Memento Mori - chapter XI

Publié le par helel ben sahar

J’ai eu envi de mourir une vingtaine de fois. Envie de vomir une bonne centaine de plus. J’ai eu envie de salir le monde. Ne pas l’épargner. Ma souillure organique comme dernières traces. J’ai eu envie de choquer. De tuer une centaine de personnes. Dans un bain de sang. Une orgie écarlate. Plonger mes mains dans les tripes. Sentir leur chaleur. Sentir un cœur dans ma main. Et l’entendre qui se meurt. D’entailler des corps. Appréhender la peau qui s’ouvre sur le passage de la lame. D’entendre des cris. Des hurlements de douleur. J’ai eu envie de toute cette folie. Une démence. Une vision d’hémoglobine.

Et puis finalement l’envie est passée. Je reste. Un peu déçu, un peu désorienté. Le regard un peu vide. L’incompréhension. L’impression que tous mes rêves me sont arrachés. Ces rêves inavouables. Et qui trouvent soudainement substance dans leur disparition. Maintenant qu’ils ne sont plus, ils existent. Je ne cherche pas à comprendre. Est-ce passager ? Vont-ils revenir ? Ils subsistent peut-être dans un recoin de mon esprit. Ces endroits un peu sombre, où l’on ne se rend presque jamais. Seulement une poignée de gens. Et moi, pour une fois. Je ne sais pas si j’ai aimé. Je ne sais pas non plus si je vais y retourner. Je ne sais même pas si j’en ai envie. Je sais que je n’ai ressenti aucune gêne. Un peu d’excitation. Comme toute nouveauté. Et puis ce goût de l’interdit. La flamme que l’on approche en sachant pertinemment que l’on va se brûler. La prescience de la douleur. La langue qui se retourne vers la dent cariée. Qui titille la souffrance. Le doigt qui touche la plaie. Et fait rejaillir la peine. Ce délire, ce désir masochiste qui nous habite. Et moi peut-être un peu plus.

Finalement. Ce qu’il me reste, c’est un peu de honte. Honte d’avoir ainsi exprimer ces sombres pensées. Aucunement honte de les avoir ressenti. On l’a tous eu, en nous. A un moment ou un autre. Mais honte de les avoir partagé. Honte de les coucher sur l’écran ou le papier. Honte de les mettre en forme. Des les exposer Honte de les rationaliser, de les intellectualiser. Honte d’en faire une démarche réfléchie. Honte de ressasser, de brasser des souvenirs diffus. De les déterrer, de les exhumer. Honte de les autopsier. Tout ce processus qui me parcoure en empruntant un chemin raisonnable. Le chemin d’une raison mortifère. Celle là même qui ne me laisse jamais tranquille. Celle qui fait de moi un être raisonnable. Cette entité parasite. Elle me hante. Elle m’emprunte par moment. Elle prend le dessus. Je suis un être soumis. Soumis aux règles que je n’ai pas établies. Et qui pourtant ne s’applique qu’à moi. Par moi. Pour moi.

Tout entier et morcelé. Un être composite. Une éponge aussi. Sans personnalité propre, que celles que je glane. Je ne suis pas. J’existe seulement à travers. J’assimile et j’englobe. Et puis je compulse, je mâche, je digère. Des actions répétées. Comme un plan routinier. Vide de nature, je me remplis. Auprès de toutes les influences que je rencontre. Percevoir, comprendre, assimiler et reformuler.

J’ai eu envie de mourir une vingtaine de fois. A qui cette pensée appartient-elle ?

Et si c’était la mienne pour une fois ?

J’ai oublié.

Publié dans Memento Mori

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