Nothing de Vicenzo natali

Publié le par helel ben sahar


Après la réussite de Cube au contexte minimaliste qui ressemblait fort à un épisode de Twilight Zone ou The Outer Limits, Natali revient avec un nouveau concept tout aussi minimaliste et prometteur. Deux personnes, deux loosers que la vie éreinte, se voient posséder le pouvoir de tout occulter. Le sujet, définitivement mineur, peut offrir de multiples possibilités, nécessitant un traitement méticuleux, et une vive attention. Au vu des capacités du réalisateur, de ce qu’il est parvenu à réaliser avec Cube, on était plutôt confiant.

Le générique, petit bijou iconoclaste et grotesque, surprend par son ton. On était guère habitué à voir Natali exploité autant d’humour. Et ce changement radical dans le ton se trouve exploité tout au long du film. Le métrage devient alors cynique, d’une ironie acide, mais perd beaucoup de ses possibilités et promesses. La question de savoir ce qu’il serait advenu de Cube si l’auteur aurait utilisé des armes identiques, se pose. Si le film aurait été aussi excitant et efficace avec autant d’humour ? Sans vouloir trop s’avancer en jouant au conditionnel, il devient quasi évident que le résultat ne soit aussi convaincant.

La principale erreur qu’implique ce choix, est finalement de transformer le potentiel de film, en un prétexte efficace pour un court métrage, mais impossible à tenir sur un long. L’humour et la dérision vampirisent toutes promesses de développement, et d’entrer dans une forme d’étude comportementale comme l’avait effectué Cube. Sans vouloir à tout pris comparer les deux films – mais il est inévitable d’y faire mention – et de transposer Nothing comme une réinterprétation du premier film du Natali en calcant son développant sur celui-ci, on regrette qu’il y manque cette folie et dramaturgie qui donnaient une incroyable consistance au premier film du réalisateur. De plus, l’absence total de but rend le spectateur dans l’expectative, sans aucune attente particulière et dans la perplexité la plus contraignante. Le film ne trouve aucun intérêt à se dérouler sur une si importante longueur (et pourtant, il ne dure qu’une heure et vingt minutes).

Les scènes se suivent, inexorablement. Le réalisateur exploite chaque possibilité que les nouveaux pouvoirs des protagonistes impliquent, l’une après l’autre en s’enfermant un peu plus dans une absence inévitable de conclusion. A force de repousser un peu plus loin les limites abstractives que ce pouvoir octroie, Natali se trouvent prisonnier de son absence de récit et achève sa narration, dans une situation inévitable, mais sans réelle conclusion. Simplement, l’auteur n’a plus rien à exprimer. L’humour a épuisé le concept devenu pauvre par cette décision.

Le choix de prendre deux loosers comme personnages principaux ne laisse aucune empathie particulière pour le spectateur. Ces deux hommes n’invoquent jamais la pitié que leur situation pourrait impliquer. On ne se sent pas impliquer par la tragédie et le tragique de cette aventure et les conséquences possibles à venir. On regrette également l’absence de folie dans la réalisation. Bien qu’il devenait difficile de parvenir à un réel résultat dans cet univers vide, il est dommage que le réalisateur n’aille pas au bout de certaines possibilités, de prendre à bras le corps le côté drôle de la situation pour offrir un délire visuelle. Dans un tel contexte, il ne faut pas avoir peur de trop en faire, de dépasser les limites de l’acceptable, d’aller beaucoup trop loin dans la surenchère. L’illustration de cette volonté d’aborder le récit d’une manière comique, aurait dû pousser Natali à construire une orgie filmique, plutôt qu’une sage et posée réalisation.

Nothing s’avère être une véritable déception, par ses décisions discutables, ce manque de prise de risque. Peut-être que cette fois-ci, la difficulté révélée par le thème choisi était trop grande pour le réalisateur ? Que ses propres capacités ne pouvaient relever le défit et ainsi offrir une vision et un intérêt particulier à ce non-film. Toutefois, peut on saluer le réalisateur de nous offrir des scénarii originaux…

Publié dans Cinéma

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