Live report - Evanescence (Mass Hysteria)

Publié le par helel ben sahar

La soirée débute avec Mass Hysteria. Si l’on peut féliciter la perspective de voir un groupe français ouvrir pour le géant américain, on demeure sceptique quant à la pertinence du choix. Leur rock mi metal mi indus ne se marie pas vraiment avec l’ambiance et le public reste avant tout circonspect devant la prestation du combo. Et le groupe d’avoir du mal à composer avec la grandeur de la salle. Leur concert ne semble s’adresser qu’à la fosse, imposant une barrière virtuelle qui annulerait l’ensemble de la foule. Dommage d’avoir éliminer ainsi la plus grosse partie d’un public déjà pas excité par la musique. Techniquement, le show est irréprochable. Son massif et énorme, bonne balance. Scéniquement, excepté un chanteur impliqué, le reste du groupe cuisine dans leur coin. Mouss déploie une énergie sympathique, parfois entaché de mimes souvent ridicules et d’un message bon marché à faire frémir des collégiens en mal de repère. Seul les acquis y auront pris du plaisir, les autres, attendront patiemment que les choses sérieuses commencent.


En regardant autour de soit, alors que l’on attend patiemment que les portes s’ouvrent, on peut se demander ce qu’on fait là. Un public jeune, parfois trop. On s’amuse de voir des parents accompagnés leurs filles. On s’éclate devant les looks factices de gothopouffes qui respirent un spleen préfabriqué. Et puis musicalement, Evanescence, c’est quoi ? Une vulgarisation du métal. Du néo assaisonné à toutes les sauces. Néo gothique, néo métal. Un carton commercial, une exposition envahissante. L’archétype d’un groupe gangrené par sa propre popularité. Si musicalement, le combo us n’a rien inventé, leur musique déploie une efficacité éphémère remarquable, et une parfaite digestion de divers courants rémunérateurs. L’exercice exemplaire de la composition artistique à but lucratif. Pourtant, derrière ce portrait guère flatteur, il y a la figure centrale du groupe (qui n’a plus de groupe que le nom, d’ailleurs) : Amy Lee. Au-delà de son look (forcément) très travaillé et tout aussi plaisant à regarder, sa voix exerce une certaine fascination. Parce qu’elle possède une puissance remarquable, une énergie qu’elle semble puiser de ses tripes et qui force le respect. Sans avoir besoins de crier. Mais qui peut se faire douceur, lorsqu’elle s’accompagne au piano. Une maîtrise impressionnante et qui n’a rien à envier aux plus grandes voix féminines du métal. Alors on s’interroge sur une future prestation scénique.

Le public s’agite, alors que l’on aperçoit un bout de bras nu, passé furtivement. Les lumières s’éteignent comme le groupe semble prendre place derrière le rideau. Ce dernier ondule, des éclairages jouent avec sa texture quand les premiers accords raisonnent. Enfin il s’ouvre, dévoilant une scène à la décoration minimale. L’homme debout devant sa batterie impose le rythme. Et Amy pénètre sur la scène, pour se l’accaparer totalement pendant une heure et demie. On se demandait ce que la jeune allait démontrer en live, et la réponse ne tarde pas à venir.

Poupée déchaînée, tornade brune. Elle scotche tout le monde sur place. Attire les regards pour ne plus les lâcher une seule seconde. Une boule d’énergie que rien ne semble arrêter. Très loin de l’idée de la vocalise enlisée derrière son micro, elle court, saute, enflamme la foule, ne tient plus en place. Le reste du groupe est inexistant. Le second guitariste (certainement un musicien de session) semble même faire de la figuration, prostré sur sa guitare et ayant apparemment peur du public. Non, de toute façon, Evanescence ne se résume qu’à Amy, et cette dernière le rend très bien. Car sa prestation essuie toute inclinaison purement commerciale au profit d’un investissement tout personnel. Si musicalement, on reste dans la reproduction professionnelle, la chanteuse sublime l’aspect routinier des autres zikos. Parfois petite chose fragile dans sa robe en tutu noir. Ou force brute dans ses bottes. Féminine et aguichante. Vulgaire et raffinée. Complice et fulgurante. Elle parcourre la scène de long en large sans jamais se fatiguer. Suppliant le public sur la gauche. Et courant jouer quelques notes sur le synthé à droite. Elle ne s’arrêtera jamais. Sauf pour quatre chansons jouées au piano. Et dans la douceur intimiste, elle impose un rapport privilégié avec un public déjà acquis depuis bien longtemps. Car si l’ambiance demeure ainsi plus veloutée, la pression ne descend pas pour autant. Elle se canalise entre la jeune femme et une foule en adoration. Une heure et demie durant.

Après un rappel, deux chansons, Amy Lee s’échappe. Sur le mur à gauche, on perçoit encore son ombre projeté. Qui a fait d’elle, pendant quatre vingt dix minutes, géant inaccessible, régnant sur un millier de personnes…


Si la perspective de voir Evanescence en concert ne figurait pas en haute place, la découverte n’en fut que plus heureuse. Sans forcément donner un caractère plus noble et moins calculateur à leur musique, il aura au moins permis d’imposer une caution méritée à leur figure de proue. Amy Lee habite la scène avec une prestance remarquable. Lui donner ainsi honneur était le moins que l’on puisse faire, au-delà de toute considération artistique. Parce que l’énergie peut aussi être séduisante, on oubliera les horribles punkettes qui semblent croire que la féminité est le dernier bastion de la puissance.

Publié dans Cendres

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