Iron Maiden - A matter of life and death

Publié le par helel ben sahar

Brave new world faisait figure de renaissance. Le retour de l’enfant prodigue annonçant des jours meilleurs. Depuis, le groupe anglais n’a pas forcément concrétisé cette résurrection avec un album en demi teinte, Dance of death. Pas mauvais, mais décevant. Au jeu du titre par titre, on serait pourtant tenté de répondre positivement aux trois quarts des chansons, mais de l’ensemble se dégage un rien de confusion. Une précipitation maladroite qui conduit irrémédiablement à un déséquilibre et des morceaux par définition boiteux et malhabiles. Il faut dire que Brave new world apparaissait comme un disque très pensé et réfléchi. Presque chirurgical dans sa précision. Des compositions cliniques, influencées par des effluves progressives. Alors de se retrouver avec un album plus rentre dedans (le principal – et seul – reproche que l’on pouvait faire à l’encontre de Brave new world, qui manquait de punch), mais hasardeux dans ses structures partant trop facilement dans tous les sens, et pas aidées par une production confuse où peine à se dissocier les trois guitares du groupe.

Avec A matter of life and death (AMOLAD), Iron Maiden gomme en partie les défauts rencontrés précédemment, sans toutefois retrouver la grâce de Brave new world. Des compositions dans l’ensemble soignées, une direction artistique remarquable – l’ensemble des morceaux constituent un tout, un bloc aux thèmes (écrits et musicaux) cohérents, sans toutefois s’encombrer de quelconques notions de concept, et un artwork magnifique (ce qui change de Dance of death et sa jaquette d’une laideur insoupçonnée). Mais AMOLAD n’est pas exempt de défauts et souffre également de cette précipitation déjà remarquée avec l’opus précédent.

Inévitablement, on sent que le groupe aime se retrouver en studio et jouer ensemble. La musique parvient à communiquer cette passion qui les anime après si longtemps. Un plaisir simple, celui de jouer, d’y aller à fond sans trop se poser de questions. De privilégier le plaisir immédiat à la réflexion trop poussée. En ressort une intensité remarquable, une énergie quasi immédiate. La vierge de fer a su canaliser leur détermination aux profits de compositions très travaillées. Un mixe entre les deux derniers albums du groupe. On retrouve plus particulièrement une lourdeur rarement rencontrée dans l’histoire du combo anglais. Des rythmiques lourdes comme autant de charges successives pugnaces et impose un déterminisme convaincant et sombre. Sans grandiloquence de mauvais goût, mais avec une emphase et une présence impressionnante.

Car de ces thèmes guerriers contemporains, Maiden sort l’artillerie lourde. Les guitares sont massives, empruntent des rythmiques imposantes. La montée crescendo de Longest day, le pesant Reincarnatin of Benjamin Breeg détonne légèrement dans la discographie du groupe, de même que les expérimentations de Lord of light ou l’étonnant The legacy. Un disque singulier capable de dresser des impressions disparates tout en gardant une certaine homogénéité d’ensemble. Seuls les structures souffrent légèrement avec des enchaînements pas toujours inspirés qui respirent le copier coller vulgaire et non réfléchi. Frustrant, car le groupe n’est pas coutumier d’un tel sort. Ce principal grief mise à part et une ou deux chansons bouche trou (l’introductif Different world et l’inutile The pilgrim), l’album s’impose comme un Maiden grand cru.

Toujours prompt à offrir des hymnes à faire chanter les stades, Maiden ne conçoit pas uniquement son disque pour la scène. Des morceaux pourtant magnifiques ne passeront certainement pas l’exercice du live. Mais quand le groupe parvient à concilier les deux, la perle ainsi née est une merveille. Epique, mais au refrain exaltant, The greater good of god s’annonce comme le morceau imparable sur scène déployant une armada d’émotions différentes, une montée en puissance avec cette intro douce où Dickinson, tout en finesse, exerce des qualités effroyables et nous cueille tendrement, pour mieux invectiver par la suite (paroles un rien naïves, mais toujours efficaces). Une construction duelle, qui laisse la part belle au chant dans une première partie, pour s’exprimer musicalement ensuite. Les enchaînements coulent de source, et le titre devient probablement le meilleur morceau de l’album.

A matter of life and death s’exécute dans l’urgence calculé, dans la réflexion où le plaisir immédiat prend une part importante dans la conception générale du groupe. Après tant d’années et d’albums formidables, la vierge de fer n’a finalement plus grand-chose à prouver, mais continue néanmoins de donner naissance à des disques passionnants, sans perdre de vue leur satisfaction personnelle. Un ravissement communicatif et entièrement partagé par l’auditeur. L’album développe une aura sombre et grave, évite le tout désespéré caricaturale. Une distinction qui apporte de l’oxygène à un ensemble pas très gai. Rarement, on aura pu entendre un disque aussi noir (ou alors, il faut se rappeler le douloureux souvenir de X Factor), tout en intégrant des caractéristiques propres au groupe (et à cette nouvelle structuration des morceaux depuis… X Factor ). Un mariage entre le côté un peu brut de Piece of Mind et la sophistication de Seventh son of a seventh son. Deux références nobles pour un album qui attendra pour se voir offrir la place qu’il mérite dans la discographie du groupe, le temps de digérer ces compositions exigeantes, et de voir les effluves du temps le mûrir.

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