Le mépris de Jean-Luc Godard

Publié le par helel ben sahar


Le film début avec un film dans le film. Travelling sur une jeune femme, et nous, observant la scène par le prisme d’une seconde caméra. Ce dialogue s’exprimera toute la durée du métrage, en devenant réflexif puisqu’il s’inscrit, à contrario de cette introduction, dans la narration du film. A l’instar de Pierrot le fou, pour accompagner cet élément, Godard cautionne sa position en invitant un cinéaste renommé, Fritz Lang. Le réalisateur devient la représentation du sage, incarnant l’expérience d’un point de vue humain et cinéphile. Godard se sert également du métrage qui se tourne, L’odyssée de Ulysse, pour construire son récit et lui appliquer un certains parallélisme avec l’histoire narrée. Le couple qui tient la place centrale devenant ainsi la représentation dans le réel, de Ulysse et Pénélope.

Le couple est une figure majeure du cinéma de Godard. On le trouve à la base de nombreux films du cinéaste. A bout de souffle, Une femme est une femme, Pierrot le fou, tous ces métrages se distinguaient par la place laissée à leur figuration, et les différents rapports qui les animaient. Mais Le mépris développe une nouvelle voie, marchant sur la déliquescence bien davantage que la naissance. Alors que le métrage débute sur une vision fanstamée de l’idylle, perfection revendiquée au sein d’une scène à l’érotisme savoureux, la suite provoque la contrariété, dans une version légèrement inversé du film tourné.

Godard construit son couple dans leurs échanges, et généralement, laisse ces scènes s’étirer pour figurer une abondance d’informations. On suit presque " documentairement " leur relation, des dialogues qui s’éternisent et savourent un quasi temps réel. Mais les personnages s’expriment beaucoup sans se comprendre. Ils se questionnent, mais ces réponses n’apportent aucune résolution et entraînent de nouvelles questions, de nouvelles suspicions, de nouveaux troubles et nourrissent un mal, un cancer qui ne demande qu’à métastaser. Alors que dans les films précédents du cinéaste, ces rapports introduisaient un amour naissant ou une complicité radieuse et équivoque, Le mépris concrétise le vert dans la pomme et exprime son parasitisme absurde. Les raisons qui impliquent l’écartèlement du couple sonnent affreusement risibles et donnent un caractère plus tragique au métrage.

Le mépris offre un portrait magnifique d’une déchéance, celle d’un couple qui ne parvient plus à communiquer. Cette longue agonie est douloureuse, et étrangement fascinante. Développant un rapport fin et juste, une mise en abyme portée par un Lang impérial et un producteur exécrable, le film de Godard est une œuvre remarquable, laissant place à une maîtrise formel et narrative impressionnante. Peut-être la consécration d’une époque pour un cinéaste en perpétuel mouvement.

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