploite différemment pour obtenir un résultat correspondant à une envie comme un besoins de sortir d’un schéma automatique. Morgan et Mortuus sont parvenus à remettre Marduk sur le droit chemin. Celui des princes du black metal, celui des empereurs de la scène suédoise. Où la violence et la lourdeur participent au concert de putréfaction et d’imagerie mortuaire. Une œuvre réfléchie, loin des débordements gratuits et puérils du passé. Un disque comme on en espérait plus et qui rassure quant à l’avenir de nos bouchers suédois. Marduk n’avait finalement pas tout dit, et le futur semble nous présager quelques violents rappels.

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