Superman returns de Brian Singer

Publié le par helel ben sahar

Superman fut longtemps absent au cinéma. Dans la réalité filmique, seulement cinq ans.  Nous avons appris, spectateurs, à vivre sans l’homme d’acier. Dans la fiction, Lois Lane en a écrit un sujet d’étude, qui lui valut le Pulitzer. Son retour agit donc aussi bien dans la réalité, que dans le film. Il s’inscrit dans une démarche de reconnaissance et de reconstruction. Il permet également au réalisateur, de redéfinir le super héro. C’est pourquoi Singer place ce film si près du premier réalisé par Donner, au point de revisiter certains passages matriciels. Le cinéaste recompose le passé pour mieux élaborer le présent. Et pour que s’exerce la filiation au cœur du récit.

Dès les premières images, on peine à imaginer qu’il s’est passé autant de temps depuis la vision d’un Superman sur grand écran. Singer parvient à recréer une atmosphère familière, en s’appuyant sur le premier opus auquel il emprunte des éléments clés pour se ménager ses propres pistes. Superman returns possède cette faculté de délivrer un message d’outre tombe. Il donne au film de Donner une préexistence conceptuelle en le réinjectant dans cet opus. Et spécialement en usant de la prestation d’un acteur revenu d’entre les morts comme ultime représentation. Si l’on peut toujours s’offusquer d’une telle démarche, il ne peut exister de meilleure justification que son emploi dans le film. Le message d’un père mort pour son film, comme dernier contact et passation de pouvoir. Le geste final de cognation où le fils devient le père. Pour mieux appuyer ce rapport défini comme la base du film, Singer détermine une apparence entre sophistication et charme rétro. Une gamme intemporelle pour extraire son film de toute considération chronologique matériel. Du look globalement passé, façon art moderne des années 30, on retrouve la qualité technique des reconstitutions actuelles. Où les effets spéciaux les plus convaincants reconstruisent des scènes reprises de films catastrophe d’antan. Une façon, pour le cinéaste, d’inscrire dans la conception formel du film, ce rapport père / fils.

Dans Superman returns, il est surtout et avant tout question de l’homme d’acier. Kal-el ou Superman, Clark Kent étant supprimé de l’équation. Une décision un rien frustrante, mais obligatoire pour mener à terme le projet de Singer. Mais si Sup’ tient la tête d’affiche, le film ne verse jamais dans le démonstratif ou l’objet d’action creux. Le réalisateur traite le personnage sur le fond, et non dans sa forme essentiellement super héroïque. On comprend mieux alors, les maigres scènes d’action du film (deux ou trois pour une durée de deux heures et demi, même si la dernière est conséquente, c’est peu). La volonté du cinéaste de créer de l’intimisme là où beaucoup aurait simplement usé de spectaculaire. On reconnaît la démarche du Singer des X men, bien plus intéressé par les personnages que leurs actions. Dans le film Superman meurt en héro, mais surtout en humain. C’est la divinité redevenue homme et dont on déchire l’apparat comme geste symbolique d’une promiscuité humaine. Une scène magnifique qui rappelle la conclusion de la séquence du métro dans Spider-man 2. Le film possède quelque chose de testamentaire. Une organisation autour du retour comme moyen de dire adieu. Le réalisateur pousse loin la démarche, au point de perturber la mythologie du comics. Une raison qui poussera certains fans extrémistes à hurler, mais qui réorganise un peu la perception du héro. Singer donne consistance à un personnage trop lisse parce qu’invulnérable. On ne se sent jamais aussi proche d’un super héro que lorsque la mort plane sur lui, parce qu’il nous renvoie à notre propre mortalité. Une impression inscrite jusque dans le corps fragile et malade de son fils.

La célébration du retour est éclipsée. Réduit à une trajectoire, Superman n’aura fait que passer. On remarque les rideaux, stigmates de sa présence et de son envol. Comme il existe toujours une case pour s’échapper, l’homme d’acier est en dehors du plan, de la page. Et de l’extérieur, son regard est tourné vers un pan de notre réalité filmique, à travers la fenêtre de voir son fils et dans ses rêves, de prévoir la passation de pouvoir. Le fils est devenu le père.

 

Publié dans Cinéma

Commenter cet article