Dimmu Borgir - Stormblast réédition

Publié le par helel ben sahar

Alors que sortait Death Cult Armagueddon, on pouvait ressentir comme une influence cinématographique dans l’élaboration d’une ambiance par l’utilisation de l’outil symphonique. A l’image du second morceau, Progenies of a great apocalypse, dont l’intro, revenant comme un leitmotiv devenait la bande originale d’un film. Cette écriture très visuelle et sensitive accompagnait parfois difficilement le thème général du disque, mais témoignait d’un savoir faire conséquent. Après cette soigneuse introduction, Dimmu Borgir revient avec une autre inspiration cinéphile, celui du remake. Encore peu courant dans le milieu musical, et moins dans celui du black metal, les norvégiens réenregistrent leur premier méfait, avec les moyens dont ils disposent aujourd’hui. En effet, le groupe bénéficie d’une confortable situation financière, bien loin de ses débuts fauchés. D’une musique presque intime, ils sont devenus les chantres du black metal symphonique. Un pari lancé et tenu, Dimmu Borgir, gagnant rapidement ses lettres de noblesse et le succès que l’on connaît aujourd’hui, peut à l’heure actuelle se permettre de revenir sur ses pas et offrir une nouvelle version de leur premier opus.

Qu’est ce qui inspire un groupe à vouloir reproduire ce qu’ils ont déjà réalisé ? Aujourd’hui, au cinéma, on réalise des remakes principalement pour réactualiser un film, qu’il soit plus conforme avec notre époque. Généralement bénéficiant de moyens plus importants, d’effets plus réalistes, ils sont aussi démunis de toute spontanéité. Parce que l’histoire contée est déjà connue, et surtout parce que la plupart du temps, l’exercice est aussi fertile qu’un désert. Pour l’objet qui nous intéresse aujourd’hui, le résultat est similaire. Dimmu Borgir réactualise son Stormblast, afin de l’inscrire dans la lignée artistique commencée avec Puritanical misanthropic euphoria. Un black metal symphonique clinique dont la production très soignée, change radicalement des précédentes réalisations. Le black metal est pourtant un genre qui ne s’amoindrit pas d’une production bancale, voire inexistante. Au contraire, les principaux chefs d’œuvre ont été conçus dans des caves, enregistré en des temps record et le résultat atteint les sommets. Transilvanian Hunger de Darthrone, pour ne prendre qu’un exemple, possède la précarité de la production fauchée, mais tire merveilleusement parti de cette absence de moyen pour offrir une ambiance délétère, froide et haineuse, qu’aucune production richarde n’aurait pu retranscrire (à l’exception notable de Funeral mist et son Salvation ahurissant de perfection, et éventuellement le Monotheist de Celtic Frost). Ce remake apparaît comme un exercice vain. Parce que ce réenregistrement n’apporte rien de nouveau. Les titres ne ressortent pas plus victorieux. Au contraire, serait-on tenté de souligner, en les réactualisant ainsi, Dimmu Borgir les dévitalise. Ils perdent cette lueur qui plaçait ce premier essai sur des champs musicaux pérennes. Ce nouveau travail, à l’image d’un vampire, suce la sève pour les dessécher, supprimer toute trace de vie. En ressort des corps dématérialisés, mais habillés d’apparats luxueux pour mieux faire passer la pilule. Mais l’image clinquante n’est jamais trompeuse, et le résultat semble vouloir toucher un « jeune » public ayant découvert le groupe avec leurs dernières réalisations (un stigmate récurrent propre aux remakes).

Finalement, le problème du remake en musique possède les mêmes principaux tourments que son homologue cinématographique. Le résultat requiert souvent d’une déshumanisation au profit d’une culture du toujours plus. Toujours plus gros, plus propre, plus de moyens, comme si l’argent devenait un facteur de réussite. Le groupe, par cette démarche, tenterait-il de renier son histoire ? Parce que revenir ainsi sur ses pas, témoigne généralement d’une soudaine forme de conscience un peu honteuse de ses origines et de ses racines. Le désaveu insupportable d’un groupe devenu notable et qui souhaiterait que l’on oublie qu’un jour, lui aussi, a été petit, a commencé en bas de l’échelle et n’avait pas les moyens d’aujourd’hui. Le mastodonte du black metal impose son diktat à toute une partie de ses fans, ceux du début : oubliez ce que vous avez pu écouter auparavant. Comme si le combo n’était plus digne d’un tel album. Et pourtant, on regretterait presque cette période, où Dimmu Borgir arpentait fièrement son black metal symphonique sans moyens. Des claviers, un chant non informatisé, des guitares lourdes et brouillonnes, autant d’éléments qui ont aujourd’hui presque disparu. Espérons que la démarche ne s’automatise pas par la suite au reste de leur discographie, et surtout ne se propage pas comme une mode, infectant d’autres formations d’une épidémie de remake.

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