Rocky Balboa de Silvester Stallone

Publié le par helel ben sahar

Tout a déjà été écrit sur le parcours artistique de Rocky, et sa symbiose avec les courants dominants. Des débuts bruts et convaincants des 70’s aux fastes années 80 et sa luxueuse décadence, en passant par la débâcle des 90’s. L’annonce d’un retour dans un paysage cinématographique indéfini, laissait place aux doutes. Si l’on a du mal à relever une marque représentative des années 2000, on peut tout de même avancer l’idée que dans cette décennie, les suites ou adaptations occupent une place prépondérante. Alors cette réapparition, est ce une façon de goûter à la réussite à nouveau en occupant une plage prévisible (une séquelle) ou d’offrir un adieu comme témoignage ultime du personnage pour l’actualité du cinéma ? La part mercantile dans cette conclusion est inévitable. Stallone tente de redorer son blason de comédien, bien tâché par ses derniers forfaits, en utilisant le personnage qui l’a porté aux nues. Une façon de faire du pied à ses fans en les contentant au maximum, en misant sur une gloire passée. Et la récente annonce de la mise en chantier d’un nouveau Rambo confirme nos doutes. Seulement, ce sous-entendu purement commercial est éclipsé par la nature même du film. En nommant ce dernier le plus simplement du monde, Rocky Balboa, Stallone nous hurle sa sincérité de conclure la saga en lui donnant toutes les lettres de noblesse qu’elle mérite. Nous ne sommes plus dans la comptabilité d’une énième séquelle (la cinquième tout de même), mais dans le cri d’amour d’un personnage emblématique du cinéma.

Mais un cri sentant bon la mort tout de même. L’ambiance est froide, glaciale. Comme déjà présent dans la chambre funéraire, attendant la dernière cérémonie et la mise en terre. Stallone filme sa vieillesse. Sa déchéance. Rocky est devenue une légende de quartier, un fantôme hantant les lieux de ses anciennes victoires où son nom était encore synonyme de dépassement. Un lieu déserté et en ruine qu’il revisite ou recrée en endroits mythiques. Les vestiges d’un passé radieux où il était vu comme un dieu. Le petit dieu du peuple, le David parti affronter Goliath. Mais David a bien vieilli. Le film en devient émouvant, de voir cette divinité effondrée. Evidemment, c’est également sa propre éviction de Hollywood que l’acteur déchu met en image. Il impose sa carcasse pathétique comme le retour des années 70 au cinéma. Le film se veut en partie remake du premier, la vieillesse en plus. Pour mieux boucler la boucle. Au surpoids se calque la décrépitude du corps. Ce corps, parfait témoins des excès (qui continuent en partie), de la faste célébrité qui s’empara de lui au point de lui faire perdre toute notion de contrôle. Cette silhouette malade, ce visage figé, cette expression maladroite. Des signes de fin d’un parcours un rien pitoyable s’il n’y avait eu Rocky.

Rocky Balboa témoins de son temps comme de l’actualité. On déterre Rocky des limbes (le cinquième épisode avait sérieusement entamé le mythe), parce que les temps sont aux séquelles. Et le film de se servir des nouvelles technologies pour justifier sa renaissance. En ces temps du tout numérique, on dévoile une cinématique mettant en scène Rocky avec un nouveau challenger. Le vieux contre le jeune, les années 70 contre les années 2000. Et parce que rien ne vaut la viande et la chair, les deux combattants devront s’affronter. Entre le numérique et le réel, Stallone semble avoir choisi son camp. Impression renforcée par cette volonté d’immersion et de rapprochement par l’utilisation de techniques similaires aux retransmissions des matchs à la télévision. Seulement Stallone court-circuite cette proximité par un usage laborieux d’effets syncopés, de passage du noir & blanc à la couleur. La charge héroïque et la portée dramatique du combat s’en trouvent diminuer. Amoindri par un exercice de style fastidieux qui écarte le spectateur par son procédé. Une faute de goût que l’on pardonne à demi mot, tant la toute fin, abrupte, étincelle de mille éclats.

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