Spider-man 3 de Sam Raimi

Publié le par helel ben sahar

Ecartons tout de suite la thèse de l’adaptation. Avec ce troisième opus Raimi créé sa propre mythologie – basée évidemment sur les comic books, une reformulation des origines et motivations des personnages en fonction des critères et évènements posés dans les deux premiers films. Si Spider-man 3 est en surface ce film foisonnant et gonflé à l’extrême, il se pose en conclusion symbolique des thèmes exposés auparavant. Une façon pour Raimi de conclure son geste entamé, de régler les comptes en annonçant une nouvelle saga à venir.

La construction générale du film propose une rupture. Il casse et hachure la narration. Parce que le cinéaste expose son travail comme un reflet des précédents opus. On retrouve dans Spider-man 3 des scènes clés, détournées, comme une réminiscence perverse. Le film se révèle dans ces auto-citations, il développe sa personnalité et sa volonté. Il reconstruit sa mythologie pour amener les personnages et les spectateurs à une (auto)analyse sur les attitudes et choix passés. Le travail de synthèse est essentielle et permet à Rami d’imposer son travail sur trois œuvres entières traitant chacun de thèmes bien précis, qui se fondent et amènent logiquement à ce troisième opus, le plus riche des trois films. Car dans Spider-man 3, c’est toutes les figures théoriques qui se retrouve compulser en cent quarante minutes.

« A grand pouvoir, grandes responsabilités », l’échec et la frustration ont été abordé dans les précédents films et se retrouvent une nouvelle au cœur de celui-ci. On peut y ajouter la jalousie et la vengeance. Tous les nombreux personnages qui évoluent dans le film sont soumis à un moment ou un autre à ces deux thèmes. Dans Spider-man 3, les personnages sont des instruments. Des outils dont se sert le réalisateur pour créer des situations où existent et prédominent les rapports et conclusions que le cinéaste souhaite aborder. Ils perdent certainement en pouvoir empathique ce qu’ils gagnent en capacités réflexives. Tout le film est à cette image, un formidable objet d’analyse. Et si Raimi impose un caractère sentimental un rien naïf, c’est pour contrebalancer le côté théorique du film.

Peter Parker tient une nouvelle fois la place centrale du film. A tel point que le réalisateur gomme de plus en plus le costume de Spider-man. Ce dernier évolue très souvent à visage découvert, voire sans costume du tout lors du premier affrontement contre Harry. On comprends mieux que l’on aperçoit davantage Peter possédé par le symbiote que le costume noir de Spidey. Comme pour le premier film, c’est avant tout le changement autour de Parker qui intéresse Raimi. Le réalisateur évite de tomber sous la facilité de l’exploitation de super héros, de nouvelles capacités qui auraient affirmé une complaisance pour la démonstration gratuite. Aux sirènes de l’aisance, Raimi choisit la carte de la frustration du spectateur, et, en rapport avec le message déployé sur le danger d’une telle possession, répond par le formalisme de son film.

Spider-man 3 repose sur un équilibre bien moins évident. L’auteur conçoit son œuvre autour de la réflexion, et pense davantage en matière de thématique qu’en narration. L’exposition des personnages et leur motivation deviennent plus chaotiques. Une non linéarité qui permet au réalisateur de conclure les points importants au risque de sacrifier une partie de son public habitué à un récit plus concis. Avec ce troisième opus, Raimi prouve que sa vision d’ensemble et que son optique personnel était probablement le meilleur choix possible. Il existe toujours quelques détails que l’on aurait aimé voir changé, mais de l’ensemble se dégagent une cohérence et une humanité qui fait défaut à beaucoup de films de ce genre. Arrivé au terme de trois films, le point de vue n’a jamais été détourné de son propos initial et depuis le début, c’est bien l’histoire de Peter Parker que l’on a vu sur l’écran, et non celle de Spider-man.

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