Constantine de Francis Lawrence

Publié le par helel ben sahar


Surfant sur la vague des adaptations de comics, on est en droit d’attendre beaucoup de celle de Constantine. En effet, le comics au ton résolument sombre et adulte promet énormément, pourvu que l’atmosphère de l’œuvre et du personnage soit retranscrit avec fidélité. Evidemment, l’erreur serait de baser son jugement sur le seul critère de l’adaptation, et oublier l’œuvre filmique en elle-même. On sait très bien que le passage d’un médium à un autre autorise et justifie des changements, que parfois, un matériel transcende l’autre. Malheureusement, que l’on se place d’un côté ou de l’autre, le constat est un échec sur toute la ligne.

Pour les connaisseurs du comics, comme pour les ignorants, le film est un sérieux ratage. La cigarette est un gimmick du personnage dans l’œuvre bédéesque, repris dans le film, on a davantage l’impression de voir une publicité contre la tabagie, plutôt qu’un élément naturel du métrage. L’effet est asséné avec la grâce d’un catcheur sur un ring, tellement sursignifier qu’il vampirise tout le personnage de Constantine et le réduit à ce simple constat de fumeur. Mais ce grief est à l’image du film. Jamais, le réalisateur ne parvient à trouver de la légèreté dans sa représentation de l’univers. Le symbolisme est grossier et superflue. Que l’on voit le personnage de Rachel Weis parlant à sa sœur à travers son reflet dans une vitre ou bien cette propension du cinéaste à abuser de plan aérien, les effets sont si flagrants qu’ils deviennent valeur ajoutée sans la moindre subtilité.

Constantine pose aussi le problème de la retranscription de tout ce qui touche de près ou de loin à l’occultisme à l’écran. Les possibilités de fournir une vision plausible à défaut d’être réaliste ne sont guère nombreuses. Le film rencontre ce problème et semble même marcher dans les erreurs tout au long du métrage. Si l’on passe la première séquence de l’exorcisme, qui parait bien fade, mais somme toute réussie, on ne peut pas en dire autant du reste. Les apparitions successives de démons, ou les incantations sonnent fausses, voire ridicules quand le diable lui-même ou l’ange Gabrielle apparaissent. Seule la vision de l’enfer présente un intérêt pictural, même si, finalement, le résultat est bien plus convaincant en illustration qu’animé (pour avoir vu les dessins préparatoires exposés, je peux l’affirmer).

Après tant d’écueil, il devient difficile pour les acteurs de camper justement leur personnage. Ils se débattent dans un scénario risible de prophétie de fin du monde, et ne présente guère d’enthousiaste à habiter leur rôle. Keanu Reeves est fade, et parvient jamais à atteindre le charisme de son homologue de papier glacé. Rachel Weis s’en sort un peu mieux, mais son personnage est tellement rongé de stéréotypes qu’elle ne semble pas vraiment plus convaincante. Seule la photo du film semble témoigner d’une intention particulière et donne satisfaction. La réalisation est anecdotique lorsqu’elle évite les grossiers effets cités plus haut.

Constantine est une énorme déception pour ceux qui attendaient beaucoup de l’adaptation du comics, et un film sans grand intérêt pour les autres. Au mieux puisse t-il devenir un sponsors de la lutte contre la tabagie. Si au moins il parvient à convaincre certains fumeurs de s’arrêter, on trouvera alors une utilité à ce film. Soyons utopiste un instant…

Publié dans Cinéma

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ÉLias_ 28/05/2006 17:14

J'ai vraiment ressenti l'impression d'un truc auquel il manquait des bouts, et donc rempli d'incohérences voire de gratuité, sans parler de l'inintérêt de quelques personnages secondaires, comme le gamin. Cela étant posé, je dois dire que j'ai quand même pris de plaisir devant la beauté assez clipesques des effets spéciaux et le délire visuel de certaines scènes, notamment la descente aux enfers et le final autour de la piscine. Un chouette clip, quoi.

Ishmael 28/05/2006 11:25

ah j'ai plutot bien aimé ça moi au contraire... bah tiens je vais reposter ma vieille critique sur cinetudes:-)