Foot

Publié le par helel ben sahar

Le foot est devenu un luxe pour les chaînes de télévision. Les coûts de diffusion ont atteint des sommes record, au point de mettre à mal certains groupes. La récente fusion de TPS et Canal Sat semble être le point final de la lutte acharnée des deux groupes pour l’acquisition des différents matches jalonnant l’année. Parce que la retranscription du football a pris une place conséquente dans les grilles de programmes. Le nombre des matchs a multiplié entre les coupes d’Europe à rallonge, le championnat de France, la coupe de France et la coupe de la Ligue, sans compter les rencontres nationales et éliminatoires lors de qualification pour l’Euro ou la coupe du monde, le choix est devenu pléthore. Entre ce boom sportif et l’ascension impressionnante des séries TV en prime time, le paysage audiovisuel français a radicalement changé. Dans cette manne financière que représente le football, c’est France Télévision qui ne parvient pas à sortir son épingle du jeu. En effet, même la dernière chaîne résistante au foot, M6, a changé son fusil d’épaule après le rachat du club bordelais, et se sont mis à diffuser le sport au ballon rond. L’été dernier, elle devenait même la seconde chaîne après TF1 (et Canal +) à diffuser la coupe du monde. France 2 et France 3 se retrouve alors avec les matchs de coupe de France et de coupe de la ligue. Des retransmissions dont l’enjeu n’est réellement convaincant qu’après les huitièmes de final et encore. C’est certain que des matchs opposant des clubs de D1 contre des divisions inférieures enthousiasment moins qu’une rencontre de Ligue des champions.

La principale victime de ce changement est avant tout formelle. Canal + a renouvelé la réalisation du foot à la télévision, au point de devenir la référence mondial du genre. Il serait laborieux d’énumérer tous les mutations, mais on peut affirmer pour schématiser que les principaux réalisateurs se sont appuyés sur des équipements issus du cinéma. Le football est avant tout devenu un spectacle, un show bénéficiant de moyens conséquents pour retranscrire toute sa puissance évocatrice. Un match est devenue la rencontre entre deux entités fortes, que la réalisation magnifie, exhorte et qu’elle détourne pour en faire un lieu où les enjeux dramatiques s’expriment à travers le filmage. Cette nouvelle norme visuelle en constante évolution – chaque année, un nouveau dispositif apparaît – a donné à la retransmission un caractère exigeant de la part du public. Devant une telle ébauche de moyens, un dispositif aussi intelligent qu’impressionnant, France télévision fait pâle figue. Non que l’on veuille expressément comparer, mais la qualité générale de la réalisation laisse à désirer, voire impute au plaisir de visionnage. Car la retransmission, aussi bonne soit-elle, est toujours plus ou moins dépendante du jeu en lui-même. Elle ne ment presque pas, juste embellit lorsque les équipes apportent du rythme. En aucun cas elle ne créé, seulement met en valeur les échanges, le combat, la confrontation presque sauvage entre les vingt deux hommes. Seulement la réalisation made in France 2 échoue à la fois sur la retransmission pure et surtout empiète sur le simple plaisir de visionnage. Regarder un match sur France télévision devient une gageure, une épreuve pour le spectateur devant une telle débauche de n’importe quoi. Les réalisateurs semblent incapables de cerner le jeu, l’esprit de ce sport. Souvent en retard par rapport à l’action, effectuant des successions de gros plans et larges en dépit du bon sens, la réalisation devient un panel de tout ce qu’il ne faut pas faire. Allant jusqu’à effectuer des effets visuels d’une laideur impressionnante censé retranscrire l’effort du sportif, cet élan douloureux du dépassement de soi. Le schéma de la douleur associé au suspense du résultat. Malheureusement et bien que reposant sur une idée pertinente, le résultat est trop souvent risible.

Involontairement, France télévisions affirme son retrait vis-à-vis de la retransmission du foot à la télé. Par cette incapacité technique à reproduire la qualité présente sur les autres chaînes, par un œil peu pertinent sur les nouvelles évolutions techniques mises à la disposition des réalisateurs, le chaîne publique affiche un retard conséquent, que la faible visibilité de ce sport n’aide pas non plus. Toujours est-il que visionner un match sur France 2 relève d’une volonté inébranlable pour la beauté du sport, car le plaisir n’est pas le résultat d’une mise en image pertinente, mais du sort que nous imposeront les deux équipes par leur jeu respectif.

Publié dans Humeur

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