Kamikaze girls de Tetsuya Nakashima

Publié le par helel ben sahar


Musique rock, caméra survoltée. L’introduction donne le ton d’un film en roue libre, à l’image de son héroïne lancée sur son scooter. Kamikaze girls dégage une énergie parfois éreintante, mais gagne en sympathie. Dans son portrait de deux adolescentes, qui tentent de ne pas trouver de place dans la société en misant sur leur apparence décalée. Rebelle et tête de file d’un gang de filles à moto (Ichiko) ou Lolita Rococo (Momoko). Derrière l’apparente forme décalée de la narration, laissant une très large place à un comique excessif et burlesque fortement teinté d’influences manga-esques, se devine un discours poignant sur la dérive solitaire de deux filles, qui cultivent cette attitude comme une carapace pour se protéger du monde extérieure.

Conte moraliste, fable innocente, le film cache un ton mélancolique et dépressif sur une jeunesse cherchant des palliatifs superficiels pour vivre pleinement. Convaincu que leur attitude les préservera des malheurs qu’elles ont connu étant plus jeunes, elles se sont construits un bonheur éphémère et finalement factice. Momoko possède un discours étonnement mature et grave, mais teinté d’un pessimisme renversant sur l’existence. Le réalisateur a pris toutefois le soin de construire ses deux héroïnes au sein de flash-back explicatifs et/ou introductifs, traités sur le ton général du film, c'est-à-dire, sans soucis de finesse ou de subtilité, mais en s’affranchissant des convenances narratives par une introduction face caméra adressée aux spectateurs, ou bien en jouant sur la dérision de la voix off.

Tetsuya Nakashima ne s’impose aucune limite. Volontairement excessif, il éclate sa narration en s’appuyant sur un rythme effréné. Interludes animés, discours adressé aux publics, surréalisme, des gimmicks que l’on peut retrouver au sein des mangas. On retrouve ainsi peut-être ce qui constitue la réussite du film : Avoir su transposer fidèlement et justement des procédés qui avaient jusqu’à présent eu beaucoup de mal à effectuer la migration. Les deux personnages principaux sont directement l’incarnation d’homologues de papier, et leur vie à l’écran sonne toujours conforme aux impressions ressentis lors de la lecture. Evidemment, le caractère volontairement outrancier qui caractérise leur jeu réclame peut-être un certain effort, mais il est savoureux de retrouver ainsi des expressions faciales et des attitudes que l’on ne pensait pas voir aussi réaliste à l’écran.

Kamikaze girls tient sa principale réussite aux deux comédiennes qui incarnent Momoko et Ichiko. Elles imposent immédiatement les caractéristiques de leur personnage, en incorporant également une place laissée vacante à une évolution. Jamais figées en une seule expression, elles parviennent à donner vie à ces deux filles, et à créer une dose d’empathie très largement appréciable pour le spectateur, qui se sent alors, totalement concerné par leur histoire rocambolesque. L’œuvre de Nakashima se mérite, il impose une attention particulière qui peut rapidement devenir éreintant pour le spectateur. L’outrance qui caractérise le film et le fait partir dans de très nombreuses directions stylistiques possède également ses limites définies par le public lui-même. S’adressant probablement à des personnes rompues à l’exercice, ces dernières seront éventuellement plus indulgentes ou compréhensives des excès qui parcourent régulièrement le film.

Sous ces airs de comédie jouissive et décalée, se cache une oeuvre touchante sur une population du Japon en marge, et sans volonté de vouloir entrer dans le rang. Feignant une attitude rebelle ou puérile, on devine un mal de vivre qui puise sa racine dans une enfance malheureuse caractérisée par une surprotection ou un manque affectif. Joli conte qui dégage sa petite morale sans appuyer fatalement le propos, mais en le noyant dans une énergie contagieuse qui provoque irrémédiablement le sourire et la sensation d’être sur un petit nuage. Evanescent malgré sa fougue, drôle malgré la mélancolie de son propos, Kamikaze girls est une œuvre autrement sympathique, qui propulse le spectateur sur un roller coaster pétaradant et empathique. Une bouffée d’oxygène vraiment bienvenue, qui n’oublie pas d’être sérieux malgré le caractère foutraque de sa réalisation et de sa narration.

Publié dans Cinéma

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Ellen 02/09/2006 18:48

c'est trop petits les mots, on a eu mal à lire!