Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton & Valerie Faris

Publié le par helel ben sahar

Au-delà de tout aspect artistique, il existe un plaisir jouissif à voir démonter l’univers des Miss aux Etats-Unis. Un monde que l’on imagine très bien, et qui parvient néanmoins à nous surprendre par sa dimension abjecte. Le choix d’utiliser une famille de loosers rend l’exercice un rien académique, comme un systématisme réducteur qui voudrait qu’il ne puisse y avoir qu’une sorte de catégories de gens pour oser dynamiter ce contexte nauséabond.

Little Miss Sunshine, c’est un peu choisir le mauvais goût et lui imposer bien pire que lui. Réhabilitation symbolique et assertion sur le fait que l’on trouve toujours pire que soit. Une telle position est moins crédible avec une famille « normale », toujours est-il que le résultat ne fonctionne qu’à moitié. En réalité, il ne fonctionne uniquement sur le parti prie de dénoncer, détruire ces concours pour parents superficielles exposant leurs filles (elles se ressemblent toutes, c’en est monstrueux) comme des animaux. Parce que cette famille disfonctionnelle accumule les tares (frère gay suicidaire, fils mutique et obsessionnel, grand-père lubrique, père carriériste pathétique et mère un peu aveugle) et leur parcours volontiers burlesque ne met en lumière que leur incapacité à trouver dans l’union, un semblant de réussite.

Parfois de ce mauvais goût éclot un instant de grâce, aussi imprévisible que dramatique et qui déplace le temps de quelques minutes les enjeux du récit. Le film aurait pu se terminer ainsi.  Sur une note désespérée que rien ne laissait entrevoir et qui évacue toute considération superficielle sur le besoin de reconnaissance d’une jeune fille trop jeune pour savoir ce que cela représente. Ou un peu avant, sur une autre tragédie révélée par l’absurde d’une situation tellement commune qu’elle fait froid dans le dos. Parce que cette séquence pourrait se retrouver un jour dans nos vies, et qu’elle nous ferait certainement bien moins rire.

Globalement ennuyeux, mais délicieux le temps de quelques séquences (ou running gag), le film développe constamment ce sentiment duel. Il existe également comme un relent de « film indépendant » tellement prégnant qu’il insuffle une considération particulière, comme si sa condition imposait le pardon. Intimisme de l’histoire pour moyenne dénonciation, petitesse des ambitions et technique minimale mais juste au demeurant. Un systématisme un rien agaçant, mais l’on reste sur une appréciation positive et le regard apeuré des familles participantes au concours. Et c’est une belle récompense.

Publié dans Cinéma

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