Memento mori - chapter XIII

Publié le par helel ben sahar

Toujours le premier à se lever. A chaque fois plus douloureux. Et pourtant. Les pieds traînent sur le parquet qui craque. Les mains tremblent un peu. Tout est normal. Et pourtant. L’eau dans la casserole. Attendre l’ébullition.  Un paquet de biscottes. Une tranche de jambon. Peut-être un peu de beurre. Ce n’est pas raisonnable. Et pourtant. Les rêves de la nuit enfument encore un peu le cerveau. Des réminiscences incroyables. Des effluves douloureux. Café instantané. Un sucre ou deux. La cuillère cogne contre les parois du bol. Et remplit cette cuisine trop silencieuse d’un bruit uniforme. Les rêves obsédants persistent. Pourquoi particulièrement ? Ils sont là, mais se dérobent. Il se souvient, mais ne se rappelle pas. Devra t-il aller se recoucher pour les faire rejaillir ? Le rituel du petit déjeuner est bientôt accompli. Bol, assiette, fourchette et couteau dans l’évier. La vaisselle attendra.

Le regard un peu vide. La pièce est nue. Première cigarette. Le cendrier à porté de main. Guère rempli, il se félicite. Les journaux des jours derniers sur sa gauche. La télévision en berne. Elle devra attendre encore un peu avant de s’écrier. La cigarette est finie. Méthodique, il l’écrase dans son urne. Dessine quelques vagues sillons dans les cendres. Contemplation hypnotique. Doit-il se souvenir de quelque chose ? Encore ce foutu rêve. Il se sent hanté. Quitter la pièce et s’habiller.

Retrouver un peu la vie. Celle au dehors. Ecouter le bruit. Acheter le journal, peut-être un paquet de cigarettes et le pain. S’arrêter boire un verre ? Non. Pas aujourd’hui. Hier non plus, d’ailleurs. L’a-t-il déjà fait au moins ? Aussi loin que sa mémoire se rappelle, non. Pourquoi y penser maintenant ? Sensation désagréable. Mauvais réveil, un peu tracassé. Des pensées lui viennent. Mais elles s’évaporent bien trop vites. Agacé, il remonte chez lui. Qu’aurait-il pu faire d’autre ?

L’autre jour, il entendit frapper à sa porte. Et pourtant il n’y avait personne. La veille, c’était le téléphone qui lui avait le coup. Il estime perdre l’esprit. Pourtant il se sent lucide. Il n’entend pas encore de voix. Ne perçoit pas de fantômes. Et sa mémoire ne semble pas lui jouer de tours. Installé dans son fauteuil, journal déplié. Les nouvelles sont toujours un peu les mêmes. Sentiment de revivre un peu les mêmes choses à chaque fois. La page des sports. Entre résultats énervants et réussites chaleureuses. Interrogation sur l’avenir, prévision. Le lot commun de tous ceux qui suivent. Par dépit, il ferme le journal. Il serait l’heure de préparer le déjeuner. Mais il préfère s’allonger un peu. Et retrouver ce qui le tracasse tant. Confronter le rêve. Et lui ordonner de cesser.

Il s’est endormi. Il s’est éveillé une première fois. Sans se sentir la force de se lever, il a sombré à nouveau dans le sommeil. Il a retrouvé ce songe. Puis il s’est réveillé à nouveau. Est-ce le bruit dehors ? La circulation des voitures ? Ou la faim tout simplement. Il est quatorze heure passé, et il n’a toujours pas mangé. Le rêve dans sa tête s’est tu. Il a eu sa réponse. A présent la vie peut continuer.

Ainsi, toujours et pourtant…

Publié dans Memento Mori

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