Memento mori - chapter XVII

Publié le par helel ben sahar

Autour, le monde semble bouger trop vite. On ne perçoit plus rien. Juste des mouvements. Des trajectoires qui filent dans tous les sens. Des directions choisies au hasard, des destinations improbables. On devine parce que l’on ne parvient jamais à savoir. Elles prennent formes de rayons lumineux, de fumée. Elles brillent dans la pluie. Elles éclaboussent. Les trajectoires nous frôlent, nous poussent. Sans gêne. On est trop lent paraît-il. Alors on recule. On se positionne en retrait. Parce qu’il n’existe aucune place pour l’observateur. Aucun endroit pour l’être passif. Tout n’est que mouvement, rapidité. Consommation immédiate de kilomètres. Pas de le temps de s’arrêter, de faire une pause. Pas le temps de regarder, de flâner. Pas le temps de prendre le temps. Alors on est en dehors du monde. En dehors des gens. Un peu absent, comme une persistance qui s’éteint. Un peu fantôme, on hante certains endroits. On existe pourtant, mais dans un ailleurs. Dans une autre réalité. Nous faisons partie du même monde, mais dans une perception différente. On ne consomme pas le monde. On se contente de le peupler. D’être là. Mais le mouvement nous écarte. Nous réduit à l’écart. Des actions perpétuelles nous projettent dans cet autre dimension. Des refrains éternels que l’on ne chantonne pas. On ne connaît pas cette chanson. On ne l’a jamais apprise ou on l’a oublié. On a fait semblant pendant des années. Et aujourd’hui on est fatigué. Alors on s’écarte et on apprend à ne plus exister pour les autres. Et dans cette attente, on réalise que l’on n’est même pas là pour soit. D’être au cœur du cyclone sans être transporté. D’être dans la tempête, mais ne pas s’envoler. Comme encrer au sol. Fondu dans le béton. Les trajectoires tourbillonnent tout autour de nous. C’est presque joli à regarder. Et cela rend un peu fou également. Un jour on n’a fait parti du ballet. On a joué cette danse. On a regardé dans des yeux, et on a vu notre reflet. On a tenu la main. On a couru à ses côtés. On a privilégié le mouvement. Au risque de ne plus observer le visage devant nous. La présence derrière nous. De plus avoir conscience de quoi que ce soit, sinon courir. Se déplacer, se mouvoir. Se dépêcher, rattraper le temps. Maintenant que l’on a vu le monde. Et ces trajectoires qui s’animent. On découvre et on ne reconnaît plus rien. Parce que l’immobilisme nouvellement créé, construit une nouvelle perception. Et de savoir ce qui est mieux ou pas, importe peu finalement.

Il pleut. Il fait un peu froid. Autour de moi, je vois des gens qui s’animent, d’autres qui attendent. La circulation est envahissante. Le bruit des moteurs, des klaxons. Cet assourdissement qui donne mal au crâne. Sous l’aubette, j’attends un bus. Je m’amuse de voir les phares des voitures se perdent dans les reflets des gouttes. On ne voir qu’un filament lumineux se dessiner. Comme une trajectoire lumineuse. Parfois, on voit même la fumée créé une ligne. Comme les vestiges d’un passage. C’est fou les traces que l’on laisse derrière soit. Ici je suis passé. J’ai laissé ma marque. Et même si cette dernière s’est perdue dans le vent, la pluie ou la masse, quelque part, quelqu’un, saura qu’un jour, je suis aussi passé par là…

Publié dans Memento Mori

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