Marie-Antoinette de Sofia Coppola

Publié le par helel ben sahar


C’est l’Histoire et l’histoire d’une jeune femme que l’on arrache à son environnement. Dans un pays inconnu, des coutumes inconnues, des étranges étrangers. L’histoire d’une jeune femme auquel on incombe de trop grandes responsabilités. Elle voulait seulement vivre, on lui demandera de sur-vivre. Elle n’en fera qu’à sa tête, ou presque. Le portrait qu’illustre Sofia Coppola n’est pas éloigné des précédentes figures féminines qu’elle a côtoyé. Mais il existe un poids supplémentaire absent des précédents travaux de la réalisatrice. Une illustration subsidiaire imparable.

Finalement, que l’on connaisse ou non Marie-Antoinette importe peu. Sa vie telle qu’elle est décrite dans les livres ne devra pas influencer le jugement. L’important n’est pas dans la retranscription rigoureuse, mais dans l’illustration évanescente. Cependant, Sofia Coppola tente de faire cohabiter les deux courants. Elle ne choisit pas. Cette absence de position franche encombre le film. Impossible d’y ressentir une sérénité dans le rythme. Une logique dans le filmage. Mais un combat sans cesse entre la forme austère de l’habilitation historique et la légèreté libertaire du cinéma de la réalisatrice. Le film ne s’exprime jamais mieux que lorsqu’il se laisse aller à ses déambulations, à l’illustration d’un spleen anachronique. Au contraire de s’embourber dans la stricte représentation d’une coutume royaliste qui vampirise le film comme son personnage. On peut évidemment reconnaître que cet effet est recherché, désiré et appliqué, mais le résultat à l’écran sonne difficilement juste.

Lorsque le film ne s’exprime pas en mot, il devient paradoxalement plus éloquent. Lorsqu’il ne cherche pas, il trouve, il touche. Le filmage est léger, non soumis aux lois de l’apesanteur de la pesanteur. Lorsque l’Histoire ne rattrape pas l’histoire, on peut pleinement savourer l’instant dans sa plus simple représentation. L’auteur nous avait habitué à cette vision. Parfaite maîtrise d’une réalisation à la fois juste et emprunt d’une spontanéité remarquable. L’histoire, la vie de ses personnages s’écrivaient au fur et à mesure. Comme un peintre à chaque coup de pinceau, Sofia Coppola compose des plans minutieusement, mais sans calcul préalable. Evidemment, la rigueur du monde de Versailles s’accommode mal avec ce sentiment. Le film lutte sans cesse entre ces deux visions. Mais on n’était pas venu assister à une bataille.

Dans ce combat filmique, une actrice s’élève, toujours parfaite, toujours elle-même. La seule constante du métrage, et quelle plus belle constante que Kirsten Dunst ? Rayonnante, elle délivre une grâce naturelle. Elle illumine chaque plan au point de rendre les dorures de Versailles d’une banalité affligeante, limite vulgaire par tant de démonstration. L’actrice n’est jamais plus belle que lorsqu’elle est habillée d’un simple habit. Bien sûr sa jeunesse débordante, son incandescente innocence la place sur les chemins de la luxuriances, de l’excès, mais même ainsi elle dégage toujours ce parfum de simplicité.

Sofia Coppola nous épargnera la vision de la révolution. Insistant sur la peur et la résignation, elle termine son métrage juste quand il faut. Avec simplicité et justesse, elle apporte la touche finale au portrait de cette femme devenu certainement reine trop vite, sans l’avoir jamais vraiment été. Ce que l’Histoire aura écrit, ne sera peut-être pas ce que Coppola aura retenu. Mais sa Marie-Antoinette n’avait certainement pas besoins de cette caution pour exister. On peut regretter toutefois que la réalisatrice n’aille pas tout à fait au bout d’une démarche légèrement anachronique, se repliant sur une vision que l’on suppose suffisamment vériste. Derrière la grandeur de la reconstitution se cache une lourdeur qui fait vaciller le film. Cette austérité surprend dans le paysage de la réalisatrice. C’était probablement inévitable.

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