Weeds

Publié le par helel ben sahar

Dans la série « réactualisons un genre pour une utilisation plus moderne en rapport avec notre époque », le soap opéra fait figure aujourd’hui de nouvelle coqueluche. Hier encore conspué pour des programmes comme les Feux de l’amour ou Sunset Beach, aujourd’hui, le soap devient in et fashion, sans que cette nouvelle distinction ne soit honteuse à admettre. Les récents succès mérités de Desperate Housewives et (moins) de Grey’s anatomy (qui n’est ni plus ni moins qu’un soap déguisé en série dramatico-médicale) ont permis à ce genre de retrouver une seconde jeunesse et afficher des prétentions bien au-delà de celles qui l’animaient auparavant. Réellement ambitieuse dans sa forme narrative et formelle, interprétée rigoureusement et écrit avec précision, ces deux shows dynamitent les préjugés. Parce que le soap n’est plus ce théâtre filmé (immobilité du décor, filmage en champ contrechamp perpétuel) à acteurs interchangeables et scénarii incongrus, mais un objet ambitieux et euphorisant dont le mérite est de nous vendre des histoires abracadabrantes sans que cela soit gênant. Desperate Housewives bouscule même les conventions établies par l’establishment américain et gratte le vernis reluisant de la banlieue. Devenues des icônes, les quatre héroïnes incarnent une valeur différente de l’Amérique, dans une posture caractéristique et stéréotypée. Le détournement savoureux permet d’aborder de nombreux thèmes, traités autant avec respect que second degré, sans que la série ne tombe (encore) sous la barre de l’exagération improbable. Evidemment, tout y est bigger than life, mais suffisamment jouissif pour que l’on pardonne les yeux fermés.

De cette volonté absolue d’abolir les barrières du politiquement correct, Weeds nourrit une similaire ambition. Dommage finalement pour elle d’arriver peu ou prou au même moment que Desperate Housewives. A côté du mastodonte féminin, Weeds semble bien chétive. Pour sa défense, on notera un parti pris plus casse gueule et une résolution hargneuse qui consiste à voler dans les plumes de la morale américaine, bien plus violemment que Desperate Housewives. Mais à vouloir taper toujours plus fort, à voir toujours plus énorme, la série devient prévisible et annihile toute chance de toucher au but. Parce qu’elle ne laisse jamais de place à un contre discours réac pour contrebalancer ses attaques, elle devient tout aussi fumeuse que les idées qu’elle combat, que la position qu’elle défend. Vouloir choquer la pensée américaine pour lui montrer l’envers du décor, atténuer les barrières ou tailler vulgairement dans les haies séparant chaque maison entre elles, part d’un bon et honnête sentiment (quoiqu’il faille toujours se méfier des bons sentiments), mais le résultat trop unilatéral défie toute notion de jugement réfléchi. La cible est pourtant identique à celle de Desperate Housewives : la banlieue chique et bourgeoise américaine. L’idée de départ de voir une récente veuve obligée de se transformer en dealer des beaux quartiers pour subvenir aux besoins de sa famille relève de l’excellente initiative. Seulement la série joue sur une surenchère perpétuelle de situations successivement plus énormes que la précédente. Le spectateur devient blasé par l’exercice au point de suivre l’ensemble d’un œil fatigué et discret alors que la série aurait dû le plonger dans un embryon de réflexion.

Finalement, Desperate Housewives n’est pas l’unique responsable de l’échec de Weeds. Sans cette imposante comparaison, la série affiche tout de même de sérieuses lacunes dues à un manque cruel de recul sur ce qu’elle attaque. Comme un chien qui chiquerait sans raison et que l’on ne parviendrait pas à faire lâcher prise. Jouer les éléphants dans un magasin de porcelaine est une entreprise à risque. Vouloir abattre quelques barrières moralistes est bien, mais le risque de tout détruire, au point de laisser une coquille vide, devient trop grand et encombrant. En espérant que les auteurs gagnent en maturité, on n’est guère impatient de découvrir la suite.

 

 

Publié dans Série TV

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