Memento mori - chapter XII

Publié le par helel ben sahar

Chambre 107. Chambre 203. Chambre 418. Chambre 34. Chambre 05. Un nouveau chez soi. Maison à usage unique. Chambre 22. Un lit différent. Une table. Une chaise. Deux serviettes blanches dans la salle de bain. Chambre 112. Vue sur une place. Une rue. Ou sur la cour intérieure. Pour une ou deux nuits. Lit double, lit simple. Douche ou baignoire. Chambre 110. Moquette affreuse, tapisserie hideuse. Une table de chevet. Volets ou rideaux. Clés de chambre. Carte magnétique. Couloirs bruyants, repos impossible. Chambre 444. Dernier étage, rez-de-chaussée. Petits déjeuner. Croissants ou pain. Café ou thé. Buffet, service à table. Remise des clés, nettoyage de la chambre. Chambre 29. Retour ou découverte. Habitudes, toujours un peu les mêmes, toujours un peu différentes. Mornes mobiliers. Plastiques moulés, contreplaqués décrépis. Chambres clones. Pas de surprise. Eternel recommencement. Sans domicile fixe.

On rêve de piscines et de suites. De room service et de fruits frais au petit déjeuner. De minis bars et de crédits illimités. De casinos et de restaurants. D’exotisme. On rêve de nouvelles rencontres. De pourboires à de gentils bagagistes. De saunas et de salles de sport. On rêve de vues sur la mer et d’un soleil radieux. De transats sur la plage. Et de sable blanc. On rêve du jour même sans se soucier du lendemain. On rêve de se poser. D’être stable. On rêve d’immobilité. On oublie les gares ou les aéroports. On omet les taxis. L’amnésie guette à la mention de métros et de bus. On oublie les sacs trop lourds. On brûle les dossiers inutiles. On formate son disque dur. On ne garde que son appareil photo. Et on ne réfléchie plus. On abolit le nomadisme. Et vive le sédentarisme ! On rêve de montagnes. Le matin dans le brouillard. On rêve d’eaux turquoise. Quand le jour tombe. On immortalise les moments inutiles. Les plus beaux. On s’humanise. Finis les sombres bureaux. La froideur des couloirs. On s’incarne. Lassé des robots administratifs. Lassé des réunions interminables. Des débats vains. Des discussions ou des monologues. Des présentations et des congrès. On rêve d’une charmante compagnie. Celle qui réchauffe. On rêve des aléas. On oublie son agenda. Ne rien prévoir. On souffle, on respire. Fini le stress et la fatigue. Finis les poignées de mains d’usage et ces bonjours automatiques. Cette façade préconstruite. Ce sourire factice. Place à la sincérité. Au rire. On rêve de moments heureux. De surprises. On oublie sa montre et son téléphone. On rêve de rêves. On rêve d’être heureux.

Et le réveil sonne. Retrouver le morne. Retrouver cette vie que l’on ne veut plus. Et que l’on supporte. Retrouver les déplacements, les réunions, le stress, les transports en commun, le travail, l’agenda, l’ordinateur, les dossiers, l’urgence. On retrouve le temps. Celui qui défile trop vite. Celui que l’on essaie de rattraper. Et qui nous sème sans cesse. Les chambres d’hôtel tristes et vides. Désincarnées. Cette vie toute tracée. Ce cauchemar éveillé. Cette planification suffocante. Retrouver les collègues insupportables. Les faux amis. Retrouver le bruit de la ville devenue insupportable. Retrouver le matin. Trop tôt. Et les nuits trop courtes d’avoir trop travaillées. Perdre l’ivresse. Perdre l’équilibre. Bousculé, meurtri, violenté, suffoqué, appelé à l’aide. Se perdre dans le vent. Ne plus trouver sa place. Ne plus pouvoir. Prendre des décisions. Changer le court. Faire des erreurs. Récupérer. Courir. Vitesse et endurance. Garder le rythme. Tenir le coup. Retrouver l’anarchie, combattre la fatigue. Lutter pour garder intacte. Respecter les échéances. Se retenir de claquer la porte.

Et puis finalement attendre. Attendre un signe. Une minute, une heure. Tout finit par disparaître. Pendant quelques temps. Le temps de retrouver le sourire au détour de quelques mots ou d’un visage. Cette petite bouffée d’oxygène. Cette récréation. Ce soutient. Celui qui apporte l’énergie. S’enlacer, savoir qu’ils sont là. Devant soit. Qu’ils existent. Parcourir les messages, retrouver la force. Pouvoir s’assoupir quelques secondes. Le temps de rêver. Avant de retrouver cette chambre 14. Cette chambre 109, 203, 23, 413 ou 28. Ou était-ce la 44, 312, 17, 101, 401, 29 ou 66 ?

Qui sait ?

Publié dans Memento Mori

Commenter cet article