Without a trace

Publié le par helel ben sahar

Without a trace se concentre sur une spécificité du FBI, une section particulière dédiée uniquement à la recherche de personnes disparues. Nouveau rejeton du nabab Bruckheimer, qui décide finalement de s’aventurer en dehors du contexte scientifique, pour se concentrer à un aspect simplement humain. Le penchant opposé de CSI. On ne s’attarde plus sur un cadavre, mais sur une personne vivante. On ne travaille plus sur un corps concret, mais sur une matière évanescente. Toutefois, le but reste le même. Reconstruire les faits pour parvenir à résoudre le mystère. Le producteur, dans sa soif consumériste omnisciente serait-il en train de construire une œuvre cohérente ? Volontairement et involontairement (CSI est peut-être ce qui est arrivé de plus importants en terme d’influence, ces dernières années à la télévision), il a donné, par le biais de ses productions, une impulsion incroyable au paysage audiovisuel et étend une influence finalement bien plus imposante qu’au cinéma – et qualitativement incomparable.

Without a trace repose sur des bases identiques à CSI. Le sempiternel une enquête / un épisode, une concentration uniquement fixé sur la vie professionnelle des personnages. Un schéma limpide, qui reproduit la formule gagnante de CSI. Une formule passe partout tranchant résolument avec l’aspect feuilleton qui caractérise certaines nouvelles créations porteuses (Desperate Housewives, Lost, Heroes, Prison Break, Alias…). On ne reviendra pas sur les caractéristiques pratiques qui motivent cette simple application, mais elle permet de s’étendre plus amplement sur des thématiques formelles qui parcourent le show.

La série ne travaille pas sur le corps objet. Elle abolit le cadavre comme point de départ. Without a trace se situe dans la reconstruction du temps. Et trouve son existence dans la disparition. Disparition d’une personne, d’une vie. Elle extrait l’anomalie. Comme si une ville ne parvenait plus à fonctionner sans cet élément. Et la série de tenter de remplir les vides. Le show fonctionne à rebours. Tentative de rattraper le temps pour comprendre et/ou résoudre. Le présent lutte contre le passé. Le déniche pour mettre en évidence ce qui constituait la vie de la personne disparue. La série alterne les séquences de recherches, de témoignages, avec les flashs back. Dans un rapport mots/images constant. Comme si le verbe, seul, ne suffisait pas. L’image s’insère alors au cœur du discours, illustrative et actrice. Illustrative dans ce qu’elle représente, et actrice parce qu’elle implique les enquêteurs en son sein, comme spectateurs passifs et imaginaires. La disparition entraîne des réminiscences, une persistance rétinienne, une présence qui hante encore le lieu. Où un simple fondu enchaîné permet d’établir ce lien perceptible. Un gimmick qui habite la série et lui permet de consacrer formellement sa raison d’être.

Dans cet étrange rapport, se construit la série. En opposition au concret, dans la perception évanescente, s’établit le rapport. Pour y remédier, pour apporter du corps, Without a trace se drape dans l’objectivation. La vie est un puzzle ou une ligne rouge que l’on complète au fur et à mesure. Une simple ligne continue où viennent se greffer les évènements qui la constituent. Un morceau de vie sur un tableau blanc, que l’on efface lorsque l’enquête se termine. Dans CSI, la vie se reconstitue dans l’évidence, dans la quête de l’objet. Par lui et presque uniquement par lui, la vérité se dessine. Parce que les preuves ne mentent jamais. Without a trace s’inscrit dans l’expectative, dans le doute et dans la confiance. Il faut croire le témoignage pour pouvoir avancer. Le rapport humain est essentiel et l’erreur est permise.

A l’instar des séries estampillées CSI, Without a trace présente la ville comme une entité tentaculaire qui absorbe ses habitants au risque, souvent, de les faire disparaître. Au point d’abolir la notion d’identité. Elle représente un monstre incontrôlable, dont le flux intarissable ne cessera jamais d’engloutir les gens. Une personnification redoutable qui implique alors un point de vue paradoxal puisque à la fois omniscient et personnel. On pénètre l’antre infernal citadin par le prisme de l’être humain, l’infiniment petit pour constater sa disparition. Et l’on s’extériorise pour mieux cartographier la ville. Ces plans aériens qui donnent une identité visuelle à la série tout en ayant une fonction pertinente dans le contexte du show. Sur un concept relativement simple et déjà établi dans des shows policiers (tous ont, le temps d’un épisode ou plus, abordé le thème d’un enlèvement ou d’une disparition), la série impose un réel caractère formel, une réflexion forme/fond qui lui donne ce soupçon de pertinence lui permettant d’éviter simplement d’être basique et d’un pauvre intérêt.

Without a trace peut certainement être membre de la famille CSI. Injectant une dissemblance notable sur le thème et sa démarche, elle rentre tout de même dans une certaine résonance, justement par ses différences. Parce que traitées sous la forme d’opposition, de négatif. Un étrange rapport un peu paradoxal permet de rapprocher les deux séries autrement que par le nom de Bruckheimer. Et ce dernier d’essuyer une nouvelle fois un succès mérité. La télévision, nouvel Eldorado pour le producteur ? Assurément, et exceptionnellement, le spectateur n’est pas une victime, mais au contraire, peut se féliciter de cette présence et réussite.

Publié dans Série TV

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