Cradle of filth - Thornography

Publié le par helel ben sahar

Nymphetamine inscrivait en son sein, la dualité qui allait contraster la nouvelle évolution du groupe. Contraction de Nymphe et de Amphétamine comme reflet des influences black et heavy parcourant le disque. Conclusion paroxystique qui prenait déjà forme dans le chef d’œuvre Damnation and a day, édifiante pièce de la discographie de Cradle of Filth. Des consonances heavy se juxtaposaient à l’effet black symphonique caractéristique du combo anglais, et prenaient une démesure tout autre avec Nymphetamine. Aujourd’hui, Thornography participe d’une volonté sémantique identique, sans en rattacher la métaphore musicale. Cradle délaisse (provisoirement ?) le black de ses débuts, pour un heavy extrême d’une facture plus directe et évidente.

Parler de classicisme avec Cradle serait presque une insulte, tant le groupe s’est efforcé d’établir une image personnelle. Souvent décrié, tout autant adoubé, les anglais sont parvenus à créer une identique reconnaissable. Autant dans leur musique que dans l’imagerie qu’il arbore. Mais avec un disque comme Thornography, Cradle développe un caractère moins défini et certainement un recul personnel. Evolution ou régression ? On pourrait répondre positivement aux deux sentences. Qu’un groupe essaie de sortir un peu des sentiers qu’il a lui-même créé s’apparente toujours à une démarche saine, mais lorsque ce changement s’établit sur un appauvrissement éventuel de leur musique, le doute persiste. Comprendre que la nouvelle orientation du groupe gagne en efficacité brute et directe, ce qu’elle perd en distinction.

Ce visage expressif apporte son lot de nouveautés. Disparition ou simple relégation des claviers, apparition d’un registre clair dans le chant de Dany. Les guitares moins lourdes imposent les mélodies et les structures des compositions reposent sur un schéma identique (à deux ou trois exceptions). Sans être une refonte totale, cette nouvelle incarnation impose des changements drastiques dont la première impression ressemblerait à une déception devant l’appauvrissement sonore qui nous contamine. Envolées les longues séquences épiques où se superposaient les différentes strates d’instruments, ces plages musicales riches dans l’explosion d’un combat opposant les guitares et les claviers. Place à des mélodies incisives et directes, sans fond et sans rythmique. Une simplicité étonnante et frustrante d’un groupe habitué à une atmosphère travaillée et une texture sonore riche.

Thornography ne récidive pourtant pas les erreurs du précédent disque. Il s’affirme dans le changement et ne tente pas de concilier deux styles pourtant non antinomique mais contrastant bien trop dans l’univers Cradle pour oser vivre sereinement. Nymphetamine, rongé par le  doute et empêtré dans un nœud inextricable, ressemblait à un disque bâtard, accouché dans la douleur et relégué de manière illégitime. Une tentative avortée que tente de renouveler le groupe avec Thornography. Dans cette perspective, la bande à Dany parvient enfin à concrétiser leur démarche. Ils s’appliquent, osent détrôner leur singularité stylistique pour une renaissance plus aisée. Fatigué de compulser un genre trop exigent ? Peut-être, la valse des départs et arrivées a probablement fini de conjurer l’appétit de Dany et efforcer ce dernier à des compositions plus simples à appréhender.

Cradle en aurait-il assez d’être Cradle ? D’être la cible de mécontents leur reprochant une attitude mercantile et vilement basse pour un groupe de « soit disant black metal » ? Le groupe s’affranchit ainsi de toute référence black proprement dite et officie dans un registre heavy trash mélodique. Cet album fera t-il taire les mauvaises langues que le groupe traînent derrière lui depuis le début de leur succès ? On peut supposer que oui, mais ce serait certainement mésestimer le caractère endurant des aveuglés réfractaire au groupe. Les sympathisants, eux, seront peut-être victimes de cette lassitude du frontman et cette envie de revenir à des choses plus simples à gérer. La question de l’avenir du combo se pose, sans crainte mais avec une pointe de contrariété. Un sentiment de chant du cygne d’une époque pourtant faste et ayant apporté des albums essentiels comme Damnation and a day, Cruelty and the beast ou Dusk… and her embrace. Des titres importants pour tout un genre avec Queen of winter throned ou Funeral in carpathia, Bathory Aria ou The smoke of her bruning. Aujourd’hui il faut composé avec le théâtral Byroniac man (quel affreux titre pour une chanson pourtant excellente) ou l’efficace et brut The fœtus of a new day kicking, l’épique et musicale Rise of the pentagram ou l’entraînant (oui, oui) Cemetery et Sundown.

Malgré tout, Thornography apporte également une certaine satisfaction. Celle d’un groupe qui a enfin digéré leur nouvelle identité musicale. Celle encore de voir les anglais dans une posture inattendue et finalement assez rafraîchissante. Evidemment, le fantôme des gloires passées est encore suffisamment présent dans les mémoires pour masquer la réussite de ce disque, mais l’ensemble dégage son flot ininterrompu de morceaux convaincants et dynamiques. Certainement le manque d’habitude réclame t-elle une accoutumance sur le long terme, de se faire à l’idée que le Cradle que l’on connaît ne sera peut-être plus jamais comme avant.

Un nouvel album de Cradle s’accueille toujours de manière fébrile. Un peu nerveux de découvrir les nouveaux morceaux. Cette fois – ou plus vraisemblablement encore, le groupe nous surprend, nous déçoit, nous contente. Un disque doux amer qu’il faudra écouter attentivement et régulièrement pour en apprécier cette richesse décharnée. Paradoxe délicieux, que d’apprendre à composer avec si peu. L’enthousiasme finit par poindre, mais l’on restera prudent sur l’usage de superlatifs. Thornography ne s’inscrit pas comme le meilleur album du groupe, ni le second. Mais comme un Cradle mineur quoique plaisant, pas catastrophique ou inutile (Bitter suites to succubi, davantage un ep gonflé gratuitement pour atteindre le format lp, comportant malgré tout quelques perles), mais en deçà des précédents (hormis Nymphetamine) exercices.  Un album qui claque comme un coup de poing, mais dont la persistance auditive manque de convaincre.

Cradle of Filth s’offre un nouveau visage. Moins travaillé, plus lisse et aux contours affirmés simplement. Une identité fondue dans une masse d’obédience plus classique. Une musique croquis en opposition aux tableaux musicaux que le groupe se plaisait de nous offrir. La démarche est différente. Difficile toutefois de cacher une certaine rancœur un peu nostalgique d’un temps révolu. Il faut savoir accepter qu’un groupe ne s’évertue pas à toujours fournir la même came. Quand bien même ce choix et les conditions dans lesquels il se déploie prête à la discussion, cette nouvelle aventure promet quelques rencontres musicales pertinentes et exaltantes. A l’image d’un groupe qui finalement, ne fera pas comme tout le monde.

Publié dans Musique

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