Without a trace - L'envers

Publié le par helel ben sahar

Au fur et à mesure des saisons, une récurrence s’échappe : Qu’elles soient amies, membres de la famille, collègues de travail, les victimes ne sont jamais comme les proches les reconnaissent. Au terme de l’épisode, une fois le tableau d’ensemble achevé, l’image de la personne s’en trouve modifiée, complétée, mise à jour.

Notre vue, de l’extérieur, par l’intermédiaire des enquêteurs, possède ce côté anthropologique de l’étude, de la révélation finale et du cheminement pour arriver au résultat. D’un point de départ incomplet ou d’une vision intermédiaire, on recompose petit à petit, mais surtout on déstructure l’image originelle pour atteindre la vérité. Comme un puzzle géant corrompu où les pièces mises bout à bout représentent un dessin différent de la boîte. Ce travail est forcément dépersonnalisé par l’entremise des agents du FBI, dans la mesure où leur regard objectif se contente de traduire des informations sans chercher d’autres raisons ou causes que ce que leur enquête impose. Le point de vue est essentielle, mais retord. On revisite parfois plusieurs fois une même scène, car l’observation seule entraîne son lot de mésinterprétations et perd l’objectivité précieuse de l’agent. Les différents réalisateurs jouent le jeu, forcément, en nous présentant un point de vue unique et personnel, selon le témoignage, et de nous confondre en reformulant la séquence munie d’éléments supplémentaires pour mieux en comprendre son sens et surtout ses implications.

Un épisode de la quatrième saison décide de nous présenter l’autre point de vue. Un jeune garçon est porté disparu, et c’est uniquement par le prisme de ses parents que l’on percevra l’enquête. Un changement qui apporte une respiration agréable à une saison en demi teinte. Mais surtout, un procédé qui permet un éclairage différent et met en profondeur des impressions qu’on était loin d’avoir saisi. Si le montage elliptique d’un épisode privilégie forcément le renseignement important, la découverte fructueuse, l’intérieur symbolisé par l’attente, l’impatience, l’ennui entraîne un contraste intéressant. Parce qu’à forme de ruminer sa propre peur, on finit par vouloir chercher des réponses comme savoir de qui est la faute. Au recueillement mutuel s’associent les accusations et les disputes. Des conversations commençant toutes par « Et si… ». On découvre que notre enfant ne nous a pas tout dit, on se questionne sur ses facultés de parents comme ces enquêteurs semblent nous jeter des reproches à la figure à chaque nouvelle découverte. De la position défensive, c’est finalement la capitulation qui fait place, la résignation et le souhait de retrouver leur enfant. De l’autre côté, c’est la perception des agents que l’on retrouve toutes les semaines qui s’en trouvent modifiée. Ces personnages que l’on a fini par connaître et aimer possèdent une texture tout autre quand on se place du côté des proches. Froids, impersonnels, parfois rudes ou même odieux alors qu’ils ne font que leur travail. Ce nouveau regard met en évidence l’implacable condition de l’agent du FBI, comme on a pu le voir dans de nombreuses séries.

Without a trace, le temps d’un épisode, nous présente une partie de ses rouages. Si la série reste le terreau de la reconstitution existentielle comme on travaille le corps dans une salle d’autopsie, elle impose un regard moins distancé, plus humain. Bien que la série n’ait jamais gommé l’empathie qui la caractérisait, néanmoins, on remarque que son déroulement possédait un détachement insensible. Car on reste dans un domaine professionnel où chaque nouvelle enquête n’est qu’une journée de plus à l’usine. Avec cet interlude, la série n’oublie pas que derrière la routine du travail, il existe aussi le traumatisme d’une famille ou d’amis.

Publié dans Série TV

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