Land of the dead de Georges Romero

Publié le par helel ben sahar


La trilogie se transforme tout en suivant les sentiers déjà mis en place précédemment. L’œuvre zombiesque de Romero devient une tétralogie et symbolise toujours les dénonciations que l’auteur profère contre son pays et toute dérive sociétaire en générale. Les films de zombis sont revenues des limbes et font à nouveau l’actualité cinéphile horrifique. Les succès de 28 plus tard et le remake de dawn of the dead ont rouvert les portes au maître de Pittsburgh pour ajouter une nouvelle pièce à son édifice de morts vivants. Mais le réalisateur est-il encore capable d’atteindre les sommets de réussites de ces précédents métrages de la trilogie ? Ses derniers films ne laissaient guère de place à la conviction, ils souffraient certes d’un manque de moyen – quoique ce ne soit généralement pas une tare pour Romero, et surtout, un manque d’ambition qui laissait coi.

Le résultat n’atteint peut-être pas les cimes de zombis, mais il n’a pas à rougir de son entrée au sein de l’œuvre. Au contraire, il poursuit l’évolution présente dans les films et complète un tableau sombre de multiples éléments. Romero inverse les rôles dans LOTD. Dans tous les sens du terme. Déjà dans l’opus précédent, on apercevait un monde peuplé de zombis, et les humains parqués dans des abris anti-atomiques. Ici présent, après un magnifique générique qui synthétise l’évolution de l’histoire tout en rendant hommage au facteur documentaire de La nuit des morts vivants, on aperçoit les humains qui se sont réorganisé dans une cité fermée à toute intrusion de l’extérieure. Mais Romero ne choisit pas de dévoiler tout d’abord les hommes et leur ville, mais les zombis. Il leur portera un attachement tout particulier, qui tend à renverser le clivage bien / mal, une notion qui trouvera de nombreux échos tout au long du métrage.

Dans LOTD, les démunis ne sont pas forcément ceux que l’on croit. L’humain, dans la majorité du film, représente davantage la figure maléfique de ce monde et les zombis donneront symbole à un peuple soumis à une barbarie souvent gratuite et à un esclavagisme primaire et bestiale. Le choix de donner au libérateur des zombis, à celui dont l’évolution conduira à la mutinerie, un acteur noir n’est évidemment pas innocent. Il appuie un peu plus le symbolisme de soumission d’un peuple. L’évolution des zombis n’est que la parfaite continuité du Jour des morts vivants. Ils deviennent alors une population dont la pensée collective symbolisée par un leader évite les travers que l’espèce humaine a fini par nourrir. Chez les zombis, la notion de supériorité n’existe pas, l’entraide est l’unique moyen d’existence et de survie. Pour cela, il faudra réapprendre la vie, les outils, mais déjà on peut voir chez certains l’incapacité d’oublier complètement leur ancienne condition. Dans une succession de plans magnifiques, on remarque une troupe continuant de jouer de la musique, un boucher ne lâchant pas sa feuille ou le pompiste qui répète les gestes oubliés.

Dans la ville forteresse, on a parfois l’impression de se trouver dans une Rome antique post vingtième siècle. A la fois stigmatisé par notre époque – peuple d’en haut, peuple d’en bas, ghettoïsation, théâtre de guignol dans une télévision, fracture dissidente – et celui plus barbare de Rome – les jeux de gladiateurs avec les zombis, une certaine décadence primaire pour le massacre. Kaufman symbolise alors le César de la cité, l’empereur, auquel vient se juxtaposer un peu grossièrement l’image de Bush jr. Les nombreuses attaques contre l’actuel dirigeant des états unis et la métaphore d’une société capitaliste sont parfois assénés un peu trop lourdement et tombe presque dans une dénonciation de cours d’école. Heureusement, ce n’est là qu’un aspect mineur du métrage qui n’encombre aucunement la portée plus fondée d’une réaction face à l’aspect dictatorial que revêtent souvent les pays développés face au tiers monde.

Romero poursuit la désacralisation de l’humain et n’apportant aucune figure forte et charismatique pour contrebalancer celui de Kaufman ou nuancer celui de Big Daddy. Le choix de prendre Simon Baker comme personnage principal n’est, là non plus, pas totalement innocent. L’acteur affiche un manque de charisme, de présence évident, Romero va utiliser ce défaut pour présenter un personnage cynique qui, à aucun moment, ne donnera l’impression d’être un sauveur. L’humanité n’a plus de héro à proposer, seulement des hommes qui ne pensent qu’à leur propre survie et se désintéressent petit à petit de leurs congénères. Le réalisateur propose un film misanthrope et radical.

Techniquement, Romero n’a rien perdu de ses qualités. Il filme sans effets superflus et avec efficacité son métrage. Les scènes de massacre sont abondantes, réalisé avec brio sans sur découpage ou autre plans clipesques. L’auteur est fidèle à lui-même que ce soit dans sa réalisation ou dans l’application de ses zombis. Ils sont toujours lents et ne s’adonnent pas à la mode actuel les concernant. Les effets spéciaux sont réussis, d’un gore outrancier admirable. Les nombreux festins auxquels on a droit d’assister constitue des pièces jouissives pour les amateurs et dégoutteront certainement les sensibles. Romero continue son exploration du gore et ne s’est pas assagi. Toutefois, il sait parfaitement relâcher la pression et présenter de magnifiques scènes contemplatives dans l’exploitation de la vie des zombis. Ces scènes atteignent une poésie macabre. Les zombis semblent alors en apesanteur et l’on a l’impression d’assister à une nouvelle naissance. Romero sera beaucoup moins attentif et appliqué lorsqu’il s’agira de dépeindre les humains. Les acteurs offrent un jeu efficace. Le film n’est pas un lieu où les performances sont les plus impressionnantes, mais ils campent parfaitement leur rôle. Et qui plus est, c’est toujours un plaisir de découvrir la belle Asia dans un nouveau rôle. Ici, elle incarne une diablesse punk qui tentera de redonner un peu vie au personnage principal. Son acolyte constitue la seule faiblesse des personnages. Il contrebalance l’aspect sombre du film par une forme d’humour souvent lourd. Pour seule satisfaction, on gardera l’impression de voir la réincarnation humaine de budd, le zombi apprivoisé du précédent opus.

Romero n’a pas déçu avec son film. On peut regretter un léger manque d’ambition et une forme un peu trop carré, expéditive qui mise trop sur l’action efficace et amoindri le propos. Heureusement il se rattrape très largement avec un sous texte toujours aussi convaincant et pertinent. Sa manière de peindre les zombis les rend alors presque touchant, sentiment confirmé avec l’effort d’identification qui leur est faite. Le maître de Pittsburgh délivre une nouvelle fable politico morbide, un nouveau pavé dans la mare de sang. On était sceptique à l’idée d’un nouveau film, craignant qu’il ne pervertisse la trilogie initiale, mais c’était là bien mal connaître big Georges. LOTD constitue une nouvelle pièce qui a parfaitement sa place au sein de l’œuvre, et donne une nouvelle teinte et possibilités pour l’avenir. Les zombis n’ont jamais été aussi bien traités, leur avenir jamais aussi radieux…

Publié dans Cinéma

Commenter cet article