NCIS

Publié le par helel ben sahar

Difficile de cacher son inspiration derrière un tel patronyme. Rejeton du monstre télévisuel produit par Brukheimer, NCIS représente une nouvelle incarnation de la méthode scientifique dans des enquêtes criminelles. La principale différence repose sur le contexte de la série : placer les investigations dans le domaine militaire. On pourrait dès lors crier au plagiat sans que la démarche ne paraisse disproportionnée. Mais les producteurs (et l’on parle de producteurs chevronnés comme Bellisario) ne vont pas tomber aussi facilement dans le panneau et ainsi pourvoir leur série d’une touche personnelle qui l’écarte de toute considérations reproductrices.

Outre la caractéristique prévisible d’une haute teneur nationaliste d’une série prenant son contexte dans le domaine militaire, l’élément qui prédomine dans ce climat général relève de l’humour. Distinction quasi absente de CSI, la place laissée à toute représentation drolatique venant principalement des personnages importe réellement dans la série. On peut même affirmer qu’elle prédomine très largement au domaine policier.

NCIS est un peu le petit frère mal élevé de CSI. Un frère qui copie son cadet tout en chahutant les règles imposées par ce dernier. Avec ce côté un peu insolent qui se contrefiche royalement de ce que l’on pourrait penser de son attitude. Dans NCIS les personnages sont figés dans une caractéristique particulière qui les accompagne durant toute la saison. Une figure imposée ne respectant pas le cadre défini par ce contexte policier et plus certainement celui militaire. Mais le show ne ressemble pas non plus à une frasque essentiellement comique. Il lorgnerait davantage autour de la récréation. Entre deux épisodes de CSI au ton possiblement lourd et indigeste pour certain, une cure de NCIS peut rapidement apporter une bouffée d’oxygène. Car la série, bien que construite autour d’enquêtes sombres et de terrorismes, devient rapidement rafraîchissant. Notamment grâce à cette galerie iconoclaste de personnages hors norme qui possèdent un capital sympathie et attachant redoutable pour peu que l’on prenne la série avec le bon angle de vue et surtout le degré exigé. Ou sinon, de ne pas comprendre la farce et crier au scandale.

Toutefois, la série possède ses propres limites imposées par son approche particulière. Le caractère grave des situations perd considérablement de leur pouvoir d’évocation. Evidemment, il est possible de pratiquer un humour autour d’un cadavre sans forcément s’en offusquer, mais lorsque l’on pointe vers le terrorisme international, la démarche est bien plus délicate et la présence de ressorts comiques troublant. Alors on peut voir ce traitement comme une volonté de dédramatiser un peu le contexte post 11 septembre, mais le jeu est dangereux. Surtout quand les enquêtes terroristes tournent pour ainsi dire uniformément et systématiquement autour d’Al Qaeda. Ce réflexe semble parfois un peu facile et surtout en contradiction avec l’approche précédemment évoquée. Discours un peu ambigu et surtout positionnement incertains. Mais surtout, la présence d’autant d’humour créé un disfonctionnement narratif dans le moteur des intrigues. Le rythme devient défaillant et certaines perdent rapidement de leur intérêt. L’alchimie entre deux styles repose sur un art délicat du dosage et toute mauvaise proportion peut cruellement corrompre le résultat. On est parfois en présence d’un tel cas lors de certains épisodes, mais c’est généralement le lot de beaucoup de séries policières. Au moins, on peut toujours se rattacher sur l’humour dont la qualité demeure constante.

Mais NCIS reste avant tout un show drôle et amusant ayant pour cadre un dériver de l’univers CSI, la stricte rigueur en moins. Jouant au funambulisme précaire tenant essentiellement grâce à des personnages hauts en couleurs mais captivant dans leurs frasques humoristes, la série se brûle parfois les doigts lorsqu’elle aborde des sujets plus grave, mais peut néanmoins faire preuve d’émotion lorsque la situation l’exige. Une position pas toujours confortable mais qu’elle relève la tête haute.

Publié dans Série TV

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