Beirut - Gulag orkestar

Publié le par helel ben sahar

On s’imagine déjà dans les Balkans. On entre dans un bar et voit les gens regroupés autour d’une bande de musiciens. Dans une liesse générale un peu éthylique à cause d’une consommation sans modération de vodka ou d’un quelconque alcool local. Et ça chante, et ça danse, on se croirait dans un film de Tony Gatlif, à moins que ce ne soit le film qui ait pénétré la réalité. La frontière entre le documentaire et la fiction a toujours été mince dans la filmographie du réalisateur. Et pourtant, c’est du Nouveau Mexique que nous provient ce bijou de musique folklorique aux accents de pop songs (ou l’inverse, on n’est pas très sûr). Et le groupe de musiciens se résume à un seul homme d’une vingtaine d’années. Zack Condon est l’homme orchestre derrière Beirut. Cet univers slave qu’il développe tout au long de ce premier album vient de l’intérieur de sa tête. Rapidement éjecté du système scolaire, il parcourt l’Europe pour voir du pays, et comme une éponge, absorber des cultures différentes. Paris, Prague, Berlin participent à nourrir la conscience musicale du jeune homme.

Outre ces voyages, qu’est ce qui a pu motivé un garçon de Albuquerque à écrire de telles chansons ? On ne va pas se lancer dans une étude approfondie de la jeunesse et des racines de Zack Condon, simplement noté une envie de réaliser une musique différente de ce qu’il a pu entendre et qui nourrit la scène locale. Un pavé lancé dans la mare de l’Indie et le regard détourné du punk régional. L’envie d’en découdre avec les guitares d’un enfant qui a préféré apprendre la trompette ou le piano. Gulag orkestar représente le parcourt nocturne d’un compositeur, un voyage dans la nuit vers une contrée bien éloignée et un paysage différent de ce qu’il voit par la fenêtre. L’album conjugue des ambiances, des mondes rarement exploités (on ne minimise certainement pas l’existence de la musique tzigane et slave) dans un format aussi courant que la pop song. Beirut est un peu cela, une écriture calibrée par la pop, que Condon a tenté de réinventer en utilisant les instruments et l’inspiration autrement. Le résultat résume parfaitement la démarche sincère du jeune homme. Un disque à la fois enjoué et mélancolique, traînant un spleen marquant. Ecouter l’album équivaut à découvrir une autre culture, un autre monde, mais par des yeux étrangers à celui-ci. Le compte rendu d’un voyage empruntant le chemin étroit du rêve. L’évasion vers un ailleurs que l’on visite par la musique.

De ce dépaysement, il n’est nullement question d’appréhension. On entre dès l’ouverture du morceau titre. La trompette s’élève comme un chant funèbre, le piano l’accompagne difficilement, alors qu’un vieil accordéon tente de retenir l’ensemble. Et puis la chanson de réellement se lancer dans un rythme lancinant, accompagné d’un chant venu d’ailleurs. De savoir que tout provient de l’esprit d’un seul homme rend presque le résultat effrayant. Tant de justesse et de précision alors que l’ensemble sonne si précaire relève du petit miracle musical. Celui qui arrive si rarement et que l’on chérit lorsqu’on le découvre. A l’écoute de Gulag orkestar, une soudaine envie nous prend d’attraper notre sac à dos, de claquer la porte et de prendre la route. Sortir des villes et retrouver une autre civilisation, avec sur nos oreilles, derniers vestiges de technologie, l’album de Beirut en mp3. Le disque ouvre les portes d’un imaginaire collectif, où l’on s’engouffre pour mieux oublier. Vivre au travers de la musique, sans se soucier du reste. Un verre à la main, on fait parti des gens que l’on retrouvait au début. Et si les musiciens se résument en réalité à un seul homme et bien tant pis, la fête n’en sera que plus intime.

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