Ils de David Moreau et Xavier Palud

Publié le par helel ben sahar

Le carton d’invitation «  inspiré d’une histoire vraie… » serait-il le cautionnaire de toute tentative de critique de l’objet incriminé ? Comme si l’on devait forcément être indulgent compte tenu que l’œuvre est avant tout représentation d’un fait, et non une création originale que la critique alors ne saurait épargner. Facile de se désengager quand on revendique aussi crânement sa principale force comme ses limites. Vouloir ainsi représenter ce qui a existé, sans la gageure historique d’une quelconque reconstitution d’époque, mais d’un drame (puisqu’il est systématiquement question de drame) forcément atroce ou terrifiant. Pourtant on a pu voir de belles réussites dans ce style, comme L’adversaire de Nicole Garcia qui en plus d’être inspiré d’un fait divers est également l’adaptation d’un livre de Emmanuel Carrère. Un film qui privilégiait la forme sur le fond, car finalement, l’histoire était connu de (presque) tous. La réalisatrice a parfaitement su intégrer la dramaturgie formelle au concept et y délivrer une œuvre à la fois puissante et hypnotique. Ils tente de surfer sur l’effroi de la reconstitution et la puissance du survival, un genre finalement peu courant en France. Un parti pris audacieux mais dont le crédit vériste de l’entreprise empoisonne toute possibilité de réussite.

Ils repose sur une unité de lieu et de temps réduite à sa plus simple expression : une maison, une nuit. Le survival se caractérise généralement par cette minceur pour y dévoiler toute sa fulgurance et offrir ainsi un spectacle reposant sur le mouvement. Or le réalisateur passe son temps à nous présenter l’attente. Il fait de l’expectative le moteur de sa construction au point d’aliéner le genre qu’il emprunte. Le film gagne en réalisme ce qu’il perd en intérêt. Le suspense se transforme très rapidement en ennui et les trop rares accélérations ne parviennent jamais à sortir le spectateur de sa torpeur. L’issue du film prévisible aurait dû mettre la puce à l’oreille d’un réalisateur qui base toute sa réalisation sur un suspense illusoire. A offrir une construction aussi linéaire, il revendique une structure narrative dont l’inattendue représenterait l’assise. Une erreur indigne que Nicole Garcia a parfaitement su contourner en commençant son film par la fin, histoire de régler cette conclusion le plus rapidement possible. Dans Ils, ce n’est pas tant l’histoire de ce couple qui est matière à produire un film que la violence innocente et cruelle des enfants. En transformant leur réalité en présence fantomatique, le réalisateur évacue tout portrait psychologique. C’est en fouillant leur psyché que Ils aurait gagné à mériter son existence de film « inspiré d’une histoire vraie ». A l’image d’un Elephant ou Last days qui habillait la réalité d’une fiction pour oser le portrait des instigateurs de drames aujourd’hui historique. Tout le potentiel du film résidait dans ce point de vue. Le réalisateur se trompe dans la répartition des rôles où Ils ne sont pas ceux que l’on imagine et que l’on aurait souhaité.

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