House

Publié le par helel ben sahar

House n’est pas une série médicale. L’action se situe pourtant dans un hôpital, les personnages principaux exercent la noble profession de docteur et les autres protagonistes qui parcourent la série sont des malades. Si l’on prend le cahier des charges des séries médicales, tous les points semblent correspondrent, jusque dans la première impression lorsque l’on découvre le pilote. Mais pourtant, House n’est pas une nouvelle série médicale. House est une énième série policière.

Le parent proche du show n’est pas Urgence, Chicago Hope ou Grey’s Anatomy, mais CSI. En effet, House représente une plus proche incarnation de la célèbre série américaine aux multiples déclinaisons.

Dans House le malade n’est pas un être humain – ou si peu. Il représente une scène de crime vivante, qui évolue en fonction des indices trouvés, débusqués et des déductions qui en découlent logiquement. La recherche du coupable passe par une minutieuse recherche et une analyse des résultats s’inscrivant dans un contexte particulier. La série adopte le caractère de son personnage principal, le diagnosticien Gregory House, misanthrope malheureux et boiteux qui cultive une forme d’anarchie et de jusqu’au boutisme impressionnant. Pour lui, la fin justifie toujours les moyens, et qu’importent s’il doit violenter psychologiquement et physiquement, harceler, blesser et recevoir les foudres des malades, proches, supérieurs, amis et collègues. Par cette volonté de s’affranchir de tout pathos ou presque (on demeure dans une logique crime/victime métaphorique, aussi il devient indispensable de proposer une dose considérable d’empathie pour contrebalancer l’attitude détachée de House), la série déplace son point de vue.

La construction générale ressemble alors à s’y méprendre à celle de CSI. Elle repose sur un schéma de recherche/découverte/analyse/conclusion. Elle implique une logique de montagne russe avec ces pics d’adrénaline et ses phases plus contemplative (l’attente, l’expectative du résultat). Et surtout le suspense de voir débusquer le coupable.

Cependant, la série cultive une donnée que les créateurs de CSI ont plus ou moins aboli de leur conception : les personnages possèdent une vie privée et celle-ci nourrit leurs réactions et leur évolutivité. Il s’est probablement passé autant d’évènements d’ordre intime dans deux saisons de House qu’en six de CSI. Ce degré d’évolution est plus indispensable dans une série dont le contexte est médical, que dans une série policière. Dans House il est plus question d’aider des personnes à vivre, que de résoudre les mystères d’un mort (la retranscription brute aurait placé la série dans une morgue plutôt qu’un cabinet de diagnosticien) et l’implication émotionnelle diverge dans son application quotidienne. Ainsi, House corrige peut-être le plus gros reproche que l’on dénonce concernant CSI et place la série vers une réussite que seul l’extreme exigence qu’impose le show risque de contrecarrer. On a pu remarquer que le public en général se montrait passionner par l’approche rigoureusement scientifique, elle est poussée dans ces dernières retranchement avec House lors des diagnostiques différentiels (moment où House et ses trois collègues confrontent leurs opinions concernant un patient).

House est probablement la plus belle déclinaison de CSI, bien devant les homologues Miami et New York. Elle applique ce qui caractérise la série en réinventant complètement son contexte. De plus, autant CSI se nourrissant des précédentes séries policières pour créer une nouvelle incarnation d’un genre, House opère une révolution similaire, mais dans un contexte purement médical. Les intentions sont les mêmes, mais le résultat diffère que très légèrement par une empathie plus immédiate (il faut presque attendre cinq saisons de CSI pour enfin atteindre un stade équivalent). House invoque également de l’humour (réellement présent à chaque épisode), lui permettant d’évacuer un peu de cette pesanteur qui aurait vraisemblablement donné à la série un caractère beaucoup trop austère.

CSI a une nouvelle fois accouché d’un nouvel enfant, et si les jumeaux précédents donnaient l’impression d’un complexe oedipien, House constitue réellement la descendance saine et l’avenir d’une recette. Elle gomme les défauts, affinent des qualités, ne restent plus qu’à imposer sa personnalité pour prétendre à la pérennité du monstre qu’est devenu CSI. Ce qu’on lui souhaite ardemment.  

Publié dans Série TV

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